Le thème de l'indemnisation du préjudice est l'un des plus délicats et complexes dans le domaine du droit civil. Souvent, la quantification précise du préjudice subi par une victime n'est pas une opération simple, exigeant du juge qu'il équilibre la nécessité d'une réparation intégrale avec la difficulté de traduire en chiffres un dommage qui, par sa nature, peut être non patrimonial ou difficile à prouver. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'importante ordonnance de la Cour de cassation n° 17167 du 25 juin 2025, qui offre des perspectives significatives sur l'application des critères équitatifs dans la liquidation du préjudice, confirmant une orientation jurisprudentielle consolidée et apportant de la clarté sur un aspect crucial pour la protection des droits.
L'affaire qui a conduit à l'émission de l'ordonnance en question opposait le requérant A. (assisté par Me G. F.) et le défendeur D. La Cour de cassation, présidée par Mme la juge A. S. et dont le rapporteur était M. le juge P. S., a été appelée à se prononcer sur un pourvoi formé contre une décision de la Cour d'appel de Naples, datant du 27 juillet 2021, qui avait été rejetée. Le cœur de la question concernait précisément l'évaluation et la liquidation de l'indemnisation du préjudice, avec une référence particulière à l'application des critères équitatifs. L'ordonnance 17167/2025 s'aligne parfaitement avec des décisions antérieures de la Cour suprême, comme l'indique le renvoi à la jurisprudence conforme de la Cassation n° 19229 de 2022 (Rv. 665202-01). Cette conformité n'est pas un détail négligeable : elle souligne la stabilité et la cohérence de l'orientation de la Cour de cassation dans une matière aussi sensible, garantissant une plus grande prévisibilité et une meilleure sécurité juridique pour les citoyens et les professionnels du droit.
Lorsque l'on parle de "critères équitatifs" dans l'indemnisation du préjudice, on fait référence à la faculté, ou parfois au devoir, du juge de déterminer le montant de l'indemnisation lorsque la preuve de son montant précis est impossible ou excessivement difficile. Ce principe trouve sa source dans l'article 1226 du Code civil italien, qui stipule que "Si le préjudice ne peut être prouvé dans son montant précis, il est liquidé par le juge par évaluation équitable". Il est fondamental de comprendre que l'évaluation équitable n'est pas une liquidation arbitraire ou discrétionnaire au sens large, mais doit se fonder sur des éléments objectifs et des circonstances du cas concret, fournis par les parties ou acquis d'office, qui permettent au juge d'opérer une estimation aussi proche que possible du préjudice effectif. La Cour suprême, par sa jurisprudence constante, a toujours réaffirmé que l'équité est un instrument pour atteindre la justice substantielle, et non une voie de raccourci pour éviter la charge de la preuve.
En matière d'indemnisation du préjudice, lorsque la preuve de son montant précis est impossible ou extrêmement difficile, le juge peut recourir à la liquidation équitable, qui n'est pas une expression d'arbitraire, mais doit se fonder sur des éléments objectifs et des circonstances du cas concret, même s'ils ne permettent pas une quantification exacte, et doit viser à garantir une réparation intégrale et proportionnée du préjudice subi, dans le respect des principes de raisonnabilité et de proportionnalité.
Cette maxime, que l'on peut extraire de l'orientation constante de la Cour de cassation et qui trouve confirmation dans l'ordonnance 17167/2025, clarifie un point essentiel : le recours à l'équité est un acte dû lorsque la quantification exacte est impossible, mais cette évaluation doit être motivée et ancrée dans des données concrètes. Il ne s'agit pas d'"inventer" un chiffre, mais d'utiliser des paramètres de référence (par exemple, les barèmes d'indemnisation, la jurisprudence pour des cas analogues, l'intensité et la durée du préjudice, les conditions personnelles du lésé) pour parvenir à une somme juste et adéquate. L'objectif est toujours de rétablir, dans la mesure du possible, la situation antérieure au préjudice ou, en cas de dommages non patrimoniaux, d'offrir une compensation adéquate.
L'ordonnance 17167/2025, en confirmant l'orientation exprimée dans des décisions telles que la n° 19229 de 2022, renforce le principe de la cohérence jurisprudentielle. Ceci est fondamental pour un système juridique efficace, car il garantit que des cas similaires sont traités de manière similaire, promouvant ainsi la sécurité juridique et la confiance des citoyens dans la justice. La jurisprudence de la Cour de cassation, en tant que gardienne de l'exacte observation et de l'interprétation uniforme de la loi, joue un rôle crucial dans ce processus. Non seulement au niveau national, mais aussi dans une perspective européenne, le principe de la pleine réparation du préjudice est largement reconnu. Bien qu'il n'existe pas de législation européenne spécifique sur les critères équitatifs dans l'indemnisation du préjudice civil général, les principes d'effectivité de la protection juridictionnelle et de proportionnalité de l'indemnisation sont des piliers du droit de l'Union européenne et de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), qui influencent indirectement également l'interprétation et l'application des normes nationales en matière de responsabilité civile.
L'ordonnance n° 17167 de 2025 de la Cour de cassation représente une nouvelle étape dans la construction d'une jurisprudence solide et prévisible en matière d'indemnisation du préjudice. En réaffirmant l'importance des critères équitatifs comme instrument pour garantir la justice même lorsque la quantification exacte est difficile, la Cour suprême offre un guide précieux tant pour les juges du fond, appelés à évaluer des situations complexes, que pour les victimes d'infractions, qui peuvent compter sur un système visant la pleine réparation du préjudice subi. Cette décision confirme que l'équité, loin d'être un simple arbitraire, est un principe de justice qui, s'il est correctement appliqué et motivé, permet de surmonter les difficultés probatoires, en garantissant qu'aucun préjudice ne reste sans réparation adéquate.