La frontière délicate entre les délits de mauvais traitements familiaux et les actes de harcèlement (stalking) a toujours fait l'objet d'intenses débats jurisprudentiels. La Cour de cassation, par son arrêt récent n° 22337, déposé le 13 juin 2025, offre une clarification importante, établissant quand la combinaison de ces deux infractions pénales graves peut être reconnue, même en présence d'une parentalité partagée. Cette décision, présidée par le Dr R. P. et rédigée par le Dr E. C., représente un point de référence dans la protection des victimes de violence domestique et de harcèlement.
Notre système juridique prévoit deux figures de délits cruciales pour lutter contre la violence et la prévarication dans les relations personnelles : l'article 572 du Code pénal, qui punit les mauvais traitements envers les membres de la famille et les cohabitants, et l'article 612-bis du Code pénal, qui sanctionne les actes de harcèlement. Bien que les deux protègent l'intégrité psychophysique de la personne, ils se différencient par le contexte et la nature de la conduite.
La question la plus complexe émerge lorsque les comportements vexatoires, commencés dans un contexte de cohabitation, se poursuivent même après sa cessation, en prenant les caractéristiques du stalking. La jurisprudence a longtemps débattu si, dans ces cas, il fallait reconnaître une seule infraction (absorption) ou deux infractions distinctes (concours).
L'arrêt n° 22337 de 2025, relatif au cas de l'accusé G. S., intervient sur cette question délicate, annulant en partie sans renvoi la décision de la Cour d'appel de Cagliari du 1er octobre 2024. La Cour suprême a affirmé un principe de droit d'une importance fondamentale, qui clarifie définitivement la possibilité du concours entre les deux délits. La maxime de l'arrêt, qui mérite d'être rapportée pour sa clarté, stipule :
En matière de rapports entre le délit de mauvais traitements familiaux et celui d'actes de harcèlement, le concours du premier avec l'hypothèse aggravée du second est concevable en présence de comportements violents et de harcèlement qui, nés dans le cadre de la communauté familiale, se poursuivent après la cessation de la cohabitation entre l'auteur et la personne offensée, la simple persistance de la parentalité partagée ne pouvant être reconnue comme pertinente pour exclure le concours et retenir l'absorption.
Cela signifie que, même si les comportements violents et de harcèlement ont eu leur origine au sein d'une relation familiale ou de cohabitation, s'ils se poursuivent de manière systématique et vexatoire même après la fin de la cohabitation, l'auteur peut être tenu de répondre des deux délits. La Cour a souligné un aspect crucial : la simple circonstance que l'auteur et la victime partagent la parentalité, et donc continuent d'avoir des contacts pour la gestion des enfants, n'est pas suffisante pour exclure le concours de délits. En d'autres termes, la relation parentale ne peut servir de bouclier pour des conduites de harcèlement post-cohabitation.
La logique sous-jacente à cette interprétation réside dans la nature différente des biens juridiques protégés et dans le changement du contexte relationnel. Alors que les mauvais traitements sanctionnent la violation des obligations d'assistance et de solidarité propres au noyau familial, les actes de harcèlement protègent la liberté morale et la sérénité de la personne contre des conduites invasives et déstabilisantes, typiques d'une relation désormais terminée qui n'accepte pas la séparation. La prolongation des conduites vexatoires après la fin de la cohabitation prend une connotation autonome, configurant une nouvelle et distincte atteinte à la liberté et à l'intégrité de la victime, désormais dans le rôle d'"ex" et non plus seulement de "familier".
L'arrêt n° 22337 de 2025 de la Cassation, en ligne avec des orientations déjà consolidées mais dépassant certaines divergences du passé, renforce significativement la protection des victimes de violence domestique et de genre. Cette décision clarifie que la cessation de la cohabitation n'offre pas un "laissez-passer" pour des comportements de harcèlement, ni la parentalité partagée ne peut être instrumentalisée pour justifier des conduites qui portent atteinte à la liberté et à la sérénité de l'ex-partenaire. Au contraire, le système juridique reconnaît la gravité et l'autonomie de ces conduites, garantissant une réponse pénale plus incisive.
Pour les victimes, cette décision signifie une plus grande conscience de leurs droits et la possibilité d'obtenir une protection plus large, non limitée à la seule phase de la cohabitation. Pour les professionnels du droit, l'arrêt offre un guide clair dans l'application des normes, distinguant avec précision les différentes infractions et assurant que la violence et le harcèlement ne trouvent pas d'échappatoires juridiques. C'est un pas en avant fondamental pour garantir justice et sécurité à ceux qui subissent des abus, réaffirmant avec force le principe que toute forme de violence, dans quelque contexte et relation que ce soit, doit être fermement combattue et sanctionnée.