Réforme Cartabia et recevabilité : la Cour de cassation (Arrêt n° 28514/2025) sur l'aggravante postérieure à la plainte

La justice pénale italienne a été profondément influencée par le décret législatif n° 150 de 2020, mieux connu sous le nom de Réforme Cartabia. Cette réforme a introduit des modifications significatives au régime de recevabilité de nombreux délits, transformant nombre d'entre eux de poursuivables d'office à poursuivables sur plainte de la partie lésée. Ce changement a soulevé des questions complexes, notamment en ce qui concerne la gestion des procédures déjà en cours ou des situations où un délit, initialement poursuivable sur plainte, révélait ultérieurement des circonstances aggravantes le rendant à nouveau poursuivable d'office. C'est précisément sur l'une de ces questions délicates que la Cour de cassation s'est prononcée par l'arrêt n° 28514, déposé le 4 août 2025, apportant une clarification fondamentale pour les professionnels du droit et les citoyens.

Le Cœur de la Question : La Réforme Cartabia et la Recevabilité

La Réforme Cartabia, dans le but de désengorger le système judiciaire et de privilégier la composition extrajudiciaire pour les délits de moindre gravité sociale, a élargi le catalogue des délits ne pouvant être poursuivis qu'à la suite d'une plainte de la personne offensée. Cela signifie que, pour une série de cas, l'action pénale ne peut être engagée ou poursuivie si la victime ne manifeste pas expressément sa volonté de poursuivre pénalement le responsable, dans un délai de rigueur de trois mois à compter du jour de la connaissance du fait constitutif d'infraction (art. 124 c.p., visé par l'art. 85 du D.Lgs. 150/2020 pour les normes transitoires). Cependant, certains délits, bien que dans leur forme de base poursuivables sur plainte, deviennent poursuivables d'office en présence de circonstances aggravantes spécifiques. L'arrêt en question se concentre précisément sur cette dynamique, en particulier pour le délit de vol (art. 624 c.p.), qui dans sa forme simple est devenu poursuivable sur plainte, mais redevient poursuivable d'office s'il est aggravé, par exemple, conformément à l'art. 625 c.p.

Le Cas Spécifique et la Maxime de la Cassation

Le cas parvenu à l'attention de la Cour suprême concernait un prévenu, P. R., accusé de vol d'énergie électrique. Le délit de vol, comme mentionné, fait partie de ceux pour lesquels la Réforme Cartabia a prévu le passage au régime de recevabilité sur plainte. La question cruciale était de savoir si le Procureur de la République (en l'espèce, le P.M. C. S.) pouvait contester une circonstance aggravante – qui rendait le délit poursuivable d'office – même si le délai pour le dépôt de la plainte était déjà expiré et que la plainte n'avait pas été déposée. Le Tribunal de Salerne, par un arrêt du 18/10/2024, avait manifestement adopté une position différente, ensuite annulée avec renvoi par la Cassation.

La Cour de cassation, par l'arrêt n° 28514 de 2025, a affirmé un principe de droit d'une importance considérable, que nous rapportons ici :

En matière de délits devenus poursuivables sur plainte en vertu de la modification introduite par la dite Réforme Cartabia – en l'espèce, vol d'énergie électrique –, même si le délai prévu par l'art. 85 du D.Lgs. précité est écoulé sans que la plainte n'ait été déposée, il est permis au procureur de la République de contester une circonstance aggravante qui rend le délit poursuivable d'office, car l'exercice de ce pouvoir n'entraîne aucune déchéance ni limitation, même dans le cas où l'élément aggravant serait apparu avant même l'exercice de l'action pénale.

Cette maxime clarifie de manière sans équivoque que le pouvoir du Procureur de la République de contester une circonstance aggravante, qui transforme un délit de poursuivable sur plainte en poursuivable d'office, n'est pas soumis à des délais de déchéance. Cela signifie que, même si la victime n'a pas déposé plainte dans les trois mois prévus, et même si la circonstance aggravante était déjà connue avant l'engagement de l'action pénale, le P.M. peut néanmoins procéder à la contestation supplétive. La raison de cette orientation réside dans la nature même de l'aggravante qui, en modifiant le régime de recevabilité, ramène le délit dans le cadre des faits de plus grande gravité pour lesquels l'intérêt public à la répression prévaut sur la volonté du particulier.

Les Raisons de la Décision et les Implications Pratiques

La décision de la Cassation repose sur l'interprétation systématique des normes procédurales et substantielles. Le code de procédure pénale, aux articles 516 et 517, régit la possibilité pour le procureur de la République de modifier l'imputation ou de contester de nouvelles circonstances aggravantes. Ces dispositions ne prévoient pas de limites temporelles ni de préclusions liées au régime de recevabilité originel du délit. La Cour suprême a donc réaffirmé que le pouvoir du P.M. d'exercer l'action pénale pour des délits poursuivables d'office est plein et ne peut être restreint par des déchéances relatives à la recevabilité sur plainte.

Les implications de cet arrêt sont multiples et significatives :

  • **Renforcement du pouvoir du P.M. :** La décision réaffirme la centralité du Procureur de la République dans l'établissement et la contestation des faits délictueux, surtout lorsqu'ils revêtent une gravité telle qu'elle justifie la recevabilité d'office.
  • **Protection de l'intérêt public :** La possibilité de poursuivre des délits qui, bien qu'initialement considérés comme de moindre gravité, révèlent ultérieurement des éléments qui les rendent plus préjudiciables pour la collectivité est garantie.
  • **Clarté interprétative :** L'arrêt résout un conflit jurisprudentiel apparu après la Réforme Cartabia, fournissant une interprétation univoque et prévisible. En effet, le texte même de l'arrêt cite diverses maximes antérieures conformes et divergentes, indiquant comment la question faisait l'objet de débats.
  • **Importance des enquêtes :** Il souligne l'importance d'enquêtes complètes et approfondies qui puissent faire émerger d'éventuelles circonstances aggravantes, même à un stade ultérieur à la qualification initiale du délit.

Il est crucial de noter que la Cassation a annulé avec renvoi l'arrêt du Tribunal de Salerne, indiquant que la question devra être réexaminée à la lumière de ce principe. Cela démontre la volonté de la Cour de garantir l'application uniforme du droit sur tout le territoire national.

Conclusions

L'arrêt n° 28514 de 2025 de la Cour de cassation représente un point d'ancrage dans le paysage de la justice pénale post-Réforme Cartabia. Il clarifie de manière définitive que l'émergence d'une circonstance aggravante rendant un délit poursuivable d'office permet au Procureur de la République de procéder, même si le délai pour la plainte est expiré. Ce principe équilibre l'exigence de désengorgement du système pénal avec la nécessité impérieuse de poursuivre les délits les plus graves, garantissant que l'intérêt public à la justice ne soit pas annihilé par de simples préclusions procédurales liées à la volonté de la personne offensée pour des faits de moindre alarme. Pour les avocats et les citoyens, cette décision est un avertissement sur l'importance d'évaluer attentivement toutes les implications possibles d'un fait délictueux et sur les dynamiques qui peuvent influencer la recevabilité, même à des stades avancés de la procédure.

Cabinet d'Avocats Bianucci