Impôt sur les successions : l'exonération des Entités du Troisième Secteur et la responsabilité solidaire - Cour de Cassation Civile, Ordonnance n° 15743/2025

Le droit fiscal et le droit des successions s'entrecroisent dans un domaine complexe, surtout lorsqu'il s'agit d'allégements fiscaux pour les entités à finalités sociales. Une récente décision de la Cour de Cassation, l'Ordonnance n° 15743 du 12 juin 2025, a apporté une clarification fondamentale concernant la responsabilité solidaire des Entités du Troisième Secteur (ETS) dans le cadre de l'impôt sur les successions. Cette décision offre une plus grande sécurité juridique et renforce la protection de la mission des ETS, dont l'œuvre est d'une importance vitale pour la collectivité.

Le Contexte Normatif et la Controverse

La réglementation de l'impôt sur les successions, régie par le Décret Législatif n° 346 de 1990, prévoit à l'art. 3, alinéa 1, des exonérations spécifiques pour les Entités du Troisième Secteur. Ces allégements ont été réaffirmés et renforcés par le Code du Troisième Secteur (D.Lgs. n° 117 de 2017), en particulier par les articles 82, alinéa 2, et 89, alinéa 7, visant à soutenir les activités d'intérêt général.

Parallèlement, l'art. 36, alinéa 1, du D.Lgs. n° 346/1990 établit la responsabilité solidaire des héritiers pour le paiement de l'impôt dû sur l'ensemble de l'actif successoral. La question cruciale posée à la Cassation concernait l'applicabilité de cette responsabilité solidaire aux ETS qui, tout en figurant comme héritiers, bénéficient d'une exonération spécifique. La controverse opposait l'Avvocatura Generale dello Stato (A.) à la partie privée (D.) concernant une décision de la Commission Tributaire Régionale de Rome du 22 février 2023.

L'Ordonnance de la Cassation n° 15743/2025 : La Maxime et sa Signification

La Cour Suprême, par l'Ordonnance n° 15743/2025, a apporté une réponse claire et décisive, établissant un principe fondamental de protection des ETS. Nous reproduisons ci-dessous la maxime de l'arrêt :

En matière d'impôt sur les successions, l'entité du troisième secteur, en tant qu'héritière bénéficiaire de l'exonération prévue par l'art. 3, alinéa 1, du d.lgs. n° 346 de 1990 (confirmée par l'art. 89, alinéa 7, du d.lgs. n° 117 de 2017 et renouvelée par l'art. 82, alinéa 2, du même d.lgs.), n'est pas soumise à la responsabilité solidaire pour l'impôt dû par les autres héritiers ou par les légataires conformément à l'art. 36, alinéa 1, du d.lgs. n° 346 de 1990, la ratio legis d'en exclure la subjectivité passive, à quelque titre que ce soit, pour l'obligation fiscale étant ainsi viciée.

La Cour a donc précisé qu'une ETS, bien qu'héritière, ne peut être appelée à répondre solidairement de l'impôt dû par d'autres co-héritiers ou légataires lorsque l'entité elle-même bénéficie d'une exonération spécifique. La motivation réside dans la nécessité de préserver la ratio legis : si l'entité est exclue de la subjectivité passive pour l'obligation fiscale, lui imposer la responsabilité solidaire annulerait le bénéfice de l'exonération, trahissant l'esprit du législateur visant à soutenir le Troisième Secteur.

Implications Pratiques de la Décision

Cette décision a d'importantes répercussions pratiques :

  • Sécurité Juridique pour les ETS : Plus de clarté fiscale pour les Entités du Troisième Secteur.
  • Protection de la Mission Sociale : L'exonération permet aux ETS de consacrer intégralement les ressources héritées à leurs finalités statutaires.
  • Responsabilité des Héritiers : Les autres héritiers ou légataires assumeront leur part d'impôt.

L'interprétation de la Cassation est cohérente avec le principe de proportionnalité et avec la volonté d'inciter le Troisième Secteur, en reconnaissant sa valeur publique.

Conclusions

L'Ordonnance n° 15743 de 2025 de la Cour de Cassation est un point de référence pour l'impôt sur les successions et le Troisième Secteur. En reconnaissant que l'exonération de la subjectivité passive implique également l'exclusion de la responsabilité solidaire, la Cour Suprême protège la cohérence du système normatif et les intérêts des ETS, garantissant l'effectivité des allégements. Pour les entités et ceux qui les soutiennent, cette décision offre une plus grande clarté et sécurité juridique, cruciales pour la planification successorale et la durabilité des activités sociales.

Cabinet d'Avocats Bianucci