Lorsqu'un couple avec enfants décide de se séparer, la gestion de la crise familiale peut devenir complexe, non seulement sur le plan émotionnel mais aussi sur le plan procédural. L'un des thèmes les plus délicats concerne l'identification du juge compétent pour statuer sur la garde et la résidence des mineurs, en particulier lorsque s'entremêlent des procédures de séparation devant le Tribunal ordinaire et des procédures de limitation de l'autorité parentale devant le Tribunal pour mineurs. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'intéressante ordonnance n° 28901 du 01/11/2025 de la Cour de cassation, qui apporte des éclaircissements importants sur la répartition de la compétence dans le régime antérieur à la réforme Cartabia.
L'affaire examinée par la Cour suprême trouve son origine dans un conflit de compétence soulevé dans le cadre d'un litige entre R. (représenté par L. I.) et M. La question centrale concernait la détermination du juge compétent pour statuer sur la garde et la résidence des enfants mineurs du couple. D'une part, il existait une procédure de potestate engagée sur recours du ministère public devant le Tribunal pour mineurs ; d'autre part, une procédure de séparation ultérieure introduite par les époux devant le Tribunal ordinaire.
Le nœud juridique réside dans l'application de l'art. 38 des dispositions d'application du code civil, dans sa formulation antérieure à la réforme introduite par la loi n° 206 de 2021. La Cour de cassation a dû établir si la survenance de la cause de séparation pouvait attirer à elle (la soi-disant vis attractiva) la compétence sur les décisions relatives aux mineurs, dessaisissant ainsi le Tribunal pour mineurs de la procédure déjà pendante.
Les juges de légitimité ont confirmé l'incompétence du Tribunal ordinaire, relevant que le recours devant le juge des mineurs avait été introduit à une date antérieure à celle de la procédure de séparation et avant l'entrée en vigueur de la réforme (fixée au 22 juin 2022). Pour comprendre pleinement la portée de cette décision, il est utile de lire la maxime exprimée par la Cour :
En matière de garde des enfants mineurs, l'art. 38, alinéa 1, des dispositions d'application du code civil, dans le texte en vigueur avant la réforme issue de la loi n° 206 de 2021, limite la vis attractiva du Tribunal ordinaire à l'hypothèse où des procédures attractives de séparation ou de divorce ont été introduites devant lui avant la procédure de potestate ou d'autres procédures relevant de la compétence du Tribunal pour mineurs.
Ce principe délimite de manière nette l'opérativité de l'attraction de compétence en faveur du juge ordinaire. En substance, le Tribunal ordinaire ne peut attirer les questions relatives aux mineurs que si la cause de séparation ou de divorce a été déposée avant que la procédure limitative de l'autorité parentale ne soit engagée auprès du Tribunal pour mineurs. Si l'action devant le juge des mineurs est antérieure, elle conserve son autonomie et sa compétence.
La décision commentée s'avère d'une importance fondamentale pour comprendre la transition vers le nouveau cadre normatif. La Cour a en effet rappelé les points clés suivants :
Avec l'ordonnance n° 28901 de 2025, la Cour de cassation réaffirme un principe de stabilité procédurale visant à protéger les sujets les plus vulnérables, les mineurs. Dans le régime antérieur à la réforme Cartabia, la priorité temporelle du recours devant le juge des mineurs empêche la procédure de séparation ultérieure d'attirer à elle les décisions relatives à la garde. Cette décision représente un guide précieux pour les professionnels du droit appelés à gérer des transitions familiales délicates à cheval sur les réformes législatives, confirmant la centralité de l'intérêt supérieur de l'enfant à chaque étape procédurale.