Escroquerie : Quand la personne trompée n'est pas la victime. Analyse de l'arrêt de la Cour de cassation n° 30125/2025

Le droit pénal italien, avec ses évolutions jurisprudentielles continues, offre des pistes cruciales pour comprendre la portée et les limites des infractions pénales. Une récente décision de la Cour de cassation, l'arrêt n° 30125, déposé le 2 septembre 2025, a réaffirmé un principe fondamental en matière d'escroquerie (art. 640 c.p.) : l'identité entre la personne induite en erreur et celle qui subit le préjudice patrimonial n'est pas nécessaire. Cette décision, d'une grande importance, clarifie un aspect souvent débattu, consolidant l'orientation visant à garantir une protection plus large du patrimoine contre les comportements frauduleux.

Le Lien de Causalité dans l'Escroquerie : Un Principe Établi

Le délit d'escroquerie est constitué lorsqu'un comportement trompeur (artifices ou manœuvres dolosives) induit quelqu'un en erreur, le conduisant à accomplir un acte de disposition patrimoniale qui cause un préjudice injuste à soi-même ou à autrui, et procure un profit injuste à l'auteur. La Cour suprême, présidée par le Dr E. A. et dont le rapporteur est le Dr A. C., a fourni une interprétation décisive sur un point spécifique :

Aux fins de la constitution du délit d'escroquerie, l'identité entre la personne induite en erreur et celle qui a subi le préjudice patrimonial n'est pas nécessaire, pourvu que, même en l'absence de contacts directs entre l'auteur des artifices et manœuvres dolosives et la victime, il existe un lien de causalité entre l'induction en erreur, le profit et le préjudice. (Cas dans lequel la Cour a estimé que le délit avait été correctement caractérisé en référence au comportement du titulaire d'une concession domaniale maritime pour avoir présenté à la commune, chargée de la perception du canon y afférent, des formulaires F23 falsifiés afin de paraître en règle, alors que le Trésor public était le destinataire final des sommes dues).

Cette maxime souligne que le cœur de l'escroquerie réside dans le lien de causalité entre la tromperie, l'acte de disposition et le préjudice. Un contact direct entre l'escroc et la victime finale n'est pas indispensable. La personne trompée peut être un intermédiaire qui, en raison de l'erreur induite, accomplit un acte qui porte préjudice au patrimoine d'un tiers. Ce qui compte, c'est la séquence causale : artifices/manœuvres dolosives -> induction en erreur -> acte de disposition -> préjudice à autrui -> profit injuste.

Le Cas Pratique : Formulaires F23 Falsifiés et Préjudice au Trésor Public

L'arrêt en question prend pour point de départ une situation concrète qui clarifie parfaitement le principe. L'accusé, M. S. R., titulaire d'une concession domaniale maritime, avait présenté à la commune – l'entité responsable de la perception – des formulaires F23 falsifiés pour simuler le paiement des canons dus. En réalité, le Trésor public (l'État) était le véritable destinataire des sommes, et le non-encaissement représentait un préjudice pour les caisses publiques.

Dans le cas de S. R., la commune a été la personne "induite en erreur" par les artifices (les F23 contrefaits). Le préjudice patrimonial, en revanche, a été subi par le Trésor public. La Cour de cassation a jugé correcte la qualification du délit d'escroquerie, reconnaissant tous les éléments constitutifs, bien qu'avec une dissociation entre la personne trompée et la victime :

  • Artifices et manœuvres dolosives : la production de formulaires F23 faux.
  • Induction en erreur : la commune a été trompée sur la régularité des paiements.
  • Acte de disposition patrimoniale : le non-encaissement des canons par la commune, avec des effets sur le Trésor public.
  • Préjudice injuste : la lésion patrimoniale subie par le Trésor public.
  • Profit injuste : l'avantage économique de S. R. pour ne pas avoir payé.

Cette interprétation est conforme à des décisions antérieures de la Cour de cassation (par exemple, arrêts n° 43143/2013 et n° 8653/2023), renforçant l'idée que l'escroquerie peut survenir même dans des contextes complexes, où l'auteur du délit se sert d'un tiers pour atteindre son objectif préjudiciable.

Conclusions : Un Avertissement pour la Prévention des Fraudes

L'arrêt n° 30125/2025 de la Cour de cassation constitue un avertissement clair pour quiconque entend adopter des comportements frauduleux. Il souligne que la justice pénale est capable de reconnaître et de sanctionner l'escroquerie même lorsque les schémas adoptés sont plus sophistiqués et ne prévoient pas de contact direct entre le délinquant et la victime. Le principe clé du lien de causalité reste le phare qui guide l'application de l'article 640 c.p.

Pour les victimes de fraudes, cet arrêt offre une importante réassurance : la protection juridique n'est pas limitée aux situations d'ingénuité directe. Pour les entreprises et les entités publiques, c'est un rappel de la nécessité de mettre en œuvre des systèmes de contrôle robustes et de recourir à des conseils juridiques experts pour identifier et contrer rapidement toute tentative de fraude. La complexité du droit pénal exige toujours une approche professionnelle et actualisée, capable de saisir les nuances des décisions jurisprudentielles pour une défense efficace de ses droits.

Cabinet d'Avocats Bianucci