Dans le paysage du droit des entreprises en difficulté italien, le passage de l'historique Loi sur la faillite (Décret Royal n. 267/1942) au plus récent Code de la crise d'entreprise et de l'insolvabilité (Décret Législatif n. 14/2019, entré en vigueur le 15 juillet 2022) a généré de nombreuses incertitudes d'application, notamment en ce qui concerne les procédures initiées sous l'ancienne réglementation mais dont les effets se prolongent dans le temps. L'une des questions les plus débattues concerne l'institution de l'exdebitation, c'est-à-dire la libération du débiteur des dettes résiduelles non satisfaites. Sur ce point crucial, la Cour de Cassation, par son Ordonnance n. 14835 du 3 juin 2025, a apporté un éclaircissement d'une importance fondamentale, délimitant avec précision la frontière entre les deux disciplines.
L'exdebitation représente un principe cardinal du droit des entreprises en difficulté moderne, visant à accorder au débiteur honnête une "seconde chance", lui permettant de repartir libéré des fardeaux du passé. Cependant, le changement normatif a soulevé des interrogations sur l'application des nouvelles dispositions du Code de la crise (CCII) aux faillites déclarées avant son entrée en vigueur. L'Ordonnance de la Cassation, dont le rapporteur était D. G. et le président C. M., a abordé précisément cette problématique, se prononçant sur le recours introduit par T. contre F.
En matière d'exdebitation, la demande présentée après l'entrée en vigueur du code de la crise d'entreprise et de l'insolvabilité (15 juillet 2022) par un sujet déclaré en faillite antérieurement reste régie par la loi sur la faillite, car l'art. 390 c.c.i.i. ne mentionne pas les procédures d'exdebitation, tandis que la disposition des art. 142, alinéa 1, l.fall. et 278 c.c.i.i., réservant le bénéfice respectivement au "failli" et au "débiteur des créances restées insatisfaites dans le cadre d'une procédure de liquidation judiciaire ou de liquidation contrôlée", présuppose l'ouverture et le déroulement de la procédure respective selon les normes substantielles et procédurales propres à leur système de référence.
Cette maxime est d'une importance extraordinaire. En substance, la Cour Suprême affirme que, même si la demande d'exdebitation est présentée après l'entrée en vigueur du CCII (c'est-à-dire après le 15 juillet 2022), si la faillite du sujet a été déclarée avant cette date, la discipline applicable reste celle de l'ancienne Loi sur la faillite. La raison réside dans le fait que l'art. 390 du CCII, qui régit les dispositions transitoires, ne fait aucune référence spécifique aux procédures d'exdebitation. De plus, les articles 142, alinéa 1, de la Loi sur la faillite et 278 du CCII se réfèrent respectivement au "failli" et au "débiteur des créances restées insatisfaites dans le cadre d'une procédure de liquidation judiciaire ou de liquidation contrôlée". Cela signifie que le bénéfice de l'exdebitation est intrinsèquement lié à la procédure de redressement judiciaire dans laquelle il s'insère, et cette procédure doit être régie par les normes substantielles et procédurales propres au système de référence dans lequel elle a été ouverte. En d'autres termes, c'est la nature et la date d'ouverture de la procédure qui déterminent la loi applicable, et non la date de la demande individuelle d'exdebitation.
L'Ordonnance n. 14835/2025 rejette le recours, confirmant la décision de la Cour d'Appel de Bologne du 24 juillet 2023. La Cassation, par cette décision, établit un principe fondamental de droit transitoire, soulignant que la réglementation sur l'exdebitation ne peut être appliquée rétroactivement ou de manière "mixte" à des procédures déjà engagées. Le raisonnement repose sur la nécessité de garantir la cohérence et l'intégrité du système normatif qui a régi l'ensemble de la procédure de redressement judiciaire. Les points clés de la décision sont :
Cette interprétation est en ligne avec l'orientation consolidée de la Cour Suprême en matière de droit intertemporel, qui tend à préserver la loi en vigueur au moment de l'ouverture de la procédure, sauf dispositions transitoires spécifiques qui, dans ce cas, sont absentes pour l'exdebitation. Déjà les Sections Unies, par l'arrêt n. 8504 de 2021, avaient fourni d'importantes indications sur la succession des lois dans le temps en matière de redressement judiciaire, s'orientant vers une application rigoureuse du principe de non-rétroactivité pour les normes procédurales et substantielles.
La prononciation de la Cassation est d'une importance considérable pour tous les sujets impliqués dans des procédures de faillite initiées avant le 15 juillet 2022. Elle apporte une sécurité juridique, clarifiant que pour ces cas, il faudra se référer aux dispositions de la Loi sur la faillite en ce qui concerne l'exdebitation. Cela signifie que les exigences, les conditions et les effets de l'exdebitation seront ceux prévus par la réglementation antérieure, et non par les nouvelles, et parfois plus flexibles, règles du Code de la crise.
Pour les débiteurs, cela implique la nécessité d'une évaluation attentive de leur position juridique et des conditions pour accéder à l'exdebitation selon la loi applicable à leur cas. Pour les créanciers, la décision confirme le cadre normatif de référence pour la gestion des créances dans le cadre de procédures de faillite déjà en cours. L'Ordonnance n. 14835/2025 réaffirme l'importance d'une analyse détaillée du contexte normatif et temporel de chaque procédure individuelle, évitant des interprétations extensives qui pourraient compromettre la stabilité du système.
L'Ordonnance de la Cour de Cassation n. 14835 du 3 juin 2025 représente un phare dans la transition complexe de l'ancien au nouveau droit des entreprises en difficulté. Avec la clarté qui la caractérise, la Cour Suprême a dissipé les doutes sur l'applicabilité des normes relatives à l'exdebitation, réaffirmant que la loi qui régit l'ensemble de la procédure de redressement judiciaire est celle en vigueur au moment de son ouverture. Ce principe ne protège pas seulement la sécurité juridique mais garantit également la cohérence de l'ordonnancement juridique dans un secteur aussi délicat que celui des crises d'entreprise. Il est fondamental, pour quiconque se trouve confronté à des situations d'insolvabilité ou de faillite, de s'appuyer sur une consultation juridique spécialisée pour naviguer correctement entre les réglementations et garantir la meilleure protection de ses intérêts.