Le trust représente l'un des instruments les plus complexes et débattus dans le panorama juridique et fiscal italien. Issu des systèmes de common law, son intégration dans l'ordre juridique national a nécessité des années d'interprétations jurisprudentielles pour définir avec précision le traitement fiscal applicable. Récemment, l'Ordonnance n° 30343 du 17/11/2025 de la Cour de cassation a apporté un éclairage supplémentaire sur une question fondamentale : quand l'impôt proportionnel sur les successions et donations est-il dû et quand, au contraire, faut-il appliquer le simple droit fixe d'enregistrement.
Le litige porté à l'attention des juges concerne le recours présenté par B., représenté par l'avocat A. G. T., contre l'Avvocatura Generale dello Stato. Au cœur du différend se trouve la nature même du trust et le moment où naît l'obligation fiscale proportionnelle. Selon la jurisprudence consolidée, rappelée également en l'espèce, l'impôt sur les successions et donations ne peut faire abstraction d'un enrichissement réel du bénéficiaire.
Dans de nombreux cas, la constitution d'un trust et l'apport de biens en son sein ne déterminent pas un transfert immédiat de richesse. Le trustee, en effet, agit comme un gestionnaire des biens dans un but précis ou en faveur de bénéficiaires qui pourraient ne recevoir les fruits ou le capital qu'à un moment futur et incertain. Dans un tel scénario, le présupposé imposable prévu par l'article 53 de la Constitution ferait défaut, à savoir la capacité contributive manifestée par un accroissement patrimonial effectif.
La Cour suprême, par l'ordonnance à l'examen, réaffirme un principe d'équité fiscale. Pour mieux comprendre la portée de cette décision, il est utile d'observer les points clés suivants :
Cette interprétation s'aligne sur la réglementation européenne et internationale, en particulier avec la Convention de La Haye du 1er juillet 1985, transposée en Italie par la Loi n° 364 de 1989, qui reconnaît la légitimité de la ségrégation patrimoniale propre au trust.
En matière d'imposition du trust, l'impôt proportionnel sur les successions et donations - qui présuppose l'enrichissement patrimonial à titre de libéralité - s'applique lorsque le transfert définitif des droits du trustee au bénéficiaire se réalise dès l'institution du trust, l'acte devant être assujetti, dans le cas contraire, au seul droit fixe d'enregistrement.
Le commentaire de cette maxime est essentiel pour tout professionnel ou particulier souhaitant aborder cet instrument. La Cour précise que le moment imposable ne coïncide pas nécessairement avec la signature de l'acte constitutif du trust. Si l'acte prévoit que les biens ne passent au bénéficiaire qu'au terme du trust ou lors de la réalisation de certaines conditions, l'impôt proportionnel ne sera dû qu'à ce second moment. Au début, l'acte de dotation sera soumis exclusivement au droit fixe d'enregistrement, puisqu'il s'agit d'un acte instrumental à la gestion et non d'une libéralité déjà accomplie.
L'Ordonnance n° 30343/2025 représente un élément important pour la sécurité juridique en matière fiscale. Elle confirme que le fisc ne peut frapper une richesse potentielle ou une simple opération de ségrégation patrimoniale s'il n'y a pas de transfert de propriété réel et actuel enrichissant le bénéficiaire final. Pour ceux qui souhaitent utiliser le trust comme instrument de protection patrimoniale ou de planification successorale, cette décision offre un guide clair pour éviter les chevauchements fiscaux et planifier correctement les coûts liés à la gestion de ses actifs.