Pornographie des mineurs et « utilisation » du mineur : la Cour de cassation et les limites de la « pornographie domestique » - Arrêt n° 32175/2025

La protection des mineurs est une priorité absolue dans notre système juridique, en particulier en ce qui concerne des crimes odieux tels que la pornographie des mineurs. La frontière entre ce qui est licite et ce qui est criminel peut sembler floue, mais la jurisprudence est constamment appelée à clarifier les contours des comportements pénalement pertinents. C'est dans ce contexte que s'inscrit la décision significative de la Cour suprême de cassation, l'arrêt n° 32175, déposé le 29 septembre 2025, qui fournit des indications cruciales sur l'évaluation du comportement d'"utilisation" du mineur, élément clé du délit de production de matériel pédopornographique.

Cette décision, qui a partiellement annulé avec renvoi l'arrêt de la Cour d'appel de Messine du 23 octobre 2024, se concentre sur l'article 600-ter, premier alinéa, du Code pénal. La Cour de cassation, présidée par le Dr S. G. et dont le rapporteur était le Dr A. A. M., a mis l'accent sur la nécessité d'une analyse extrêmement prudente, en particulier dans les situations où la relation entre le majeur et le mineur est viciée par des éléments de coercition.

L'« Utilisation » du Mineur : Un Concept Crucial

Le cœur de la question réside dans l'interprétation du terme "utilisation" du mineur, tel que prévu par l'article 600-ter du Code pénal, qui punit celui qui produit du matériel pornographique en utilisant des mineurs. Que signifie exactement "utiliser" dans ce contexte ? L'arrêt n° 32175/2025 nous fournit une boussole interprétative fondamentale.

En matière de pornographie des mineurs, le comportement d'"utilisation" du mineur, pertinent aux fins de l'art. 600-ter, premier alinéa, du Code pénal, doit être évalué, avec une appréciation de fait confiée au juge du fond, conformément à des critères de particulière prudence lorsque la relation entre le majeur et le mineur représenté dans les supports à contenu pornographique est caractérisée par des éléments de violence, de menace ou de domination, potentiellement aptes à créer un contexte de coercition tel qu'à exclure, à la racine, la configuration de la soi-disant "pornographie domestique".

Cette maxime est d'une importance extraordinaire. Elle clarifie que l'évaluation du comportement d'"utilisation" ne peut être superficielle, mais nécessite une analyse attentive du contexte relationnel. La Cour de cassation impose aux juges du fond d'adopter des "critères de particulière prudence" chaque fois que la relation entre l'adulte et le mineur est marquée par des "éléments de violence, de menace ou de domination".

Cela signifie que si un mineur est impliqué dans la production de matériel pornographique dans un environnement où il subit des pressions, des intimidations ou des abus de pouvoir, sa participation ne pourra jamais être considérée comme le fruit d'un libre choix. Ces éléments coercitifs sont si graves qu'ils excluent, "à la racine", la possibilité de configurer la soi-disant "pornographie domestique".

La « Pornographie Domestique » et ses Limites Infranchissables

Le concept de "pornographie domestique" a fait l'objet de débats (comme les Sections Unies n° 4616 de 2022). Traditionnellement, il se réfère à des situations où le matériel est produit avec la participation du mineur, mais en l'absence de coercition explicite ou de but d'exploitation commerciale, souvent dans des contextes familiaux distordus. La jurisprudence a cherché à distinguer les comportements de moindre gravité de ceux plus préjudiciables.

Cependant, l'arrêt n° 32175/2025 établit une limite infranchissable : si la relation entre l'adulte et le mineur est caractérisée par la violence, la menace ou la domination, il n'est plus possible de parler de "pornographie domestique" au sens atténué. La présence de ces éléments transforme radicalement la nature du comportement, en en faisant une véritable "utilisation" coercitive, assimilable aux formes les plus graves d'exploitation. La Cour de cassation renforce la protection du mineur, empêchant que des situations d'abus soient atténuées sous le couvert d'une prétendue "domesticité" ou absence de but lucratif, alors qu'à la base il y a un manque évident de liberté et d'autodétermination du mineur.

Les juges devront donc enquêter avec la plus grande attention :

  • La nature de la relation entre le majeur et le mineur.
  • La présence éventuelle de dynamiques de pouvoir déséquilibrées.
  • La subsistance de menaces, physiques ou psychologiques.
  • L'usage de violence ou d'autres formes de domination.
Tout indice en ce sens devra conduire à une application rigoureuse de l'art. 600-ter du Code pénal, sans possibilité d'interprétations restrictives.

Conclusions : Un Renforcement Essentiel de la Protection des Mineurs

L'arrêt n° 32175/2025 de la Cour de cassation représente une clarification importante et un renforcement significatif de la protection pénale des mineurs. Il souligne l'importance d'une analyse approfondie et prudente du contexte dans lequel se produit la prétendue "utilisation" du mineur, réaffirmant que tout élément de violence, de menace ou de domination exclut catégoriquement la possibilité de considérer le comportement comme une "pornographie domestique" moins grave. Cette décision est un avertissement pour les juges du fond et un rempart pour la défense des plus vulnérables, affirmant avec force que la liberté et l'intégrité psychophysique des mineurs ne peuvent jamais être compromises par des dynamiques d'abus de pouvoir, même si elles sont dissimulées derrière des relations apparemment "domestiques". La décision d'annuler avec renvoi l'arrêt d'appel de Messine souligne la nécessité d'une nouvelle évaluation qui tienne compte de ces principes fondamentaux, en assurant justice et protection aux victimes.

Cabinet d'Avocats Bianucci