Mandat d'Arrêt Européen : La Cour de Cassation 30560/2025 et le Consentement au Refus de Remise

Le Mandat d'Arrêt Européen (MAE) est un instrument essentiel à la coopération judiciaire au sein de l'Union Européenne, visant à simplifier la remise des personnes recherchées. Cependant, son application peut présenter des complexités, notamment dans l'équilibre entre l'efficacité et la protection des droits individuels. Une décision récente et significative de la Cour de Cassation, l'Arrêt n° 30560 de 2025, a apporté des éclaircissements fondamentaux sur le refus facultatif de remise et le rôle de l'État d'émission, en intégrant des indications cruciales de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE).

Le Refus Facultatif de Remise dans le MAE : Une Question d'Équilibre

Introduit par la Décision-cadre 2002/584/JAI et transposé en Italie par la Loi n° 69 de 2005, le MAE repose sur le principe de la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires. Bien qu'il vise une exécution quasi automatique, la législation prévoit des motifs de refus spécifiques, certains obligatoires et d'autres facultatifs. Parmi ces derniers, l'article 18-bis, paragraphe 2, de la Loi n° 69 de 2005, permet à l'État d'exécution de refuser la remise lorsque la personne recherchée est un citoyen ou un résident sur son territoire et que la peine peut être exécutée en Italie. C'est précisément sur cette faculté que s'est concentrée l'attention de la jurisprudence la plus récente.

L'Arrêt 30560/2025 de la Cassation et l'Influence de la CJUE

La Cour de Cassation, par son Arrêt n° 30560 du 8 septembre 2025, a traité un cas pertinent impliquant l'accusé D. O. A., annulant avec renvoi la décision de la Cour d'Appel de Gênes. Cette décision est d'une importance capitale car elle intègre et applique une décision fondamentale de la Cour de Justice de l'Union Européenne du 4 septembre 2025, dans l'affaire C-305/22. La CJUE a délimité avec précision les frontières dans lesquelles l'État d'exécution peut exercer le refus facultatif, introduisant un élément de dialogue et de consentement qui transforme la nature de cette décision.

En matière de mandat d'arrêt européen exécutif, l'État d'exécution, s'il entend exercer le refus facultatif de remise visé à l'art. 18-bis, paragraphe 2, loi du 22 avril 2005, n° 69 – transposant l'art. 4, point 6), de la décision-cadre n° 2002/584/JAI – est tenu, en vertu de l'arrêt de la Cour de Justice de l'Union européenne du 4 septembre 2025, C-305/22, de demander à l'État d'émission le consentement à l'exécution de la peine, en exposant que les conditions du refus sont remplies en raison des besoins de réinsertion sociale de la personne recherchée, ainsi qu'en proposant la peine à exécuter, si elle est différente de celle prononcée par la décision de condamnation, et en fixant un délai approprié dans lequel l'État de condamnation devra se prononcer, devant, à l'issue de cette interlocution, ordonner la remise si l'État requis refuse son consentement ou ne transmet pas le certificat.

Cette maxime de la Cassation marque un changement significatif : le refus facultatif n'est plus un choix unilatéral. L'État d'exécution doit désormais engager un dialogue obligatoire avec l'État d'émission. Cela signifie que, si l'on entend refuser la remise pour des motifs liés à la citoyenneté ou à la résidence du recherché et à la possibilité d'exécuter la peine en Italie, il est nécessaire de :

  • Demander le consentement de l'État d'émission pour l'exécution de la peine.
  • Expliciter les motifs du refus, en portant une attention particulière aux besoins de réinsertion sociale du recherché.
  • Proposer la peine à exécuter, si elle est différente de celle d'origine.
  • Fixer un délai raisonnable pour la réponse de l'État d'émission.

Il est fondamental de comprendre qu'en cas de refus de consentement ou de non-réponse dans le délai imparti, l'État d'exécution sera néanmoins tenu de procéder à la remise. Ce mécanisme garantit un équilibre délicat entre la souveraineté des États, les nécessités de réinsertion sociale et l'impératif d'assurer l'exécution des décisions pénales dans toute l'Union.

Conclusions : Un Dialogue Essentiel pour la Justice Européenne

L'Arrêt n° 30560 de 2025 de la Cour de Cassation représente une évolution fondamentale dans l'application du Mandat d'Arrêt Européen. Il souligne l'importance d'une approche collaborative entre les États membres, guidée par la jurisprudence de la CJUE. Il ne s'agit plus d'une simple application automatique, mais d'un processus qui exige une évaluation attentive et une communication efficace, surtout lorsque sont en jeu les droits fondamentaux et les perspectives de réinsertion sociale de l'individu. Pour les professionnels du droit, cette décision réaffirme que la coopération judiciaire européenne, tout en visant l'efficacité, doit toujours sauvegarder les principes fondamentaux et considérer la dimension humaine et éducative de la peine.

Cabinet d'Avocats Bianucci