Dans le paysage complexe du droit civil, les questions liées à la responsabilité sanitaire représentent un domaine de particulière délicatesse, qui entrelace la protection de la santé du citoyen avec les exigences de clarté et de certitude du droit. La Loi n° 24 de 2017, connue sous le nom de Loi Gelli-Bianco, a introduit d'importantes nouveautés en la matière, parmi lesquelles l'obligation de tenter une conciliation par médiation ou expertise technique préalable comme condition de recevabilité pour l'action judiciaire. Mais que se passe-t-il si, après avoir engagé la médiation, un certain délai n'est pas respecté pour engager la procédure ? C'est sur ce point crucial qu'est intervenue la Cour de Cassation avec l'Ordonnance n° 15466, déposée le 10 juin 2025, fournissant une interprétation fondamentale qui clarifie les limites de la recevabilité.
L'indemnisation du préjudice résultant d'une erreur médicale est un sujet de grande actualité. La Loi Gelli-Bianco a cherché à équilibrer la nécessité de protéger les victimes de négligence médicale avec l'exigence de contenir le contentieux et de favoriser les solutions extrajudiciaires. Pour cette raison, l'article 8 de la Loi 24/2017 a introduit, pour les actions en réparation du préjudice résultant de responsabilité sanitaire, l'obligation d'engager préalablement une tentative de conciliation, que ce soit par médiation ou par expertise technique préalable (ATP) conformément à l'art. 696-bis du Code de Procédure Civile. Cette étape est une véritable « condition de recevabilité » : sans elle, le juge ne peut examiner le fond du litige. L'objectif est double : d'une part, désengorger les tribunaux ; d'autre part, offrir aux parties un cadre plus informel et moins coûteux pour trouver un accord.
La question sur laquelle s'est prononcée la Cour Suprême, avec l'Ordonnance n° 15466/2025 (Président G. T., Rapporteur P. P.), naît de l'interprétation de l'article 8, alinéa 3, de la Loi Gelli-Bianco. Cette norme prévoit un délai de quatre-vingt-dix jours pour l'introduction du procès au fond afin d'assurer la persistance des « effets de la demande ». La question qui se posait était : ce délai de 90 jours s'applique-t-il également lorsque la condition de recevabilité a été remplie par l'engagement de la médiation, et non de l'ATP ? La Cour d'Appel d'Ancône, par arrêt du 25/05/2022, avait adopté une position qui a ensuite été cassée avec renvoi par la Cour Suprême.
La Cassation, dans l'affaire opposant S. P. M. à A., a fourni une réponse claire et définitive, cristallisée dans la maxime suivante :
En matière de litiges en réparation du préjudice résultant de responsabilité sanitaire, l'art. 8, alinéa 3, de la loi n° 24 de 2017, dans la mesure où il prévoit le délai de quatre-vingt-dix jours pour l'introduction du procès au fond, afin d'assurer la persistance des « effets de la demande », ne s'applique pas lorsque la condition de recevabilité a été remplie par l'engagement de la médiation, en relation avec laquelle une préclusion procédurale – non expressément prévue par la norme – ne peut être judiciairement identifiée praeter legem, à limitation de l'accès à la protection juridictionnelle.
Cette décision est d'une extrême importance. La Cour a établi que le délai de quatre-vingt-dix jours ne s'applique pas si la condition de recevabilité a été remplie par le biais de la médiation. Le raisonnement de la Cour Suprême repose sur un principe cardinal de notre système : il n'est pas possible d'identifier une préclusion procédurale praeter legem, c'est-à-dire au-delà de ce qui est expressément prévu par la loi, surtout lorsque cela limiterait l'accès à la protection juridictionnelle. En d'autres termes, si la loi ne prévoit pas explicitement un délai de déchéance pour l'introduction du procès après l'engagement de la médiation, le juge ne peut en créer un, car cela irait à l'encontre du droit du citoyen de saisir la justice.
L'Ordonnance n° 15466/2025 a des retombées pratiques significatives pour tous les acteurs impliqués dans les litiges de responsabilité sanitaire :
L'intervention de la Cour de Cassation avec l'Ordonnance n° 15466 de 2025 représente un important éclaircissement dans un secteur délicat comme celui de la responsabilité sanitaire. En soulignant que le délai de 90 jours ne s'applique pas après la médiation, la Cour Suprême a réaffirmé un principe fondamental de notre système : la protection du droit d'accès à la justice. Cette décision offre une plus grande sécurité juridique aux citoyens et aux professionnels du droit, garantissant que les procédures ne deviennent pas un obstacle insurmontable, mais un outil efficace pour la résolution des litiges. C'est un exemple vertueux de la manière dont la jurisprudence peut contribuer à rendre le système juridique plus équitable et transparent.