L'urgence sanitaire mondiale du COVID-19 a imposé des mesures extraordinaires dans tous les secteurs, y compris le secteur fiscal. Le législateur est intervenu à plusieurs reprises pour moduler les délais d'accomplissement et de notification des actes d'imposition, générant ainsi de nombreuses incertitudes interprétatives. La Cour suprême de cassation, par son arrêt n° 17668 du 30 juin 2025, s'est prononcée sur une question cruciale : la compatibilité et l'applicabilité des différentes prorogations prévues pour la notification des actes d'imposition de la TVA. Cette décision apporte une clarification sur un aspect fondamental pour les contribuables et les professionnels du droit, en définissant le cadre temporel dans lequel l'administration fiscale pouvait légitimement agir.
Pour comprendre pleinement la portée de la décision de la Cour de cassation, il est essentiel de retracer le cadre normatif d'urgence. Initialement, le décret-loi n° 18 du 17 mars 2020 (dit "Décret Cura Italia"), à son article 67, avait disposé une suspension des délais pour l'activité de contrôle et de recouvrement, avec une prorogation de 85 jours pour les délais de déchéance et de prescription relatifs aux actes arrivant à échéance entre le 8 mars et le 31 mai 2020. Par la suite, le décret-loi n° 34 du 19 mai 2020 (dit "Décret Rilancio"), à son article 157, paragraphe 1, a introduit une discipline spéciale et plus large. Cette dernière norme a reporté les délais pour l'exécution des notifications des actes d'imposition, dont les délais de déchéance expiraient entre le 8 mars 2020 et le 31 décembre 2020, à une période bien définie : entre le 1er mars 2021 et le 28 février 2022. La coexistence de ces deux dispositions a suscité des doutes sur leur influence mutuelle, en particulier sur l'applicabilité cumulative de la prorogation de 85 jours à celle plus étendue du Décret Rilancio.
La question centrale soumise à l'attention de la Cour de cassation concernait précisément la possibilité d'appliquer la prorogation supplémentaire de 85 jours, prévue par l'art. 67 du D.L. n° 18/2020, aux délais déjà reportés par l'art. 157, paragraphe 1, du D.L. n° 34/2020. La Cour de justice fiscale de IIe degré de Campanie, par son arrêt du 19 mars 2024, avait exprimé une position qui a fait l'objet du recours. La Cour suprême, présidée par le Dr R. Crucitti et dont le rapporteur était le Dr A. Crivelli, a résolu le conflit interprétatif par une décision nette, comme il ressort de la maxime :
Le délai pour l'exécution des notifications des actes d'imposition pour lesquels les délais de déchéance expirent entre le 8 mars 2020 et le 31 décembre 2020, en vertu des dispositions qui leur sont applicables, reporté par l'art. 157, paragraphe 1, du d.l. n° 34 de 2020 (norme spéciale dictée par l'urgence Covid par rapport à celle de l'art. 12 du d.lgs. n° 159 de 2015) à la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 28 février 2022, n'est pas susceptible d'une prorogation supplémentaire de quatre-vingt-cinq jours en vertu des dispositions de l'art. 67 du d.l. n° 18 de 2020, qui est absorbé par le report susmentionné.
Cette maxime est d'une importance fondamentale. La Cour de cassation a établi que la prorogation de 85 jours, initialement prévue par le "Décret Cura Italia", ne peut être appliquée en plus du report plus large établi par le "Décret Rilancio". En d'autres termes, la disposition de l'art. 157 du D.L. n° 34/2020, étant une norme spéciale et postérieure, a "absorbé" et dépassé la prévision plus générale de l'art. 67 du D.L. n° 18/2020. Cela signifie que, pour les actes d'imposition dont les délais de déchéance sont compris entre le 8 mars et le 31 décembre 2020, le délai ultime pour la notification était fixé au 28 février 2022, sans possibilité d'extensions supplémentaires de 85 jours. La Cour a souligné la nature spéciale de la norme du Décret Rilancio, qui prévaut sur la discipline générale ou antérieure.
L'arrêt n° 17668/2025 de la Cour de cassation a un impact significatif, clarifiant de manière définitive le cadre temporel pour les notifications des actes d'imposition pendant la période d'urgence. Pour les contribuables, cela signifie que tout acte notifié après le 28 février 2022 (pour les délais de déchéance initialement expirés entre le 8 mars et le 31 décembre 2020), et qui aurait bénéficié uniquement de la prorogation du D.L. n° 34/2020, pourrait être considéré comme tardif et donc nul, si l'administration fiscale avait erronément appliqué également la prorogation supplémentaire de 85 jours. Pour l'administration fiscale, la décision impose une observation rigoureuse des délais établis par le D.L. n° 34/2020, excluant toute interprétation extensive qui pourrait conduire à un allongement supplémentaire des délais. Il est fondamental que les deux parties soient conscientes de cette interprétation pour éviter des litiges futurs basés sur des applications erronées des normes d'urgence. La décision réaffirme le principe de sécurité juridique, crucial en matière fiscale.
En résumé, les points clés de l'arrêt sont :
L'arrêt n° 17668 de 2025 de la Cour de cassation représente un phare de clarté dans le paysage complexe des normes fiscales d'urgence. En réaffirmant le principe de spécialité de la loi et la nécessité d'une interprétation correcte des prorogations, la Cour a fourni une orientation décisive pour la validité des actes d'imposition notifiés pendant cette période. C'est un avertissement pour tous les acteurs impliqués – contribuables, professionnels et administration fiscale – à accorder la plus grande attention aux dispositions normatives spécifiques, en évitant les interprétations extensives non étayées par la loi. Pour tout doute ou nécessité d'approfondissement sur ces matières complexes, il est toujours conseillé de s'adresser à des professionnels experts en droit fiscal, capables de guider à travers les nuances de la législation et de la jurisprudence.