Abus du droit et Merger Leveraged Buy Out : L'arrêt 16559/2025 de la Cour de Cassation

Les opérations de restructuration d'entreprise, en particulier celles complexes telles que le merger leveraged buy out (MBO), constituent des outils fondamentaux pour la croissance et le redressement des entreprises. Cependant, leur nature articulée soulève souvent des questions quant à leur légitimité fiscale, pouvant être perçues comme des véhicules d'évasion fiscale. Dans ce contexte, le récent arrêt n° 16559, déposé le 20 juin 2025 par la Cour de Cassation, s'impose comme un phare de clarté, délimitant les frontières entre une planification fiscale légitime et l'abus du droit. Cette décision, dont le rapporteur était le Dr M. C. et la présidente la Dre R. C., offre des aperçus cruciaux pour les professionnels du droit et les entrepreneurs.

L'Abus du Droit en Italie : Contexte Normatif et Pertinence pour les Entreprises

Le concept d'abus du droit en matière fiscale a longtemps fait l'objet de débats et d'incertitudes. Initialement régi par l'article 37-bis du d.P.R. n° 600 de 1973 (aujourd'hui intégré à l'article 10-bis de la Loi n° 212 de 2000, Statut du Contribuable), il vise à lutter contre les opérations dépourvues de substance économique qui, tout en respectant formellement la loi, ont pour seul ou principal objectif l'obtention d'avantages fiscaux indus. La jurisprudence, tant nationale qu'européenne, a constamment réaffirmé la nécessité d'identifier un lien de causalité entre l'opération et l'avantage fiscal, excluant l'abus lorsque l'opération est justifiée par des raisons économiques valables et non marginales.

Le merger leveraged buy out, tel que défini par l'article 2501-bis du Code Civil, est une opération financière complexe dans laquelle une entreprise (dite « cible ») est acquise par une société spécialement créée (dite « newco »), laquelle s'endette lourdement pour financer l'achat. Par la suite, la « newco » fusionne avec la « cible », et les dettes contractées sont remboursées en utilisant les flux de trésorerie de la société résultant de la fusion. La nature de cette opération, souvent caractérisée par des avantages fiscaux considérables découlant de la déductibilité des intérêts passifs sur le financement, a fait du MBO un terrain fertile pour les contestations de l'Administration financière.

Le Cas Spécifique : La Décision de la Cassation n° 16559/2025

L'arrêt commenté, issu du recours de W. (représenté par Me A. T.) contre A., et dans lequel le Procureur Général T. B. a émis un avis conforme, aborde précisément la question de l'admissibilité d'une opération de MBO dans le contexte de l'abus du droit. La Cour de Cassation, en cassant avec renvoi une décision antérieure de la Commission Tributaire Régionale de Palerme, a fourni des indications précises sur les critères d'évaluation de la légitimité fiscale de telles opérations. La maxime résumant le principe exprimé par la Cour est la suivante :

En matière d'abus du droit, conformément à l'art. 37-bis du d.P.R. n° 600 de 1973, ratione temporis applicable, l'opération de merger leveraged buy out, telle que définie par l'art. 2501-bis c.c., peut ne pas avoir pour élément prédominant et absorbant le but d'éluder le fisc, trouvant justification dans un projet plus large de restructuration d'entreprise visant l'entrée de nouveaux associés, même lorsque, à l'issue de celle-ci, les associés précédents demeurent dans la composition sociale de la société cible, pourvu que le contrôle exclusif cesse et que l'organisation de contrôle préexistante soit de toute façon modifiée de manière significative (dit « change of control »).

Ce passage est d'une importance capitale. La Cassation précise qu'un MBO n'est pas automatiquement abusif simplement parce que les associés préexistants restent dans la composition sociale de la société « cible » après la fusion. Ce qui importe, pour exclure l'intention d'élusion prédominante, c'est que l'opération s'inscrive dans un

Cabinet d'Avocats Bianucci