Compétence territoriale en matière de diffamation en ligne : analyse de la Cour de cassation n° 14204/2025

Par la décision n° 14204 du 7 mars 2025 (déposée le 10 avril 2025), la Cinquième Chambre Pénale de la Cour de cassation a rejeté le recours de V. S., confirmant la déclaration d'incompétence prononcée par la Cour d'appel de Caltanissetta. Au centre du procès se trouvait une hypothèse de diffamation par Internet, une typologie de fait où le lieu de commission de l'infraction peut s'avérer difficile à identifier. L'arrêt offre l'occasion de retracer les critères de compétence territoriale fixés par le code de procédure pénale et leur application concrète dans le monde numérique.

Le déroulement du procès

Les faits concernent la publication sur un site web d'expressions jugées attentatoires à l'honneur de tiers. En première instance, le tribunal avait situé la compétence dans le lieu de résidence de l'inculpé. La Cour d'appel a en revanche valorisé l'impossibilité de déterminer où l'offense avait été perçue (lieu de commission) et a renvoyé la question aux critères supplétifs de l'art. 9 du code de procédure pénale, en se référant à des précédents tels que Cass. 31677/2015 et 2739/2011. L'accusé a formé un pourvoi en cassation, alléguant une violation des art. 8 et 9 du code de procédure pénale ; la Cour suprême l'a rejeté.

Le principe de droit

En matière de diffamation commise par le biais d'Internet, lorsqu'il est impossible de déterminer le lieu de commission de l'infraction, la compétence territoriale doit être déterminée en appliquant les critères supplétifs prévus par l'art. 9 du code de procédure pénale.

La maxime, qui reproduit le cœur de la motivation de la décision, réaffirme une orientation désormais consolidée. Conformément à l'art. 8 du code de procédure pénale, la règle générale veut que la compétence revienne au juge du lieu où l'infraction a été commise. Cependant, l'ubiquité propre au réseau rend souvent impossible l'identification de la « première perception » de l'offense : l'utilisateur peut accéder au contenu depuis n'importe quelle partie du monde. Dans ces cas, intervient l'art. 9 du code de procédure pénale, selon lequel la compétence est attribuée, dans l'ordre, au juge du lieu où l'accusé a sa résidence, son domicile ou sa demeure. La Cour précise qu'il s'agit de critères de clôture, activables uniquement lorsqu'il est impossible d'emprunter la voie principale de l'art. 8.

Implications pratiques pour les opérateurs du web

  • Clarté sur les for compétents : celui qui intente une action en justice pour diffamation en ligne doit évaluer non seulement le lieu de perception du message, mais aussi celui de résidence de l'auteur.
  • Réduction du forum shopping : l'utilisation des critères supplétifs évite la prolifération de procédures parallèles sur tout le territoire national.
  • Centralité des preuves numériques : les logs de serveur, les horodatages et la géolocalisation peuvent aider à prouver – si possible – le lieu de commission, empêchant l'application automatique de l'art. 9.

Interaction avec le droit européen

Bien que la compétence pénale reste une matière nationale, la Cour tient compte de l'art. 10 de la CEDH (liberté d'expression) et du principe de proportionnalité rappelé par la Cour EDH dans les affaires Delfi AS c. Estonie et Magyar Jeti c. Hongrie. L'équilibre entre la protection de l'honneur et la liberté d'information impose une interprétation des normes procédurales qui n'aggrave pas excessivement l'exercice du droit de défense de l'inculpé ni le droit d'action de la personne lésée.

Conclusions

L'arrêt 14204/2025 confirme que, face à la nature « diffuse » du réseau, le code de procédure pénale offre déjà des outils adéquats pour résoudre les conflits de compétence. Le renvoi à l'art. 9 du code de procédure pénale constitue un correctif rationnel qui maintient ferme le principe du juge naturel préconstitué par la loi. Les avocats et les opérateurs du secteur doivent donc considérer dès le début la possibilité que le for compétent soit identifié sur la base des critères supplétifs, en préparant une stratégie de défense et de preuve adéquate.

Cabinet d'Avocats Bianucci