Prescription du Droit et Obstacles de Fait : La Cour de Cassation clarifie avec l'Ordonnance n° 17451 de 2025

En droit, le temps est un facteur crucial. La prescription, institution fondamentale du Code Civil, établit une limite temporelle dans laquelle un droit peut être exercé, au-delà de laquelle il s'éteint. Comprendre les mécanismes qui régissent son cours est essentiel pour la protection de ses propres intérêts.

La Cour Suprême de Cassation, par son Ordonnance n° 17451 du 29 juin 2025, a réaffirmé un principe cardinal : seuls les empêchements juridiques, et non ceux de simple fait, peuvent bloquer le cours de la prescription au sens de l'article 2935 du Code Civil. Une décision qui renforce la sécurité juridique et invite à la plus grande diligence dans l'exercice de ses prétentions.

Le Principe de la Prescription : L'Art. 2935 c.c.

L'article 2935 c.c. est clair : "La prescription commence à courir à partir du jour où le droit peut être exercé". Cette norme vise à garantir la stabilité des rapports juridiques et à sanctionner l'inertie du titulaire du droit. La jurisprudence a depuis longtemps interprété cette expression dans le sens où l'empêchement à l'exercice du droit doit avoir une nature objective et juridique.

Obstacles de Fait vs. Empêchements Juridiques : La Distinction Cruciale

Le cœur de la décision de la Cassation, bien résumé dans la maxime suivante, est la distinction nette entre les empêchements juridiques et les obstacles de simple fait :

L'impossibilité de faire valoir le droit, à laquelle l'art. 2935 c.c. attribue la qualité de fait impeditif de la prescription, n'est que celle qui découle de causes juridiques qui en entravent l'exercice et ne comprend pas les obstacles de simple fait (comme le retard dû à la nécessité d'établir le droit) ou les empêchements subjectifs, pour lesquels l'article 2941 c.c. prévoit seulement des hypothèses spécifiques et limitatives de suspension de la prescription. (En application du principe, la C.S. a exclu que la détermination erronée par l'employeur de la consistance du Fonds pour la rémunération accessoire des médecins cadres, qui constitue la base de calcul des éléments de la rémunération accessoire - en l'espèce la position variable -, constitue un obstacle juridique à l'action en condamnation au paiement des différences de rémunération relatives à l'émolument précité, en raison de la possibilité d'agir en justice pour obtenir la détermination correcte du Fonds).

La Cour Suprême réaffirme que seul un empêchement de nature juridique – une condition établie par la loi ou une situation objectivement insurmontable qui empêche l'action légale – peut suspendre ou empêcher le cours de la prescription. Les difficultés pratiques, les retards dans l'établissement d'une créance ou de simples difficultés subjectives ne sont pas suffisants. L'article 2941 c.c., en effet, prévoit limitativement les seules situations subjectives qui peuvent suspendre la prescription (par exemple, entre époux), confirmant la nature exceptionnelle de ces hypothèses.

Le Cas Pratique : Différences de Rémunération pour les Médecins Cadres

L'application du principe a été illustrée par la Cassation dans le contexte des différences de rémunération pour les médecins cadres. Une détermination erronée, par l'employeur, du Fonds pour la rémunération accessoire avait été contestée. Les requérants se plaignaient que cette erreur les avait empêchés d'agir en temps utile.

La Cour a exclu que cette circonstance constitue un obstacle juridique. Elle a souligné que les médecins cadres auraient pu, en tout état de cause, agir en justice pour obtenir la détermination correcte du Fonds et le paiement des différences dues. L'action en justice, bien que complexe, était possible. La charge d'établir et de faire valoir son droit, même en présence de difficultés objectives dans sa quantification, incombe au titulaire.

En résumé, la décision confirme que :

  • La quantification erronée d'une créance n'est pas un empêchement juridique.
  • La nécessité d'un établissement préalable du droit ne bloque pas la prescription.
  • La possibilité d'agir en justice, même pour la détermination correcte d'une créance, fait courir le délai de prescription.

Conclusions : Agir avec Diligence pour la Protection des Droits

L'Ordonnance n° 17451 de 2025 de la Cassation est un avertissement clair : la loi ne protège pas l'inertie. Pour éviter la perte d'un droit en raison de la prescription, il est indispensable que le titulaire agisse en temps utile, en surmontant les obstacles de simple fait et les difficultés subjectives. Se fier à une interprétation erronée de son impossibilité d'agir peut avoir des conséquences irréversibles.

En présence d'un droit à faire valoir, il est toujours conseillé de consulter un avocat. Une analyse approfondie permettra de comprendre les conditions d'une action rapide et les délais de prescription applicables, garantissant la pleine protection de ses intérêts et l'application correcte des principes juridiques.

Cabinet d'Avocats Bianucci