Le droit à l'éducation est un pilier fondamental de notre Constitution, et sa garantie passe aussi par l'obligation scolaire, dont le non-respect a toujours eu des répercussions pénales. Cependant, le paysage normatif est en constante évolution et une récente décision de la Cour de cassation, l'Arrêt n° 30777 du 08/07/2025 (déposé le 15/09/2025), marque un tournant crucial, introduisant le concept d'"abolitio criminis" pour certaines conduites passées. Cette décision clarifie de manière définitive le rapport entre l'ancienne contravention et le nouveau délit en matière de non-respect de l'obligation d'instruction des mineurs, avec des répercussions pratiques significatives.
Pour comprendre pleinement la portée de l'arrêt de la Cour suprême, il est essentiel de retracer les modifications législatives qui ont affecté la matière. Jusqu'à récemment, le non-respect de l'obligation d'instruction élémentaire des mineurs était sanctionné comme une contravention par l'art. 731 du Code pénal. Cette norme prévoyait une sanction pour celui qui, étant responsable de l'instruction d'un mineur, omettait de pourvoir à l'instruction obligatoire, sans demande ou avertissement spécifique de la part des autorités.
Cependant, l'art. 12 du Décret-Loi n° 123 du 10 août 2023, converti avec modifications par la Loi n° 159 du 6 octobre 2023, a profondément innové la discipline. Non seulement il a abrogé l'art. 731 c.p., mais il a simultanément introduit le nouveau délit de l'art. 570-ter du Code pénal, intitulé "Non-respect de l'obligation d'instruction des mineurs". Cette nouvelle disposition ne se limite plus à l'instruction "élémentaire", mais étend l'obligation à l'"obligation scolaire" dans son intégralité, et, aspect fondamental, subordonne la pertinence pénale de la conduite passive au non-respect d'un "double avertissement" prévu par l'art. 114, alinéa 4, du D.Lgs. n° 297 du 16 avril 1994, également modifié par la même réglementation.
La Cour de cassation, dans l'arrêt n° 30777/2025, a examiné précisément le rapport entre ces deux disciplines, se prononçant sur la question de la "continuité normative". L'affaire concernait l'accusé M. P.M., dont le recours a été accueilli, entraînant l'annulation sans renvoi de l'arrêt du Juge de paix de Termini Imerese. La maxime de l'arrêt stipule :
En matière de non-respect de l'obligation d'instruction des mineurs, il n'existe pas de continuité normative entre la contravention abrogée de l'art. 731 c.p. et le délit prévu par l'art. 570-ter c.p., introduit simultanément par l'art. 12, alinéa 1, d.l. 10 août 2023, n° 123, converti, avec modifications, par la loi 6 octobre 2023, n° 159, car, aux termes de la nouvelle norme incriminatrice, la conduite passive tenue par le responsable de l'instruction du mineur, non plus seulement "élémentaire", mais comprenant l'"obligation scolaire" dans son intégralité, n'acquiert une pertinence pénale que dans le cas où le double avertissement prévu par l'art. 114, alinéa 4, d.lgs. 16 avril 1994, n° 297, tel que modifié par le même art. 12 précité, s'est avéré infructueux, avec pour conséquence une "abolitio criminis" pour les conduites antérieures à la novelle consistant à ne pas avoir empêché l'absence injustifiée pendant une période telle à constituer une élusion de l'obligation scolaire élémentaire.
Ce passage est d'une importance cruciale. La Cour de cassation affirme clairement qu'il n'y a pas de continuité normative entre les deux infractions. Mais que signifie exactement "abolitio criminis" ? Selon le principe du favor rei, consacré également par l'art. 2, alinéa 2, du Code pénal et par l'art. 25, alinéa 2, de la Constitution, nul ne peut être puni pour un fait qui, selon une loi postérieure, ne constitue pas une infraction. Dans notre cas, la Cour de cassation a estimé que la nouvelle norme (art. 570-ter c.p.) a modifié de manière substantielle la conduite punissable, en introduisant un élément constitutif nouveau et indispensable : le double avertissement. Si cet avertissement n'a pas été donné et ignoré, la conduite n'intègre plus le délit, avec pour conséquence que pour les faits commis avant l'entrée en vigueur du D.L. n° 123/2023, et relatifs à l'obligation scolaire élémentaire, il se produit une "abolitio criminis".
Les retombées de cette décision sont significatives. Pour toutes les procédures pénales encore pendantes, relatives à des conduites de non-respect de l'obligation d'instruction des mineurs survenues avant l'entrée en vigueur du D.L. n° 123/2023 et qui ne prévoyaient pas le présupposé du double avertissement, les juges devront déclarer l'extinction du délit pour "abolitio criminis". Cela signifie que, bien que la conduite ait été illicite au moment de sa commission, la modification législative ultérieure l'a rendue non plus punissable. Ce principe s'applique non seulement aux procès en cours mais aussi aux condamnations déjà passées en force de chose jugée, pour lesquelles il est possible de demander la révocation au sens de l'art. 673 c.p.p.
L'arrêt souligne l'importance d'une approche plus garantiste et dialogique dans la gestion de l'obligation scolaire. Avant de recourir à la sanction pénale, l'État, à travers les institutions scolaires et les autorités compétentes, doit activer un parcours de rappel et de soutien, mis en évidence par le double avertissement. Seule l'inertie persistante face à ces sollicitations constitue désormais le délit.
L'Arrêt n° 30777 de 2025 de la Cour de cassation représente une clarification importante en matière de droit pénal et d'obligation scolaire. Non seulement il réaffirme les principes cardinaux du droit pénal, tels que l'irréactivité de la loi pénale plus défavorable et le favor rei, mais il introduit également une plus grande complexité et progressivité dans l'approche des situations d'élusion scolaire. Pour les parents et les responsables de l'instruction, cela signifie une plus grande conscience des procédures qui précèdent l'éventuelle sanction pénale, en mettant l'accent sur la prévention et le dialogue avec les institutions. Pour les opérateurs du droit, la décision offre un précieux outil interprétatif pour la gestion des cas pendants et futurs, assurant l'application correcte des principes de légalité et de garantie.