Enquêtes Préliminaires et Expertises Techniques : La Cour de Cassation clarifie les limites de l'avis de mise en examen avec l'Arrêt n° 24722/2025

Les enquêtes préliminaires constituent une phase cruciale du procès pénal pour la collecte d'éléments de preuve. La protection des droits de la personne mise en examen est fondamentale, et l'avis de mise en examen (art. 369 c.p.p.) en est un instrument clé. Mais quelles sont ses limites, notamment pour les expertises urgentes ? La Cour de Cassation, par son Arrêt n° 24722/2025, a apporté une interprétation importante.

L'Avis de Mise en Examen et les Expertises Urgentes

L'avis de mise en examen informe la personne mise en examen de l'existence d'une procédure et de son droit de désigner un avocat, permettant ainsi sa participation aux actes d'enquête qui pourraient porter atteinte à sa défense, tels que les expertises techniques irrépétibles. Cependant, le code prévoit des activités d'enquête qui, en raison de leur urgence ou de leur nature non invasive, peuvent être effectuées par la police judiciaire sans notification préalable.

L'Arrêt n° 24722/2025 : La Clarification de la Cassation

L'affaire concernait T. P. et la nécessité de notifier l'avis de mise en examen avant de procéder à des constatations sur l'état des lieux avec relevés photographiques, effectués par la police judiciaire sur délégation du Procureur de la République. La Cour de Cassation, par la décision du Président L. R. et du Rapporteur A. S., a apporté une réponse claire :

La simple description de l'état des lieux accompagnée de relevés photographiques, même si elle est effectuée par la police judiciaire sur délégation du procureur de la République, ne requiert pas la notification préalable de l'avis de mise en examen et de la communication visée à l'art. 369-bis du code de procédure pénale, relevant des activités visées aux artt. 352 et 354 du code de procédure pénale, soumises, à ce titre, au régime de l'art. 356 du code de procédure pénale.

Cette maxime est d'une importance fondamentale. La Cour a établi que la documentation photographique et la description de l'état des lieux ne font pas partie des actes qui requièrent l'avis de mise en examen (art. 369 c.p.p.) ou la communication visée à l'art. 369-bis c.p.p. Ces activités sont considérées comme des "expertises urgentes" (art. 354 c.p.p.) ou des "activités de police judiciaire" (art. 352 c.p.p.), relevant du régime de l'art. 356 c.p.p. Ce dernier permet à l'avocat de la défense d'assister, sans préavis, mais son absence n'invalide pas l'acte. La distinction est cruciale : il ne s'agit pas d'actes irrépétibles nécessitant la participation garantie de l'avocat de la défense, mais d'activités de simple constatation qui ne portent pas atteinte au droit de la défense à un stade ultérieur.

  • **Distinction clé :** Différence entre les actes qui pourraient être altérés (garanties accrues) et la simple description/reproduction photographique de l'état des lieux.
  • **Rôle de la police judiciaire :** Autonomie de la police judiciaire, même sur délégation du Procureur de la République, dans l'exécution d'expertises urgentes et non invasives.
  • **Garanties de la défense :** Le droit de la défense s'exerce à un stade ultérieur, où les éléments recueillis pourront être contestés.

Implications Pratiques pour la Défense

Pour les avocats pénalistes et les personnes mises en examen, cette décision est une boussole. Toute expertise effectuée par les forces de l'ordre n'entraînera pas automatiquement la notification de l'avis de mise en examen. La police judiciaire pourra procéder à des relevés photographiques et des descriptions des lieux sans cette formalité, sans violer les garanties de la défense.

Il est cependant essentiel de distinguer une simple constatation descriptive ou photographique (artt. 352 et 354 c.p.p.) d'une expertise technique irrépétible (art. 369-bis c.p.p. ou art. 360 c.p.p.), pour laquelle les garanties de participation de l'avocat de la défense sont indispensables. L'Arrêt n° 24722/2025, tout en confirmant l'efficacité des enquêtes, réaffirme l'importance de cette distinction pour la juste application du procès équitable.

Conclusions : Efficacité des Enquêtes et Droits de la Personne Mise en Examen

La décision de la Cour de Cassation, par son Arrêt n° 24722/2025, est une pièce significative dans le puzzle des enquêtes préliminaires. Elle n'affaiblit pas les garanties de la défense, mais les contextualise, en clarifiant quels actes requièrent une participation immédiate de la défense et lesquels peuvent être réalisés à un stade plus embryonnaire. Un équilibre délicat, mais essentiel pour un système judiciaire rapide et équitable.

Cabinet d'Avocats Bianucci