Mandat d'Arrêt Européen et Protection de la Santé : La Cassation 24100/2025 fixe les Limites à la Remise

Le Mandat d'Arrêt Européen (MAE) est un instrument clé pour la coopération judiciaire dans l'UE, mais il doit être équilibré avec la protection des droits fondamentaux. L'arrêt de la Cour de Cassation n° 24100 du 16 juin 2025 intervient sur cet équilibre, réaffirmant l'importance de la sauvegarde de la santé du sujet recherché et posant une limite claire à l'exécution du MAE.

Quand la Santé du Recherché Arrête le MAE

La décision découle du cas de P. P.M. G. R., pour lequel un MAE avait été émis. La Cour d'Appel de Bari, juge de l'exécution, a dû évaluer si de graves conditions de santé pouvaient justifier le refus de remise. La loi du 22 avril 2005, n° 69, qui met en œuvre la Décision-cadre 2002/584/JAI, prévoit des motifs de refus. La jurisprudence, en ligne avec l'article 32 de la Constitution italienne et l'article 4 de la Charte des Droits Fondamentaux de l'UE, a renforcé la protection des droits humains, y compris la santé, comme limite à la coopération judiciaire.

La Maxime de la Cassation : Un Principe Incontournable

La Cour de Cassation, par l'arrêt 24100/2025, a apporté une clarification essentielle, affirmant un principe qui protège la personne d'une remise automatique en présence de risques concrets pour la santé. Voici la maxime intégralement :

En matière de mandat d'arrêt européen, la cour d'appel, en sa qualité de juge de l'exécution, peut refuser la remise par ordonnance susceptible de pourvoi en cassation ex art. 22 loi du 22 avril 2005, n° 69, dans le cas où, suite à la décision qui l'a ordonnée, émergent des motifs sérieux et avérés pour estimer que cette remise expose la personne recherchée à un risque réel de réduction significative de son espérance de vie ou d'une détérioration rapide et irréversible de son état de santé.

Cette décision est cruciale. Il ne s'agit pas d'un mal-être générique, mais d'un risque "réel", "sérieux" et "avéré" que la remise puisse entraîner une "réduction significative de l'espérance de vie" ou une "détérioration rapide et irréversible" des conditions de santé. Le juge de l'exécution doit constater avec rigueur médico-juridique la gravité de la situation. La possibilité de pourvoi en cassation, ex art. 22 Loi 69/2005, souligne la délicatesse et la nécessité d'un contrôle juridictionnel.

Le Rôle du Juge et la Protection des Droits

L'arrêt renforce le rôle de la Cour d'Appel en tant que "juge de l'exécution", chargé de concilier coopération judiciaire et droits fondamentaux. Cela se traduit par :

  • Un constat rigoureux de motifs sérieux et avérés sur l'état de santé.
  • Une évaluation du risque concret d'aggravation irréversible ou fatale.
  • Des décisions basées sur des éléments objectifs et documentés, souvent médico-légaux.
  • La possibilité de refuser la remise même après une décision initiale, si de nouvelles circonstances de santé émergent.

Cette approche est en ligne avec la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne et de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, qui soulignent le respect des droits fondamentaux, y compris la santé et l'interdiction de traitements inhumains.

Conclusions : L'Équilibre Essentiel dans la Justice Transnationale

L'arrêt de la Cassation n° 24100 de 2025 est un point d'ancrage dans le Mandat d'Arrêt Européen. Il clarifie que la coopération judiciaire internationale ne peut sacrifier la dignité et la santé de l'individu. La possibilité de refuser la remise en présence de risques réels et graves pour la vie ou l'intégrité physique est un rempart pour les droits fondamentaux, confirmant que le système juridique est attentif à la sauvegarde des valeurs humaines les plus précieuses.

Cabinet d'Avocats Bianucci