Dans le paysage complexe du droit processuel civil italien, la distinction entre les décisions de nature ordonnatoire et celles à caractère décisoire revêt une importance cruciale, notamment lorsqu'il s'agit de déterminer ce qui peut ou ne peut pas acquérir l'autorité de la chose jugée. La Cour de cassation, par son Ordonnance n° 16034 du 16 juin 2025, intervient sur un point nodal, offrant une clarification fondamentale quant à la nature des décisions relatives à l'expertise technique judiciaire (CTU). Cette décision éclaire non seulement un aspect souvent débattu, mais fournit également des orientations précieuses aux professionnels du droit, garantissant une plus grande certitude et flexibilité dans la gestion de la preuve technique.
L'Ordonnance susmentionnée, présidée par le Dr E. Scoditti et rapportée par le Dr G. Mercolino, trouve son origine dans un litige opposant M. P. (C. G.) à M. C. (R. F.). La question était née suite à une décision de la Cour d'appel de Gênes du 04/05/2018, qui avait déclaré une décision irrecevable, posant ainsi les bases du recours en cassation. Au centre du débat se trouve la délicate question de la nature juridique des décisions relatives à l'expertise technique judiciaire (CTU) et de leur capacité à acquérir l'autorité de « jugement interne ». Le jugement interne se forme lorsque tout ou partie de la décision, non contestée ou confirmée, devient définitive au sein du même procès, excluant toute discussion ultérieure sur ce point spécifique.
La Cour suprême, par son Ordonnance n° 16034/2025, a énoncé une maxime d'une importance particulière, qui mérite d'être examinée attentivement :
La décision qui a statué exclusivement sur la recevabilité ou non de la méthode d'estimation suivie par l'expertise technique judiciaire déjà effectuée et éventuellement sur la nécessité de disposer d'une nouvelle enquête d'expert, même si elle est contenue dans la décision non définitive, a une nature et une fonction ordonnatoires et, par conséquent, ne préjudicie pas au fond de la décision, restant révocable et modifiable dans le cours ultérieur du procès ; il en résulte qu'elle n'est pas apte à acquérir l'autorité de jugement interne, qui ne peut se former que sur une décision minimale de la sentence, constituée par la séquence représentée par fait, norme et effet, susceptible d'acquérir une efficacité décisoire autonome dans le cadre du litige.
Cette maxime clarifie de manière sans équivoque que les décisions du juge relatives à l'expertise technique judiciaire – telles que l'évaluation de la méthode d'estimation adoptée par l'expert ou la nécessité de disposer d'une nouvelle expertise – n'ont pas un caractère décisoire sur le fond de l'affaire. Il s'agit plutôt de décisions de nature et de fonction « ordonnatoires ». Qu'est-ce que cela signifie en termes pratiques ? Cela signifie que ces décisions sont destinées à la gestion du procès, à la collecte des preuves et à l'instruction de l'affaire, et non à résoudre définitivement une partie du litige. Par conséquent, elles ne sont pas aptes à former le jugement interne et peuvent être révoquées ou modifiées par le juge au cours du procès, même si elles sont contenues dans une décision non définitive.
Le principe est crucial : le jugement interne ne peut se former que sur une « décision minimale » de la sentence, c'est-à-dire sur une décision qui résout de manière autonome et définitive une question de fait et de droit, reliant un fait à une norme et produisant un effet juridique. Les évaluations instrumentales à la preuve, comme celles relatives à la CTU, qui sont régies par les articles 196 et 279 du Code de procédure civile et qui conservent leur flexibilité pendant toute la durée du procès, n'entrent pas dans cette catégorie.
Les conséquences de cette décision sont significatives pour la pratique judiciaire et pour la gestion du procès civil :
L'Ordonnance n° 16034 de 2025 de la Cour de cassation représente un point d'ancrage important dans le débat sur la nature des décisions relatives à l'expertise technique judiciaire et sur la formation du jugement interne. En réaffirmant la nature ordonnatoire des décisions sur la CTU, la Cour suprême assure que le procès civil conserve la flexibilité nécessaire à l'établissement de la vérité matérielle, sans que des décisions instrumentales ne puissent préclure à l'avance la possibilité d'une instruction complète et approfondie. Cette décision est un exemple de la manière dont la jurisprudence évolue pour s'adapter aux exigences pratiques du procès, tout en garantissant les principes de légalité et de procès équitable.