Le monde de l'assurance, en particulier celui de la responsabilité civile, est constamment sous la loupe de la jurisprudence. Les clauses « claims made », qui définissent le moment de la couverture, figurent parmi les éléments les plus débattus. L'Arrêt n° 15447, rendu par la Cour de Cassation le 10 juin 2025 (Président T. G., Rapporteur G. M.), offre une clarification fondamentale sur la validité de tels contrats, notamment en l'absence de la dite « clause sunset ».
La décision, issue du litige entre A. G. et G., a cassé et jugé au fond un arrêt de la Cour d'Appel d'Ancône du 13 juin 2022. La question centrale est la compatibilité des clauses claims made avec le critère de la cause concrète du contrat, un sujet crucial pour les professionnels et les assurés.
Pour comprendre l'Arrêt, il est utile de distinguer les typologies de clauses « claims made ». Contrairement aux polices « loss occurrence », qui couvrent les événements survenus pendant la validité de la police, les claims made se focalisent sur la date de la demande d'indemnisation.
L'Arrêt n° 15447/2025 se concentre sur la claims made impur, affirmant que sa validité n'est pas automatiquement compromise par l'absence d'une « clause sunset ».
Le principe clé énoncé par la Cour Suprême est le suivant :
En matière d'assurance de responsabilité civile, en présence d'une clause claims made impur – qui étend la garantie aux comportements de l'assuré antérieurs à la date de souscription du contrat pourvu que les demandes d'indemnisation soient formulées pendant la durée de validité de la police – l'absence de prévision d'une c.d. clause sunset – qui garantit l'assuré également pour les dénonciations parvenues pour une période postérieure à l'échéance du contrat – ne rend pas de soi le contrat nul pour défaut de cause concrète.
Cette maxime est déterminante : la simple absence d'une « clause sunset » – qui étendrait la couverture pour les demandes futures relatives à des faits survenus pendant la police – n'invalide pas automatiquement le contrat d'assurance pour « défaut de cause concrète ». La cause concrète, rappelée par les articles 1322 et 1419 du Code Civil, est la fonction économique-individuelle que les parties entendent réaliser. La Cour de Cassation, en ligne avec des orientations antérieures (cf. N° 6490 de 2024), souligne que la validité doit être évaluée dans le contexte global du contrat, en considérant l'équilibre des intérêts et la méritabilité de la protection de l'accord convenu.
La « clause sunset » est une disposition qui étend la couverture d'assurance pour les demandes d'indemnisation présentées après l'échéance de la police, pourvu qu'elles soient relatives à des faits illicites survenus pendant la durée de validité du contrat. Sa fonction est claire : protéger l'assuré contre les prétentions qui peuvent émerger même à distance de temps de la cessation de la police.
Tout en rappelant que la Loi n° 24/2017 (Loi Gelli-Bianco) impose la « clause sunset » pour les polices de santé (art. 11), l'Arrêt n° 15447/2025 clarifie que son absence dans d'autres secteurs n'entraîne pas une nullité automatique. Les parties, en exerçant leur autonomie contractuelle (art. 1322 c.c.), peuvent légitimement choisir de ne pas l'inclure, pourvu que le contrat conserve sa fonction assurantielle essentielle et ne soit pas dépourvu de signification économique.
L'Arrêt n° 15447/2025 de la Cour de Cassation fournit un guide interprétatif important. La validité des clauses claims made n'est pas rigidement liée à la présence de la clause sunset, mais requiert une évaluation attentive de la cause concrète et de l'équilibre des intérêts contractuels. Il ne s'agit pas de nullité automatique, mais de la recherche d'un « juste équilibre » entre les parties.
Pour les assurés, il est crucial de lire attentivement les conditions de police et de recourir à une consultation juridique qualifiée pour s'assurer que la couverture est adéquate à leurs besoins. Pour les compagnies, la décision réaffirme l'importance de la transparence et de la clarté contractuelle, éléments fondamentaux pour un rapport de confiance et pour prévenir de futurs litiges. En résumé, les clauses claims made demeurent des instruments valides, à condition qu'elles soient insérées dans un cadre garantissant la fonction effective de protection du risque assuré.