Les interdictions antimafia représentent l'un des remparts les plus stricts de l'ordre juridique italien dans la lutte contre les infiltrations du crime organisé dans l'économie légale. Toutefois, l'application de ces mesures soulève des questions complexes sur l'équilibre délicat entre les exigences de sécurité publique et la protection des droits individuels. Récemment, la Cour de cassation, par l'ordonnance n° 30659 du 20 novembre 2025, est intervenue pour clarifier un aspect procédural d'une importance fondamentale : la recevabilité du pourvoi en cassation contre les arrêts du juge administratif confirmant une interdiction antimafia.
L'affaire trouve son origine dans l'impugnation d'une mesure d'interdiction antimafia prise en vertu du décret législatif n° 159 de 2011 (Code antimafia). Le requérant, W., représenté par l'avocat C. A., s'était opposé à la décision du Conseil de justice administrative pour la Région sicilienne, qui avait rejeté le recours contre la mesure préfectorale. Devant les Sections réunies, la défense a tenté d'emprunter la voie du pourvoi extraordinaire en cassation prévu par l'article 111, alinéa 7, de la Constitution, qui garantit toujours le recours pour violation de la loi contre les mesures portant sur la liberté personnelle.
La Cour suprême a toutefois déclaré le pourvoi irrecevable, en établissant un principe cardinal à travers la maxime suivante :
Le pourvoi en cassation ex art. 111, alinéa 7, de la Constitution contre les arrêts du juge administratif rejetant l'impugnation des mesures d'interdiction antimafia ex loi n° 159 de 2011 est irrecevable, dans la mesure où ces mesures n'entraînent pas une limitation de la liberté personnelle, ni au sens strict - n'étant pas réalisées par le recours à la coercition physique - ni au sens plus large précisé par la jurisprudence constitutionnelle depuis l'arrêt n° 30 de 1962, dès lors que, tout en admettant le caractère de « stigmate moral », elles ne sont pas de nature à entraîner un assujettissement total de la personne au pouvoir d'autrui.
Pour comprendre la portée de cette décision, il convient d'analyser la notion de « liberté personnelle » protégée par l'article 13 de la Constitution. Selon l'orientation consolidée de la Cour constitutionnelle, expressément rappelée par la Cour de cassation, la liberté personnelle ne coïncide pas génériquement avec la liberté d'action ou d'entreprise, mais protège l'individu contre des limitations physiques ou des dégradations de la dignité impliquant un assujettissement total au pouvoir d'autrui.
Dans le cas des interdictions antimafia, tout en reconnaissant l'existence d'un « stigmate moral » indéniable et de lourdes répercussions sur la capacité économique du sujet visé, la Cour de cassation a exclu toute lésion de la liberté personnelle. Les éléments clés mis en évidence par le collège présidé par P. D. incluent :
Par cette importante décision, les Sections réunies confirment la frontière infranchissable entre la juridiction administrative et la juridiction ordinaire en matière de mesures de prévention antimafia. Pour les entreprises et les sujets frappés par une interdiction, la protection juridictionnelle reste pleinement garantie devant les tribunaux administratifs (TAR et Conseil d'État), sans possibilité d'un contrôle de légalité supplémentaire par la Cour de cassation ordinaire, sauf dans les rares cas de motifs inhérents à la compétence juridictionnelle. Une décision qui consolide le dispositif de protection, en réaffirmant la spécificité et la légitimité constitutionnelle des instruments de lutte contre le crime organisé.