Concordat préventif et pourvoi en cassation : les clarifications de l'arrêt n° 31176 de 2025

Le Code de la crise d'entreprise et de l'insolvabilité (CCII) continue d'être au centre d'importantes décisions jurisprudentielles visant à clarifier les contours des recours à la disposition des entreprises en difficulté. Avec l'arrêt n° 31176 du 28 novembre 2025, la Cour de cassation est intervenue sur un thème de grande importance pratique : l'attaquabilité de la décision par laquelle la Cour d'appel confirme le refus d'admission au concordat préventif, lorsqu'il n'a pas été procédé simultanément à l'ouverture de la procédure de liquidation judiciaire. Cette décision offre l'occasion de clarifier la nature des ordonnances en chambre du conseil et les conditions du pourvoi extraordinaire en cassation.

L'affaire et la décision de la Cour suprême

L'affaire trouve son origine dans le recours formé par L. G. contre M. S., portant sur la décision de la Cour d'appel de Rome du 22 juillet 2024. Cette dernière avait confirmé, conformément à l'article 47, alinéa 5, du CCII, le décret du Tribunal déclarant irrecevable la proposition de concordat préventif formulée par le débiteur, sans toutefois ordonner l'ouverture de la liquidation judiciaire. Le requérant a donc formé un pourvoi extraordinaire en cassation en vertu de l'article 111, alinéa 7, de la Constitution.

La Cour suprême a déclaré le pourvoi irrecevable, réaffirmant un principe fondamental en matière de recours : la forme de l'acte (dans le cas présent, un arrêt plutôt qu'un décret) n'en modifie ni la substance ni la nature juridique. Pour accéder au pourvoi extraordinaire de légitimité, la décision doit posséder les caractéristiques de décision définitive et de caractère décisoire, qui font défaut en l'espèce.

La maxime de l'arrêt

La décision de la Cour d'appel, qui confirme conformément à l'art. 47, alinéa 5, du CCII le décret par lequel le tribunal a déclaré irrecevable la proposition de concordat, sans pourvoir à l'ouverture de la liquidation judiciaire, même si elle est adoptée sous forme d'arrêt et non de décret, ne peut être attaquée par un pourvoi extraordinaire en cassation ex art. 111, alinéa 7, de la Constitution, faute de caractère décisoire.

Ce principe repose sur la distinction entre les décisions qui affectent de manière définitive des droits subjectifs et celles qui, au contraire, se limitent à gérer une phase procédurale sans empêcher la réintroduction de la demande. Lorsque le refus de concordat ne s'accompagne pas de la déclaration d'ouverture de la liquidation judiciaire, il ne se produit aucun dessaisissement définitif des biens du débiteur, et aucune décision irrévocable n'est prise sur ses droits.

Les conditions du pourvoi extraordinaire ex art. 111 de la Constitution

Pour comprendre pleinement la décision des juges de légitimité, il convient de rappeler quelles sont les conditions nécessaires pour qu'une décision non susceptible de recours ordinaires puisse faire l'objet d'un pourvoi extraordinaire en cassation :

  • Caractère décisoire : la décision doit statuer sur des droits subjectifs, en résolvant un litige entre des parties opposées avec autorité de chose jugée.
  • Caractère définitif : l'acte ne doit être ni modifiable ni révocable par le juge qui l'a rendu, et ne doit pas être susceptible d'autres recours internes au système des voies de recours.
  • Absence d'autres issues : la décision ne doit pas permettre la réintroduction de la même demande sur la base de nouveaux éléments ou dans un contexte temporel différent.

Dans le cas du concordat préventif non suivi d'une liquidation, le débiteur conserve la possibilité de présenter une nouvelle proposition ou d'accéder à d'autres instruments de régulation de la crise, excluant ainsi le caractère définitif et décisoire de la décision d'irrecevabilité.

Conclusions

L'arrêt n° 31176 de 2025 s'inscrit dans la lignée de la jurisprudence consolidée des Sections réunies et confirme l'approche rigoureuse de la Cour de cassation dans l'interprétation des normes du nouveau Code de la crise d'entreprise. Pour les entreprises et les professionnels du secteur, cette décision souligne l'importance d'une planification stratégique minutieuse : une erreur dans la formulation de la proposition de concordat peut stopper le processus de redressement sans possibilité d'appel immédiat en légitimité, contraignant le débiteur à remodeler entièrement sa stratégie de gestion de la crise.

Cabinet d'Avocats Bianucci