Responsabilité professionnelle et bonne foi : l'ordonnance n° 29456/2025 de la Cour de cassation

Dans l'équilibre délicat des contrats d'assurance, en particulier ceux liés à la responsabilité civile médicale, le principe de transparence joue un rôle fondamental. L'assuré a le devoir de représenter fidèlement le risque que l'assureur devra couvrir. Mais que se passe-t-il si l'assuré omet de déclarer une circonstance critique, telle que le décès soudain d'un patient survenu quelques jours avant la signature de la police ? L'ordonnance n° 29456 du 7 novembre 2025 de la Cour de cassation aborde précisément ce scénario délicat, en délimitant les contours de l'obligation de loyauté contractuelle.

Le principe de la bonne foi absolue et le devoir d'information

La décision de la Cour suprême se concentre sur le concept d'« uberrima bona fides » (la bonne foi absolue), un pilier du droit des assurances. Selon les juges de légitimité, l'assureur ne peut évaluer correctement le risque sans une collaboration sincère de la part du souscripteur. Ce devoir ne dépend pas de clauses contractuelles spécifiques, mais découle directement de l'article 1892 du Code civil italien.

Dans le cas d'espèce, un médecin, identifié par les initiales G. G., avait souscrit une police « claims made » seulement trois jours après le décès imprévu de l'un de ses patients, événement ultérieurement attribué à une grave négligence de sa part. Malgré la conscience de la gravité de l'incident, le professionnel n'avait fait aucune mention de ce fait à l'assureur. La Cour d'appel avait initialement exclu la pertinence d'une telle conduite, mais la Cour de cassation a infirmé cette décision.

La maxime de la Cour de cassation et le commentaire juridique

Pour comprendre pleinement la portée de cette décision, analysons la maxime exprimée par les juges :

En matière d'assurance contre les dommages, l'art. 1892 du Code civil est l'expression du principe selon lequel le contrat d'assurance exige l'« uberrima bona fides » de la part de l'assuré, en tant que seule personne ayant connaissance des circonstances permettant à l'assureur d'évaluer l'intensité du risque et de fixer la prime correspondante, avec pour conséquence que sa réticence gravement fautive n'est pas couverte par l'omission d'une prévision expresse, dans le contrat, d'une obligation spécifique de déclaration (« duty of disclosure »), car cette dernière découle directement de la loi et est impérative, étant dictée, pour garantir l'équilibre entre prime et risque, non pas dans l'intérêt de l'assureur mais dans celui de l'ensemble des assurés.

Cette maxime clarifie que l'obligation de révéler les circonstances susceptibles d'influencer l'évaluation du risque (le « devoir de déclaration ») n'a pas besoin d'être expressément convenue dans le contrat d'assurance. Il s'agit d'un précepte légal impératif visant à protéger l'équilibre synallagmatique du contrat. L'omission d'informations cruciales par l'assuré ne nuit pas seulement à la compagnie concernée, mais mine la viabilité de l'ensemble du système assurantiel, fondé sur la mutualisation des risques.

Les points clés de la décision

La Cour de cassation a mis en évidence certains aspects cruciaux qui méritent d'être résumés :

  • Le caractère impératif de l'obligation : La transparence n'est pas une option négociable, mais un devoir légal prévu par l'art. 1892 du Code civil.
  • La police « claims made » : Dans ce type de contrat, la couverture opère pour les demandes d'indemnisation présentées pendant la période de validité de la police. Toutefois, la connaissance d'un sinistre potentiel avant la signature exclut l'indemnisation s'il a été tu par dol ou faute grave.
  • Protection de la collectivité : La détermination correcte de la prime sert à protéger la masse des assurés, en garantissant la stabilité des réserves techniques de la compagnie.

Conclusions

L'ordonnance n° 29456/2025 représente un avertissement important pour tous les professionnels, en particulier dans le secteur de la santé. La souscription d'une police d'assurance ne peut être utilisée comme un bouclier pour des événements dommageables déjà survenus ou hautement probables dont on a pleine conscience. La loyauté et la probité dans la phase précontractuelle demeurent des exigences irremplaçables pour garantir la validité de la couverture d'assurance et la sérénité de son activité professionnelle.

Cabinet d'Avocats Bianucci