Sanctions fiscales et nature pénale : le commentaire de l'ordonnance 29345/2025

Dans le paysage complexe du droit fiscal italien, la frontière entre sanction administrative et sanction pénale apparaît souvent floue. Une récente décision de la Cour de cassation, l'ordonnance n° 29345 du 06/11/2025, revient sur ce thème crucial, en mettant l'accent sur la protection du contribuable contre la duplication des procédures punitives. L'affaire a opposé l'Avvocatura Generale dello Stato et le contribuable D. D., dans un litige qui a atteint les plus hauts juges de légitimité pour définir la nature exacte des sanctions infligées.

Les critères de la CEDH et la nature des sanctions

La question centrale abordée par les "Ermellini" (la Cour de cassation) concerne la possibilité de qualifier de pénale une sanction que l'ordre juridique national définit au contraire comme purement administrative. Pour ce faire, la Cour de cassation rappelle avec force les critères dits Engel, élaborés par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Selon ces principes, ce n'est pas l'étiquette donnée par le législateur national qui détermine la nature d'une sanction, mais sa substance punitive et la gravité de la conséquence pour le citoyen.

En particulier, la Cour a établi que trois paramètres fondamentaux doivent être évalués : la qualification juridique de l'infraction dans le droit interne, la nature même de l'infraction et le degré de sévérité de la sanction. Si une amende fiscale est particulièrement élevée et a une finalité purement répressive et dissuasive, elle peut être assimilée à une sanction pénale, activant ainsi les garanties prévues par la Convention européenne des droits de l'homme.

En matière de sanctions fiscales, une sanction formellement administrative peut être considérée comme pénale, aux fins de l'application du principe du ne bis in idem substantiel, compte tenu des critères élaborés par la jurisprudence de la CEDH, tels que sa qualification juridique, par le droit interne, comme pénale plutôt que disciplinaire ou administrative, sa nature effective et son degré de sévérité.

Le commentaire de cette maxime met en évidence un tournant garantiste : le principe du ne bis in idem interdit en effet de soumettre une personne à deux procédures (une pénale et une administrative) pour le même fait, si les deux procédures ont une nature essentiellement punitive. Cette orientation vise à éviter que l'État n'exerce un pouvoir sanctionnateur disproportionné, garantissant que le citoyen ne soit pas frappé deux fois pour la même conduite.

L'impact sur le contentieux fiscal

L'ordonnance 29345/2025 n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans un sillon jurisprudentiel déjà tracé par des précédents importants (comme les arrêts n° 9076 et 9077 de 2021). L'application de ces principes a des répercussions pratiques immédiates pour les contribuables impliqués dans des contrôles fiscaux :

  • Une plus grande protection dans les cas de concours entre sanctions administratives et procédures pénales pour délits fiscaux.
  • La possibilité d'invoquer l'illégitimité de sanctions disproportionnées qui violent l'art. 4 du Protocole n° 7 de la CEDH.
  • La nécessité pour l'Administration financière d'évaluer avec une extrême prudence le cumul des sanctions.

La référence à l'art. 11 du Décret Législatif 472/1997 et aux articles 4 et 6 de la CEDH confirme que le droit interne doit toujours être lu en harmonie avec les principes supranationaux d'équité et de justice.

Conclusions

L'ordonnance n° 29345/2025 de la Cour de cassation représente un élément fondamental pour la sécurité juridique dans le secteur fiscal. En réaffirmant que la substance prévaut sur la forme, les juges ont confirmé que le contribuable ne peut être laissé sans défense face à des sanctions administratives qui, par leur ampleur et leur objectif, agissent comme de véritables condamnations pénales. Pour les professionnels du secteur et pour les citoyens, cet arrêt est un avertissement à évaluer toujours la conformité des procédures fiscales aux principes européens de civilisation juridique.

Cabinet d'Avocats Bianucci