Confiscation directe et par équivalent : la valeur des biens au moment décisif – Arrêt 30107/2025 de la Cour de Cassation

Le droit pénal moderne accorde un rôle de plus en plus central aux mesures patrimoniales, dans le but principal de priver les criminels des fruits illicites de leurs activités. Parmi celles-ci, la saisie et la confiscation représentent des instruments puissants et complexes, dont l'application exige une interprétation rigoureuse des normes. Une récente décision de la Cour de Cassation, l'arrêt n° 30107 du 15 avril 2025 (déposé le 2 septembre 2025), a apporté une clarification fondamentale sur un aspect crucial : le moment auquel la valeur des biens saisis doit être évaluée aux fins de confiscation. Cette décision, rendue par la Troisième Chambre Pénale avec le Président G. A. et le Rapporteur G. L., est destinée à avoir un impact significatif sur la pratique judiciaire en matière de mesures d'ablations.

La Saisie et la Confiscation en Droit Pénal : un Aperçu

Avant d'entrer dans le vif de l'arrêt, il est utile de rappeler les concepts de saisie et de confiscation. La saisie, régie par l'article 321 du Code de Procédure Pénale, est une mesure conservatoire réelle visant à affecter des biens meubles ou immeubles pour empêcher que leur libre disposition n'aggrave ou ne prolonge les conséquences du délit, ou pour en assurer la future confiscation. La confiscation, quant à elle, est une mesure de sûreté patrimoniale qui prévoit l'ablation définitive de biens liés à un délit.

Il existe différentes typologies de confiscation, mais celles qui sont pertinentes pour notre analyse sont la confiscation directe et la confiscation par équivalent :

  • Confiscation directe : Concerne les biens qui constituent le prix, le produit ou le profit du délit. L'article 240 bis du Code Pénal étend son application à un large éventail de délits.
  • Confiscation par équivalent : S'applique lorsqu'il n'est pas possible d'identifier et de confisquer directement les biens représentant le profit du délit. Dans ces cas, l'État peut confisquer des biens dont le délinquant a la disposition pour une valeur correspondant au profit illicite. Un exemple typique se trouve à l'article 12 bis du Décret Législatif du 7 mars 2000, n° 74, en matière de délits fiscaux.

Souvent, en phase conservatoire, une saisie est effectuée dans le but de la confiscation directe ainsi que de la confiscation par équivalent, en attendant d'établir avec précision la nature et l'ampleur du profit illicite et sa correspondance avec les biens saisis.

Le Nœud Crucial de l'Évaluation : l'Arrêt 30107/2025

La question centrale abordée par la Cour de Cassation dans l'arrêt n° 30107/2025 concerne le moment auquel la suffisance des biens saisis directement doit être évaluée pour couvrir le montant du profit du délit. Cette évaluation est cruciale car elle détermine si la confiscation par équivalent est toujours nécessaire ou si les biens déjà identifiés sont suffisants. L'accusé R. N. avait contesté une décision de la Cour d'Appel de Brescia du 14 juillet 2023, soulevant précisément ce point.

La Cour Suprême a clarifié de manière sans équivoque que la valeur des biens ne doit pas être considérée au moment de l'adoption de la mesure conservatoire (c'est-à-dire de la saisie), mais au moment de la définitivité de la décision d'ablation. Voici la maxime, fondamentale pour comprendre le principe :

En cas de saisie concomitante visant la confiscation directe et par équivalent, l'évaluation de la non-nécessité subséquente de la confiscation par équivalent, en raison de la suffisance avérée du montant des biens saisis directement pour « couvrir » intégralement le profit du délit, doit être effectuée en tenant compte de la valeur de ceux-ci non pas au moment de l'adoption de la mesure conservatoire, mais à celui de la définitivité de la décision d'ablation, où ses effets se déterminent.

Cette affirmation est d'une importance capitale. Imaginons un bien saisi aujourd'hui, dont la valeur marchande pourrait fluctuer de manière significative au cours d'une procédure pénale qui peut durer des années. Si la valeur était cristallisée au moment de la saisie, on risquerait qu'au moment de la confiscation définitive, le bien ne soit plus suffisant pour couvrir le profit du délit (par exemple, en raison d'une dépréciation) ou, au contraire, qu'il excède largement le profit lui-même (en raison d'une appréciation), générant des déséquilibres. La Cassation, rappelant également des orientations antérieures des Sections Unies (comme l'arrêt n° 13783 de 2025, également récent), a voulu ancrer l'évaluation au moment où la mesure d'ablation produit ses effets finaux, garantissant ainsi une plus grande adhérence à la réalité économique et au principe de proportionnalité.

Les Implications Pratiques et la Protection Juridique

La décision de la Cour de Cassation a plusieurs implications pratiques :

  • Pour l'accusation : Le Procureur de la République S. P. et les organes d'enquête devront tenir compte de la variation potentielle de la valeur des biens saisis pendant la procédure, en veillant à ce que le montant des biens directs soit toujours adéquat pour couvrir le profit illicite au moment de la décision finale.
  • Pour la défense : Les avocats de la défense pourront invoquer, en phase de confiscation, d'éventuelles dépréciations des biens saisis directement, qui pourraient rendre nécessaire une confiscation par équivalent plus importante, ou, au contraire, des appréciations qui rendraient superflue ou excessive la confiscation par équivalent initialement envisagée.
  • Principe d'effectivité : L'arrêt renforce le principe selon lequel la confiscation doit être effective et proportionnée au profit illicite, en évitant que les fluctuations du marché ne vident de leur sens ou n'excèdent l'objectif de la mesure.

Cette interprétation garantit une plus grande équité et précision dans l'application des mesures patrimoniales, s'alignant sur l'exigence d'assurer que le criminel soit intégralement privé de l'avantage économique découlant du délit, sans toutefois subir une ablation excessive ou injustifiée par rapport au profit effectif.

Conclusions

L'arrêt n° 30107 de 2025 de la Cour de Cassation représente un point fixe dans la jurisprudence en matière de confiscation. En ancrant l'évaluation des biens au moment de la définitivité de la décision d'ablation, la Cour Suprême a fourni une indication opérationnelle claire, fondamentale pour garantir l'efficacité et la justice des mesures patrimoniales en droit pénal. Cette décision souligne l'importance d'une analyse attentive et d'une consultation juridique spécialisée pour toute personne confrontée à des procédures impliquant des saisies et des confiscations, en assurant que les droits et les intérêts des parties soient protégés dans le respect des dynamiques de marché et des principes juridiques.

Cabinet d'Avocats Bianucci