Fusions d'entreprises : l'article 2504 quater du Code civil et l'arrêt de la Cour de cassation 16689/2025 sur l'inopposabilité de l'acte

Les fusions d'entreprises sont des opérations cruciales pour la croissance des sociétés, mais leur validité ne peut rester incertaine. L'article 2504 quater du Code civil établit la « préclusion » à l'encontre de l'action en contestation des actes de fusion une fois inscrits au Registre des Sociétés. La Cour de cassation, par son arrêt n° 16689 du 22 juin 2025, a fourni une interprétation faisant autorité, renforçant le principe de sécurité juridique dans ce domaine délicat.

La préclusion absolue selon l'article 2504 quater du Code civil

Le législateur de la réforme de 2003 a privilégié la stabilité des opérations extraordinaires. L'article 2504 quater du Code civil garantit qu'après l'inscription au Registre des Sociétés, l'acte de fusion ne peut être contesté pour la plupart des vices. Ceci protège les tiers et la sécurité du trafic juridique, évitant l'annulation d'opérations économiques déjà consolidées. La Cour de cassation, par l'arrêt n° 16689 du 22/06/2025, a réaffirmé le caractère absolu de cette préclusion, qui « guérit » presque toutes les irrégularités, tant celles relatives à l'acte final que celles procédurales.

La maxime de la Cour de cassation : la seule exception de l'inexistence juridique

La Cour suprême, dans l'arrêt en question, a fourni une définition claire des limites de cette inattaquabilité :

En matière de fusion entre sociétés, l'article 2504 quater du Code civil établit une préclusion de caractère absolu qui concerne tant le cas où sont invoqués des vices inhérents directement à l'acte de fusion, que l'hypothèse où ceux-ci concernent la procédure de formation de l'acte et son inscription, en cohérence avec le favor du législateur de la réforme de 2003 pour la protection obligatoire, au lieu de la protection réelle, des situations juridiques subjectives affectées par des actes sociétaux ; il en résulte que le champ d'application de l'effet curatif prévu par ladite norme s'étend à toutes les formes d'inobservation de la discipline – y compris procédurale – qui conduisent à l'approbation de la délibération de fusion et à son inscription au Registre des Sociétés, sauf si d'éventuels vices ou lacunes déterminent un bouleversement de la procédure tel qu'il la rende manifestement méconnaissable dans ses traits essentiels, y compris pour les tiers, de sorte que l'on puisse envisager l'inexistence juridique de l'acte de fusion inscrit au registre.

Le large « effet curatif » de l'inscription couvre presque toutes les inobservations. Cependant, la Cour de cassation établit une limite infranchissable : l'inexistence juridique de l'acte. Celle-ci se produit lorsque la procédure est tellement « bouleversée » qu'elle la rend « manifestement méconnaissable dans ses traits essentiels ». Ce n'est que dans ces cas très rares que l'inscription ne peut pas guérir un acte qui, de fait, n'a jamais existé.

  • Des exemples de tels « bouleversements » incluent l'absence totale d'une délibération de fusion ou une inscription basée sur des documents manifestement faux.

Pour tous les autres vices, les recours sont de nature indemnitaire, et non la caducité de l'acte.

Conclusions

L'arrêt n° 16689/2025 de la Cour de cassation renforce la stabilité des fusions d'entreprises inscrites, un pilier pour le marché. L'article 2504 quater du Code civil protège les opérations extraordinaires, mais avec une exception cruciale : l'inexistence juridique. Ceci souligne l'importance d'une scrupuleuse conformité procédurale. Pour les entreprises et les professionnels, la phase préparatoire exige une attention maximale et une compétence juridique. S'adresser à des conseillers experts est essentiel pour garantir la pleine régularité et prévenir tout risque.

Cabinet d'Avocats Bianucci