La lenteur de la justice italienne est un problème de longue date. Pour y remédier, la loi n° 89 de 2001, connue sous le nom de "loi Pinto", reconnaît le droit à une réparation équitable pour ceux qui subissent un procès d'une durée déraisonnable. Mais qu'advient-il lorsque le sujet lésé n'est pas une personne physique, mais une entité juridique, telle qu'une entreprise ? La Cour de cassation, par son ordonnance n° 14749 du 01/06/2025, a apporté une clarification fondamentale, étendant significativement les protections.
Le droit à un procès équitable et rapide est une garantie consacrée par l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH). La loi Pinto (L. 89/2001) prévoit une indemnisation pour le préjudice patrimonial et non patrimonial subi en raison de la durée excessive d'une procédure. Traditionnellement, le préjudice non patrimonial était plus facilement attribuable à la personne physique. L'ordonnance 14749/2025 redéfinit les limites de l'indemnisation également pour les entités.
La question centrale abordée par la Cour suprême dans l'ordonnance n° 14749 du 01/06/2025, qui a vu s'opposer S. contre M. (Avvocatura Generale dello Stato), concernait la configurabilité du préjudice non patrimonial pour les personnes morales. La Cour de cassation a réaffirmé un principe important, consolidant la possibilité pour ces entités d'accéder à cette forme d'indemnisation. Voici la maxime de l'arrêt :
En matière de réparation équitable au sens de l'art. 2 de la loi n° 89 de 2001, le droit à une indemnisation pour le préjudice non patrimonial subi en raison de la durée déraisonnable du procès peut également être reconnu à la personne morale, à condition que l'autre partie ne prouve pas qu'il existe des circonstances particulières (telles que la conscience que la prétention exercée dans le procès principal était infondée ou la modification, au cours de celui-ci, des associés ou des administrateurs de l'entité exposés à la souffrance, en termes d'anxiété et de stress, en raison de la durée déraisonnable de la procédure), à partir desquelles on puisse exclure que ce préjudice ait été concrètement subi.
Cette maxime est d'une importance cruciale. La Cour clarifie que le préjudice non patrimonial n'est pas la prérogative exclusive des personnes physiques. Une entreprise ou une entité peut également subir un préjudice non économique. La "souffrance" se réfère à l'anxiété et au stress des personnes agissant pour le compte de l'entité (associés, administrateurs), dont la préoccupation pour le sort de l'entreprise se traduit par un préjudice pour la personne morale elle-même.
L'ordonnance 14749/2025 établit que le droit à une indemnisation pour la personne morale n'est pas automatique. Il appartient à la partie adverse de prouver l'existence de "circonstances particulières" susceptibles d'exclure le préjudice. Parmi celles-ci, la Cour de cassation indique :
Ces exceptions font peser une charge probatoire significative sur la partie qui conteste le droit à la réparation équitable, équilibrant la protection avec la nécessité d'éviter les abus.
L'ordonnance n° 14749 du 01/06/2025 représente un pas en avant important dans la protection des droits des personnes morales. La reconnaissance du préjudice non patrimonial pour la durée déraisonnable des procès offre un outil de protection supplémentaire pour les entreprises et les entités. Pour les personnes morales, il est essentiel d'être conscientes de ce droit et des conditions pour le faire valoir, en s'appuyant sur des professionnels expérimentés pour naviguer dans les complexités de la loi Pinto.