La sécurité au sein des établissements pénitentiaires représente une priorité absolue pour l'État, visant à garantir l'ordre, la discipline et la prévention de nouveaux délits. Dans ce contexte, l'introduction et l'utilisation illicite de dispositifs de communication par les détenus est un phénomène que la législation a cherché à contrer avec fermeté. L'article 391-ter du Code Pénal est la norme clé en la matière, mais son application pratique peut soulever des interrogations complexes. C'est précisément sur l'un de ces aspects que la Cour de Cassation, par son arrêt n° 25746 du 14 juillet 2025, a apporté un éclaircissement d'une importance fondamentale, délimitant avec précision les frontières de la conduite pénalement répréhensible. Cette décision éclaire non seulement un point critique du droit pénitentiaire, mais offre également des pistes de réflexion sur l'interprétation des normes pénales et sur le principe d'offensivité.
L'introduction de l'article 391-ter du Code Pénal, intervenue avec le Décret-Loi du 21 octobre 2020, n° 130 (converti avec modifications par la Loi du 18 décembre 2020, n° 173), a marqué un moment crucial dans la stratégie de lutte contre l'utilisation de téléphones portables et autres dispositifs de communication à l'intérieur des prisons. La norme punit quiconque introduit ou détient indûment, à l'intérieur d'un établissement pénitentiaire, des téléphones portables ou d'autres dispositifs aptes à communiquer. L'objectif premier de cette disposition est clair : empêcher que les détenus puissent communiquer avec l'extérieur de manière non autorisée, maintenant ainsi des liens avec la criminalité organisée, planifiant des délits ou simplement éludant les contrôles prévus pour les communications légales.
La sanction prévue est sévère, témoignant de la gravité que le législateur attribue à une telle conduite, considérée comme une menace directe à la sécurité et à la réinsertion des condamnés. Cependant, la formulation "dispositifs aptes à communiquer" a suscité, dès le départ, diverses interprétations, notamment en ce qui concerne les situations où le dispositif introduit n'était pas immédiatement opérationnel ou complet dans toutes ses parties.
La Cour Suprême, par son arrêt n° 25746 de 2025, s'est trouvée à examiner un cas emblématique. L'accusé, M. B. B., avait été condamné pour avoir introduit dans un établissement pénitentiaire un téléphone portable. La particularité de l'affaire résidait cependant dans le fait que l'appareil était dépourvu de carte SIM et de batterie. La question centrale que la Cassation a été appelée à résoudre était de savoir si, dans ces circonstances, le délit prévu par l'article 391-ter c.p. était néanmoins constitué.
Il n'est pas constitué le délit prévu par l'art. 391-ter du code pénal dans le cas où un appareil téléphonique dépourvu de carte SIM et de batterie est indûment introduit dans un établissement pénitentiaire, car l'aptitude du dispositif à effectuer des communications constitue un requisito nécessaire de la typicité.
Cette maxime cristallise le principe énoncé par la Cour. En termes simples, la Cour Suprême a établi qu'un téléphone portable, pour être considéré comme "apte à communiquer" aux fins de l'article 391-ter c.p., doit posséder toutes les composantes essentielles qui le rendent effectivement opérationnel et capable de transmettre ou de recevoir des communications. L'absence de carte SIM et de batterie, en effet, rend l'appareil inerte, une simple coque dépourvue de fonctionnalité communicative. Cela signifie que la dangerosité potentielle du dispositif doit être évaluée concrètement : il ne suffit pas qu'il s'agisse d'un "téléphone" au sens générique, mais il doit être capable, au moment de son introduction ou de sa détention, de remplir sa fonction communicative.
La décision s'aligne sur une interprétation rigoureuse et garantiste du droit pénal, qui impose de ne constituer un délit que lorsque la conduite incriminée produit une atteinte ou une mise en danger effective du bien juridique protégé. Dans ce cas, le bien juridique est la sécurité et l'ordre pénitentiaire, menacés par la capacité effective de communication illicite. Un dispositif inopérant ne peut, par sa nature, menacer ce bien.
L'arrêt 25746 de 2025 a d'importantes implications pratiques pour l'application de l'article 391-ter c.p. et pour la jurisprudence future. Il clarifie que le critère de l'aptitude communicative n'est pas un simple détail, mais un élément constitutif essentiel de la typicité. Par conséquent, pour la constitution du délit, il sera nécessaire de démontrer que le dispositif introduit ou détenu est concrètement apte à effectuer des communications. Cela implique que les autorités devront vérifier non seulement la présence du dispositif, mais aussi sa fonctionnalité.
Cette orientation est en ligne avec le principe d'offensivité, pilier de notre système pénal, qui exige qu'une conduite ne soit punissable que si elle est apte à léser ou à mettre en danger un bien juridique. Un objet qui ressemble à un téléphone mais qui ne peut pas communiquer n'a pas la capacité offensive que la norme entend prévenir. La Cassation a déjà abordé des thèmes similaires par le passé, comme dans le cas rappelé par le même arrêt (N° 42941 de 2024 Rv. 287262-01), consolidant un parcours interprétatif qui privilégie la substance sur la forme.
Voici les points clés à considérer pour la constitution du délit :
L'arrêt n° 25746 de 2025 de la Cour de Cassation représente un exemple vertueux de la manière dont la jurisprudence peut contribuer à définir avec plus de précision les frontières des normes pénales, garantissant la certitude du droit et protégeant les principes fondamentaux de notre ordre juridique. En établissant que l'aptitude à communiquer d'un dispositif doit être concrète et non simplement potentielle, la Cour Suprême a fourni un paramètre clair pour l'application de l'article 391-ter c.p. Cela protège non seulement l'accusé contre des condamnations pour des conduites dépourvues de dangerosité effective, mais offre également aux professionnels du droit, y compris les avocats et les juges, un guide précieux pour interpréter et appliquer correctement une norme aussi délicate. Dans un domaine comme celui pénitentiaire, où l'équilibre entre sécurité et droits est constant, des décisions comme celle-ci renforcent la confiance dans la justice et dans sa capacité à s'adapter aux défis concrets, toujours dans le respect des principes constitutionnels.