La juridiction dans les litiges entre les ASL et les structures de santé : focus sur l'Ordonnance n° 29613 de 2025

La répartition de la juridiction entre le juge ordinaire et le juge administratif représente depuis toujours l'un des thèmes les plus complexes et débattus du droit public et civil italien. Récemment, les Sections Réunies de la Cour de cassation sont intervenues avec l'importante ordonnance n° 29613 du 10 novembre 2025 pour clarifier un aspect crucial du Service Sanitaire National : l'action en répétition de l'indu promue par une ASL contre une structure de santé privée dépourvue des conditions d'accréditation.

L'affaire et la décision des Sections Réunies

L'affaire trouve son origine dans un litige impliquant les sujets A. L. D. et S. T. et concerne les prestations de santé fournies sous le régime de l'accréditation. L'ASL avait demandé la restitution des sommes versées au titre de la participation aux frais de santé, contestant à la structure le manque de conditions prévues par la législation régionale pour pouvoir opérer sous le régime de l'accréditation. La Cour d'appel de Lecce avait précédemment statué sur ce point, mais l'affaire est parvenue devant la Cour Suprême pour résoudre définitivement le nœud lié à la juridiction.

La distinction entre phase de droit public et phase contractuelle

Pour comprendre la décision des juges de légitimité, il convient de distinguer deux moments fondamentaux dans la relation entre l'Administration Publique (en l'occurrence l'ASL) et les structures de santé privées :

  • La phase de droit public, qui concerne l'acte de concession de l'accréditation et la vérification des conditions institutionnelles, relevant de la compétence du juge administratif.
  • La phase contractuelle, qui concerne l'exécution de la relation économique et la fourniture effective des prestations, régie par le droit privé et dévolue à la juridiction du juge ordinaire.

Dans le cas d'espèce, l'action de l'ASL ne visait pas à contester un acte administratif ou l'exercice d'un pouvoir discrétionnaire, mais à récupérer des sommes indûment versées à une structure non légitimée à les recevoir.

La maxime de la Cour de cassation

Les Sections Réunies ont cristallisé cette orientation au sein de la maxime suivante, qui définit de manière univoque les frontières de la juridiction ordinaire :

En matière de prestations de santé fournies sous le régime de l'accréditation, la demande en répétition de l'indu formulée par l'ASL à l'encontre de la structure de santé, en raison de l'absence des conditions requises pour l'accréditation, relève de la juridiction du juge ordinaire, se fondant sur la constatation de l'inexistence de l'obligation de participation aux frais, afférente à la phase contractuelle de la relation.

Cette maxime souligne comment la prétention restitutoire de l'ASL se fonde sur un simple manquement contractuel ou sur l'absence d'un titre valable pour le paiement (indu objectif au sens de l'art. 2033 du Code civil). Il n'est pas question ici de l'exercice de pouvoirs autoritaires de l'Administration Publique, mais d'une relation de créance-dette de nature purement privatiste.

Conclusions et implications pratiques

En conclusion, l'ordonnance n° 29613 de 2025 réaffirme un principe d'importance fondamentale pour la sécurité juridique et la protection des ressources publiques. Lorsque l'ASL agit pour récupérer des sommes indûment versées en raison de l'absence de conditions d'accréditation de la structure, l'action doit être portée devant le Tribunal Civil ordinaire. Cette décision facilite la linéarité des recours et prévient les conflits de juridiction inutiles, garantissant une résolution plus rapide des litiges économiques dans le secteur de la santé.

Cabinet d'Avocats Bianucci