La Cour de Cassation : aucune indemnisation lors de l'audience préliminaire pour la faiblesse du fait. Arrêt n° 30528/2025

La Cour de Cassation, par l'arrêt n° 30528 de 2025 (Président S. E. V. S., rapporteur M. M. E.), a clarifié un point crucial : la possibilité pour le juge, lors de l'audience préliminaire, de statuer sur la demande de réparation du préjudice de la partie civile lorsqu'une ordonnance de non-lieu est rendue pour la particulière faiblesse du fait. Cette décision annule une décision du Tribunal de Ferrare, définissant les limites du pouvoir judiciaire.

Faiblesse du Fait et Audience Préliminaire

L'article 131-bis du Code Pénal exclut la punissabilité pour les infractions de faible gravité. L'audience préliminaire (art. 554-ter c.p.p.) est une phase procédurale visant à définir le procès de manière anticipée, y compris par une ordonnance de non-lieu. Ici, la partie civile peut demander réparation.

La Maxime de la Cassation : Non à l'Indemnisation Immédiate

Le cœur de la décision est la maxime suivante :

Le juge qui, à l'issue de l'audience préliminaire visée à l'art. 554-ter cod. proc. pen., rend une ordonnance de non-lieu pour la particulière faiblesse du fait, n'a pas le pouvoir de statuer sur la demande de restitution et de réparation du préjudice présentée par la partie civile, car ladite ordonnance, ne comportant aucun accertement définitif du fait illicite, n'est pas apte à acquérir une force de chose jugée dans le procès civil.

L'arrêt n° 30528/2025 établit que le juge pénal, tout en prononçant la relaxe de l'accusé (B. S.) pour faiblesse du fait, ne peut pas se prononcer sur la demande de réparation de la partie civile. En effet, l'ordonnance de non-lieu pour faiblesse du fait ne contient pas un accertement définitif du fait illicite apte à former le "jugé" dans le procès civil. Il ne se génère pas une "vérité procédurale" contraignante pour le juge civil, contrairement à ce qui se passe avec les ordonnances de condamnation ou d'acquittement plein (art. 651 et 651-bis c.p.p.).

Implications pour la Partie Civile

Cette décision a des conséquences directes : si le juge pénal déclare le non-lieu pour faiblesse du fait, la personne lésée n'obtiendra pas de réparation à ce stade. Pour faire valoir ses droits, elle devra engager un procès civil autonome. Cela implique :

  • Un allongement des délais pour l'indemnisation.
  • Des coûts juridiques supplémentaires.
  • La reproduction de l'affaire probatoire en instance civile.

Il est essentiel que la partie civile soit consciente de cette distinction pour adopter la stratégie juridique la plus efficace.

Conclusions

L'arrêt n° 30528 de 2025 réaffirme que pour une condamnation à réparation ayant effet de chose jugée au procès civil, un accertement définitif du fait illicite est indispensable. La faiblesse du fait et l'audience préliminaire, bien qu'utiles à l'efficacité, ne peuvent porter atteinte aux droits de la partie civile sans un accertement robuste. Les victimes devront s'adresser au juge civil pour la pleine réparation des dommages.

Cabinet d'Avocats Bianucci