La protection des victimes d'infractions de type mafieux représente l'une des priorités de notre ordre juridique, qui a mis en place au fil du temps des instruments de solidarité sociale afin de garantir une réparation économique même lorsque les coupables ne sont pas en mesure de pourvoir à l'indemnisation. Parmi ces instruments, le Fonds de roulement, régi par la loi n° 512 de 1999, occupe une place prépondérante. Toutefois, l'application pratique de ces protections soulève des questions juridiques complexes, notamment lorsqu'un même fait délictueux donne lieu à plusieurs condamnations dans le cadre de procédures pénales distinctes. La Cour de cassation s'est prononcée sur ce thème spécifique par l'ordonnance n° 29890 du 12 novembre 2025, en édictant un principe d'une importance fondamentale pour l'équilibre du système indemnitaire public.
L'affaire trouve son origine dans le recours formé par l'Avocature générale de l'État contre la décision de la Cour d'appel de Palerme, qui avait reconnu à S. C. le droit d'obtenir de multiples indemnisations de la part du Fonds de roulement. La question centrale concernait la possibilité pour la victime d'une infraction associative de cumuler les prestations indemnitaires lorsqu'il existe plusieurs jugements de condamnation à des dommages-intérêts, rendus dans des procès pénaux distincts à l'encontre des différents coauteurs du même crime.
Dans le droit civil italien, l'art. 2055 du code civil établit le principe de la responsabilité solidaire : si le fait dommageable est imputable à plusieurs personnes, toutes sont tenues solidairement à la réparation du dommage. Parallèlement, l'art. 187, alinéa 2, du code pénal prévoit que les coauteurs de l'infraction sont solidairement tenus aux obligations civiles. La Cour suprême, présidée par L. Rubino et avec le conseiller rapporteur S. G. Guizzi, a dû clarifier si cette solidarité se reflète également sur l'indemnité versée par l'État.
La Troisième chambre civile a accueilli le recours de l'Administration de l'État, cassant l'arrêt attaqué avec renvoi devant la Cour d'appel de Palerme. Les juges ont formulé la maxime suivante :
La victime d'infractions de type mafieux, en cas de pluralité de condamnations à des dommages-intérêts - rendues, pour le même fait, dans des procès pénaux distincts à l'encontre des différents coauteurs -, a droit à une unique prestation de la part du Fonds de roulement visé par la loi n° 512 de 1999.
Ce principe exclut catégoriquement la possibilité d'une duplication de la réparation. Le Fonds de roulement n'a pas une fonction punitive à l'égard des auteurs individuels, mais une fonction indemnitaire et de solidarité sociale visant à couvrir le préjudice effectivement subi par la victime. Puisque le dommage subi est unique, l'indemnité ne peut se multiplier en fonction du nombre de coauteurs de l'infraction jugés dans des procès séparés.
L'arrêt de la Cassation définit clairement les limites opérationnelles des demandes d'accès au Fonds de roulement. Pour comprendre l'impact de cette décision, il est utile de résumer les points clés qui en ressortent :
Avec l'ordonnance n° 29890/2025, la Cour de cassation réaffirme un principe de rationalité et d'équité dans l'allocation des ressources publiques. Tout en garantissant la plus grande proximité de l'État envers les victimes de la criminalité organisée, la décision empêche des dérives distorsives du système. Le droit à réparation et à indemnisation doit toujours être proportionné à l'ampleur réelle du dommage, empêchant que la fragmentation procédurale ne se traduise par un multiplicateur injustifié d'indemnités à la charge de la collectivité.