Dans le panorama du droit fiscal italien, l'un des thèmes les plus débattus concerne l'efficacité temporelle des normes introduisant des sanctions plus clémentes pour le contribuable. La récente décision de la Cour de cassation, Section fiscale, n° 29886 du 12 novembre 2025, intervient avec fermeté sur cet aspect, en délimitant les contours de l'applicabilité de la réforme introduite par le décret législatif (D.Lgs.) n° 87 de 2024. La question centrale porte sur la possibilité d'appliquer rétroactivement les sanctions réduites pour des infractions commises avant l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation.
Le décret législatif n° 87 de 2024 a apporté des modifications significatives au système de sanctions fiscales, en réformant notamment les articles 5 et 6 du décret législatif n° 471 de 1997. La nouveauté principale consiste en la réduction de la sanction pour les infractions en matière de TVA à 70 % de l'impôt supplémentaire dû. Auparavant, les taux de sanction étaient nettement plus lourds, alimentant les espoirs de nombreux contribuables, dont le requérant F. (défendu par l'avocat G. E.), de pouvoir bénéficier du principe de la « favor rei », c'est-à-dire l'application de la loi la plus favorable survenue ultérieurement.
Toutefois, la Cour suprême, confirmant la décision de la Commission fiscale régionale de Milan, a rejeté le recours présenté contre l'A. (Avocature générale de l'État), en établissant une limite temporelle nette. Voici les points clés de la décision :
Généralement, en droit des sanctions, prévaut le principe selon lequel, si la loi en vigueur au moment de la commission de l'infraction et la loi postérieure sont différentes, on applique celle dont les dispositions sont les plus favorables au contrevenant. Cependant, la Cour de cassation a rappelé que ce principe n'est pas absolu et peut faire l'objet d'une dérogation par le législateur pour des motifs justifiés d'intérêt public ou de stabilité des recettes fiscales.
En matière de TVA, la réglementation postérieure plus favorable prévue par l'art. 2 du décret législatif n° 87 de 2024 - qui a réduit le montant de la sanction établie par l'art. 5, alinéa 4 et par l'art. 6, alinéa 1, du décret législatif n° 471 de 1997 à 70 % de l'impôt supplémentaire - ne s'applique pas aux infractions commises avant le 1er septembre 2024, en raison de la dérogation expresse au principe de rétroactivité de la lex mitior prévue par l'art. 5 du décret législatif n° 87 de 2024, compatible tant avec les principes constitutionnels (art. 3 et 117 de la Constitution) qu'avec ceux du droit de l'Union européenne.
Le commentaire de la maxime souligne comment la Cour a donné la priorité à la volonté spécifique du législateur exprimée dans l'art. 5 du D.Lgs. 87/2024. Cette norme fait office de barrage, empêchant la réduction des sanctions d'affecter les rapports pendants ou les infractions passées non encore définies, garantissant ainsi une transition ordonnée entre l'ancien et le nouveau régime de sanctions.
L'un des aspects les plus intéressants de l'arrêt n° 29886/2025 est l'analyse de la compatibilité de cette dérogation avec les articles 3 et 117 de la Constitution. La Cour a estimé qu'il n'y a pas de disparité de traitement déraisonnable (Art. 3), car le choix de la date du 1er septembre 2024 relève de la pleine discrétion du législateur. En outre, sur le plan européen, la jurisprudence consolidée permet des limitations au principe de rétroactivité en matière fiscale, à condition que les principes de proportionnalité et d'effectivité dans le recouvrement des ressources propres de l'Union, comme la TVA, ne soient pas violés.
La décision de la Cour de cassation représente un point de repère pour les professionnels et les entreprises. Bien que la réforme fiscale de 2024 promette une fiscalité plus clémente, cette flexibilité n'est pas rétroactive pour les infractions TVA antérieures à la date charnière. Les contribuables ayant commis des erreurs ou des omissions avant septembre 2024 restent donc soumis aux sanctions antérieures, nettement plus sévères. Cet arrêt souligne l'importance d'une planification fiscale correcte et de la rapidité dans l'adaptation aux réglementations, confirmant que le moment de l'infraction demeure le critère cardinal pour la détermination de la sanction applicable.