Cassation n. 11209/2024 : concours entre mauvais traitements familiaux et stalking après la fin de la cohabitation

Par l'arrêt n. 11209 du 27 novembre 2024 (déposé le 20 mars 2025), la Cour de cassation revient sur la frontière, souvent ténue, entre le délit de mauvais traitements familiaux et celui d'actes de persécution, en établissant quand les deux infractions peuvent coexister. L'affaire concerne F. C., inculpée pour des conduites tenues à l'égard de son ex-compagnon et de ses enfants mineurs : conduites qui se sont prolongées pendant la vie commune et se sont poursuivies, sous des modalités différentes, même après l'interruption de la cohabitation.

L'affaire examinée par la Cour suprême

La Cour d'appel de Caltanissetta avait reconnu F. C. coupable du délit de mauvais traitements jusqu'à la date de dissolution de la cohabitation « more uxorio » et, pour la période ultérieure, du délit aggravé d'actes de persécution. La défense invoquait l'absorption des conduites de stalking dans les mauvais traitements, compte tenu de la persistance de la coparentalité. La Cassation, au contraire, a confirmé le double titre de délit, annulant seulement en partie sans renvoi la sentence de fond pour des questions accessoires.

Le cadre normatif de référence

  • Article 572 du code pénal : punit celui qui maltraite un membre de la famille ou un colocataire, protégeant l'intégrité physique et morale du noyau domestique.
  • Article 612-bis du code pénal : sanctionne les actes de persécution qui causent à la victime un état d'anxiété ou de peur persistant, avec une circonstance aggravante s'ils sont commis par une personne liée par une relation affective.

La superposition entre les deux qualifications génère depuis des années un débat jurisprudentiel. La Cassation a affirmé à plusieurs reprises (entre autres, Section 6, n. 10222/2019) que les mauvais traitements absorbent les conduites lésives individuelles au sein du rapport familial ; mais que se passe-t-il lorsque ce rapport s'interrompt ?

En matière de rapports entre le délit de mauvais traitements familiaux et celui d'actes de persécution, le concours du premier avec l'hypothèse aggravée du second est envisageable en présence de comportements qui, nés dans le cadre d'une communauté familiale, sortent du cadre des mauvais traitements en raison de la cessation ultérieure du lien familial et affectif ou de son actualité temporelle, malgré la persistance de la coparentalité.

La maxime, outre à cristalliser l'issue du cas concret, offre un critère général : la cessation de la cohabitation marque la limite temporelle au-delà de laquelle les nouvelles conduites, même inspirées par la même volonté prévaricatrice, dépassent les mauvais traitements et donnent lieu au stalking.

L'argumentation de la Cour

La Cour suprême fonde sa décision sur trois points cardinaux :

  • Interruption du lien affectif : avec la séparation de fait, l'environnement familial qui justifie l'art. 572 du code pénal disparaît.
  • Offensivité autonome persistante : les actes post-cohabitation créent un nouveau et différent trouble dans la vie de la victime, pertinent au sens de l'art. 612-bis du code pénal.
  • Irrélevance de la coparentalité : la prise en charge commune des enfants ne reconstitue pas en soi le contexte familial nécessaire à l'application de l'art. 572, ni n'exclut la protection renforcée prévue par le stalking aggravé.

Sur le plan systématique, la Cour adhère à l'orientation conforme (n. 39532/2021 ; 15883/2022) et se distingue de celle divergente (n. 33882/2014), privilégiant une protection graduée de la victime : d'abord au sein de la famille, puis, la cohabitation ayant cessé, dans le cadre des rapports interpersonnels.

Implications pratiques pour la défense et pour les personnes lésées

Pour les professionnels du droit, la décision est d'une grande utilité :

  • la stratégie de défense devra vérifier la date exacte de l'interruption de la cohabitation, élément charnière entre les deux délits ;
  • la personne lésée pourra faire valoir de manière autonome le délit de stalking pour des faits postérieurs à la séparation, obtenant ainsi des mesures cautélaires et réparatrices plus ciblées ;
  • les Procureurs devront structurer l'inculpation de manière double, en évitant des contestations génériques qui se prêteraient à des déclarations de nullité.

Conclusions

L'arrêt n. 11209/2024 s'inscrit dans la lignée d'une jurisprudence visant à garantir une protection continue aux victimes de violence domestique, même après la fin de la relation. En établissant que la cessation de la cohabitation fait naître un délit autonome d'actes de persécution, la Cour de cassation offre une orientation interprétative claire, renforçant l'efficacité des normes pénales et fournissant aux avocats un critère certain pour définir les lignes de défense et les stratégies de protection. Il reste, toutefois, la nécessité d'évaluer au cas par cas la subsistance de ce « nouveau » climat de domination qui caractérise le stalking, en évitant les duplications punitives mais sans laisser de zones d'ombre dans la protection des sujets vulnérables.

Cabinet d'Avocats Bianucci