La relation entre les particuliers et l'Administration publique fait souvent l'objet de dynamiques juridiques complexes, notamment lorsqu'il s'agit de fournitures ou de concessions de services publics. Dans ce contexte, la jurisprudence est appelée à définir les limites de la responsabilité pénale, tout en garantissant la protection des intérêts publics et la sécurité juridique. Une récente décision de la Cour de cassation, l'arrêt n° 28655 du 10 juillet 2025, apporte d'importantes précisions sur le délit de fraude dans les marchés publics, visé par l'article 356 du Code pénal, en spécifiant quand ce délit peut effectivement être constitué à l'encontre d'un concessionnaire privé d'un service public.
L'article 356 du Code pénal vise à sanctionner les comportements frauduleux de ceux qui, dans l'exécution d'un contrat de fourniture ou dans la prise en charge d'un service public, altèrent la qualité ou la quantité des choses ou des ouvrages, ou ne les exécutent pas selon les modalités convenues. Il s'agit d'une norme destinée à protéger l'intérêt de l'Administration publique à la bonne exécution des contrats et des services essentiels pour la collectivité. Traditionnellement, la jurisprudence a interprété cette infraction en exigeant que la fraude soit perpétrée au détriment direct de l'Administration publique contractante, entendue comme le destinataire de la fourniture ou du service.
L'affaire qui a conduit à la décision de la Cour de cassation impliquait une compagnie d'assurance (C. I. N.), attributaire d'une concession de service public, accusée de manquements relatifs à des activités directement destinées au bénéfice du public. Le Tribunal de la liberté de Gênes, le 2 mai 2025, avait exprimé une orientation qui a ensuite fait l'objet d'un recours. La question centrale était de déterminer si ces manquements, bien qu'ayant des répercussions négatives sur la collectivité, pouvaient constituer le délit de fraude dans les marchés publics, étant donné que le destinataire final direct des activités n'était pas l'Administration publique au sens strict, mais l'usager.
Le délit de fraude dans les marchés publics, visé par l'art. 356 du Code pénal, n'est pas constitué à l'encontre du particulier attributaire d'une concession de service public pour les manquements relatifs à des activités destinées au bénéfice du public, car le délit présuppose que le destinataire direct de la fourniture soit l'administration publique contractante.
Cette maxime, extraite de l'arrêt n° 28655/2025 de la Cour suprême (Président F. G., Rapporteur D. G. P.), revêt une importance fondamentale. Elle clarifie sans équivoque que pour la constitution du délit visé par l'art. 356 du Code pénal, il est essentiel que l'Administration publique soit le "destinataire direct" de la fourniture. En d'autres termes, si le manquement du concessionnaire concerne un service ou une activité dont le bénéfice final est directement destiné au public, et non à l'Administration publique elle-même en tant que "consommatrice" de la fourniture, alors le délit de fraude dans les marchés publics ne peut être contesté. La Cour réaffirme un principe déjà exprimé dans des arrêts antérieurs (cf. Section 6, n° 28130 de 2020), consolidant l'orientation selon laquelle la norme protège l'intérêt patrimonial ou fonctionnel de l'Administration publique directement lésé, et non de manière générale les intérêts de la collectivité qui peuvent être lésés par un mauvais service public.
La décision de la Cour de cassation a d'importantes répercussions pratiques. Elle ne signifie évidemment pas que les manquements d'un concessionnaire de service public restent impunis. Au contraire, la décision souligne la nécessité d'une qualification juridique correcte des faits. Les conduites frauduleuses ou fautives d'un concessionnaire pourraient en effet relever d'autres infractions pénales ou générer des responsabilités de nature contractuelle ou indemnitaire. En particulier :
Cette interprétation garantit que l'art. 356 du Code pénal ne soit pas appliqué de manière extensive à des situations qui, bien que problématiques, n'entrent pas dans sa ratio spécifique. Le Procureur de la République N. L., qui a soutenu l'accusation, se trouve désormais confronté à une jurisprudence qui impose une qualification plus stricte.
L'arrêt n° 28655/2025 de la Cour de cassation, présidé par F. G. et rapporté par D. G. P., représente un point d'ancrage dans l'interprétation du délit de fraude dans les marchés publics. En réaffirmant que le délit présuppose l'Administration publique comme destinataire direct de la fourniture, la Cour trace une frontière claire entre les manquements qui affectent directement l'entité publique et ceux qui, bien que graves, touchent principalement l'usager du service. Cette distinction est cruciale pour la correcte application du droit pénal et pour la protection des opérateurs économiques et de l'Administration elle-même, appelant à une plus grande précision dans la qualification des conduites illicites dans le cadre des relations complexes entre l'État et les particuliers.