Avis de recouvrement et consortium public : la compétence juridictionnelle appartient au Juge Ordinaire selon l'Ordonnance n° 29682 de 2025

Lorsqu'un contribuable reçoit un avis de recouvrement émis pour le compte d'un organisme public, l'un des premiers doutes qui assaille le contribuable et son conseil concerne l'identification de la juridiction compétente pour contester la dette et demander une éventuelle indemnisation des dommages. La distinction entre la juridiction ordinaire, fiscale et comptable est souvent subtile et source de complexes conflits d'interprétation. La Cour de cassation, réunie en Chambres réunies (Sezioni Unite), est intervenue sur ce point délicat avec l'ordonnance n° 29682 du 10 novembre 2025, offrant d'importantes clarifications sur la répartition de la compétence juridictionnelle en matière de charges dues à des consortiums publics autres que ceux de bonification.

L'affaire et la décision des Chambres réunies

Le litige trouve son origine dans l'impugnation d'un avis de recouvrement émis pour des charges dues à un consortium public calabrais. Le requérant, S. G. F., a agi en justice contre l'Agenzia delle Entrate Riscossione (A.) pour obtenir la constatation négative de la dette et la condamnation à l'indemnisation du préjudice découlant de la non-suspension de l'avis de recouvrement. La Cour suprême a dû établir quelle était la juridiction compétente pour connaître de ce litige.

La décision a confirmé la compétence du Juge Ordinaire, excluant tant la juridiction fiscale que la juridiction comptable. La Cour de cassation a ainsi exprimé le principe applicable à ces cas d'espèce :

En matière d'exécution forcée pour le paiement de charges dues à un consortium public, la demande visant à la constatation négative de la dette et à la condamnation de l'ADER à l'indemnisation du préjudice relève de la compétence du juge ordinaire, dans la mesure où, d'une part, la compétence fiscale n'est pas envisageable lorsque l'organisme créancier n'est pas un consortium de bonification (comme en l'espèce, s'agissant d'un organisme public économique instrumental de la Région Calabre) et que la créance invoquée concerne une prétention strictement privatiste avancée à titre de contrepartie pour des prestations spécifiques du consortium ; d'autre part, la juridiction comptable n'est pas compétente, n'existant aucune relation fonctionnelle entre la partie prétendument lésée et l'auteur du comportement dénoncé comme illicite et générateur du dommage (en l'espèce l'ADER, pour ne pas avoir suspendu l'efficacité de l'avis à la suite de la contestation du titre).

Pourquoi la juridiction fiscale ou comptable ne s'applique-t-elle pas ?

Pour comprendre pleinement la portée de cette décision, il convient d'analyser les raisons pour lesquelles la Cour suprême a exclu les autres juridictions spéciales :

  • Exclusion de la juridiction fiscale : Celle-ci n'est compétente que si l'organisme créancier est un consortium de bonification, dont les contributions ont la nature de véritables impôts. Dans le cas présent, en revanche, l'organisme impliqué était un organisme public économique instrumental de la Région Calabre. Les créances invoquées avaient une nature privatiste, se configurant comme des contreparties pour des prestations spécifiques du consortium et non comme des impôts ou des taxes.
  • Exclusion de la juridiction comptable : La Cour des comptes n'est pas compétente car il manque un rapport d'emploi ou une relation fonctionnelle entre le citoyen qui prétend avoir été lésé et l'agent de recouvrement (ADER) accusé d'avoir agi illégitimement.

Conclusions

L'ordonnance n° 29682 de 2025 représente un guide fondamental pour les professionnels du droit et pour les citoyens. Elle réaffirme que, lorsque la prétention d'un organisme public économique a une nature synallagmatique et privatiste, la protection du citoyen contre l'action exécutive et pour l'indemnisation des dommages causés par un comportement illicite de l'agent de recouvrement doit être exercée devant le Juge Ordinaire. Cette décision évite des erreurs de saisine inutiles et coûteuses, garantissant une protection plus rapide et plus efficace des droits des membres des consortiums.

Cabinet d'Avocats Bianucci