Contrat Préliminaire et Jugement ex art. 2932 c.c. : La Cour de Cassation sur l'efficacité du transfert en cas de faillite (Arrêt n° 16203/2025)

Le contrat préliminaire, un instrument largement répandu dans la pratique contractuelle italienne, est un accord par lequel les parties s'engagent à conclure un futur contrat définitif. Cependant, son exécution peut présenter des complexités, surtout lorsque des événements imprévus surviennent, tels que la faillite de l'une des parties ou de la société objet du contrat. L'Arrêt de la Cour de Cassation n° 16203 du 16 juin 2025 (Rapporteur M. Mocci, Président M. Falaschi) offre une clarification fondamentale concernant les effets temporels des jugements qui ordonnent l'exécution spécifique de cette obligation, conformément à l'article 2932 du Code Civil.

Le Contrat Préliminaire et l'Exécution Spécifique : Un Équilibre Délicat

L'article 1351 c.c. exige que le contrat préliminaire soit rédigé dans la même forme que le contrat définitif. Sa fonction est de lier les parties, garantissant que l'accord final sera perfectionné. Si l'une des parties refuse de s'acquitter de l'obligation de conclure le contrat définitif, l'autre peut recourir au juge pour obtenir un jugement constitutif qui produise les effets du contrat non conclu. C'est le mécanisme prévu par l'article 2932 c.c., un puissant outil de protection pour la partie diligente.

La question cruciale, souvent débattue en jurisprudence, concerne le moment auquel il faut se référer pour évaluer la présence des conditions qui rendent possible le transfert du bien. S'agit-il du moment de la demande judiciaire ou de celui de la prononciation du jugement ? La réponse à cette question est d'une importance vitale, surtout dans des contextes où le bien objet du contrat préliminaire (comme dans le cas examiné par la Cassation, des titres d'actions d'une société) peut subir des altérations significatives, voire perdre sa transférabilité dans le laps de temps entre la proposition de la demande et la décision finale du juge.

En matière de contrat préliminaire, les jugements ex art. 2932 c.c. produisent les effets du contrat définitif à compter de leur passage en force de chose jugée, de sorte que, pour constater les conditions qui rendent exécutable le transfert du bien, il convient de se référer au moment de la prononciation et non à celui de la demande. (Dans l'espèce, la S.C. a cassé avec renvoi la décision de fond qui, en relation avec un contrat préliminaire de vente d'actions d'une société ultérieurement déclarée en faillite, avait omis d'enquêter si, au moment de la prononciation, le transfert de ces actions était encore concrètement possible malgré l'état de déconfiture survenu de la société).

Cette maxime de la Cour Suprême clarifie sans équivoque un principe fondamental : l'efficacité translatrice du jugement ex art. 2932 c.c. ne se consolide qu'avec son passage en force de chose jugée. Mais encore plus pertinente est la spécification temporelle : pour vérifier si le transfert du bien est effectivement exécutable, le juge doit considérer la situation existante au moment de sa décision, et non à celui où la partie a initialement demandé l'exécution. Cela signifie que, même si au moment de la demande les conditions de transfert étaient parfaites, un changement ultérieur des circonstances, comme la faillite de la société dont les actions faisaient l'objet de la vente, doit être soigneusement évalué.

Le Moment Décisif : La Prononciation Judiciaire et la Faillite de la Société

Le cas spécifique qui a conduit à l'Arrêt n° 16203/2025 concernait un contrat préliminaire de vente de titres d'actions d'une société qui, après la demande judiciaire, avait fait faillite. La Cour d'Appel de Gênes, dont la décision a été cassée avec renvoi par la Cour Suprême, avait omis d'enquêter si, au moment de la prononciation du jugement, le transfert de ces actions était encore concrètement possible, malgré l'état de déconfiture survenu de la société. La Cassation, intervenant dans le litige entre S. et C., a souligné l'erreur de cette omission.

Cette approche de la Cassation est cohérente avec la nature constitutive du jugement ex art. 2932 c.c. Il ne se contente pas de déclarer un droit préexistant, mais crée une nouvelle réalité juridique, se substituant au consentement manquant de la partie défaillante. Par conséquent, il est logique que son opération doive se confronter à la réalité factuelle et juridique existante au moment où cette réalité est créée, c'est-à-dire au moment de la prononciation. Les implications sont significatives :

  • Le juge ne peut ignorer les faits nouveaux et survenus qui affectent la faisabilité du transfert.
  • La survenance d'événements tels que la faillite peut rendre le transfert impossible ou dépourvu d'utilité pour l'acquéreur.
  • La constatation des conditions d'exécutabilité doit être actuelle, et non figée au moment de la demande.

L'Arrêt rappelle indirectement également le principe de bonne foi et la nécessité que le transfert soit encore utile et fonctionnel à l'objectif poursuivi par les parties au moment de la conclusion du contrat préliminaire. Un transfert d'actions d'une société en faillite, par exemple, pourrait ne plus avoir aucune valeur économique ou stratégique pour l'acquéreur, rendant l'exécution spécifique une simple formalité dénuée de substance.

Conclusions : L'Importance de la Diligence et de l'Actualité dans l'Évaluation Judiciaire

La prononciation de la Cassation avec l'Arrêt n° 16203/2025 renforce la nécessité d'une évaluation attentive et dynamique par le juge dans le cadre des actions ex art. 2932 c.c. Il ne suffit pas que l'obligation de contracter était valide et possible au moment de la demande ; il est indispensable que les conditions de transfert du bien persistent et soient actuelles au moment de la décision judiciaire. Ce principe protège les deux parties : d'une part, il évite qu'une partie soit contrainte de recevoir un bien qui a perdu sa fonctionnalité ou sa valeur en raison d'événements ultérieurs ; d'autre part, il impose au juge de vérifier la faisabilité concrète du transfert, en évitant des prononcés purement théoriques ou inexécutables.

Pour ceux qui opèrent dans le secteur juridique et immobilier, l'Arrêt n° 16203/2025 représente un important avertissement : la diligence raisonnable et l'attention aux circonstances survenues sont cruciales non seulement dans la phase précontractuelle, mais aussi pendant tout le parcours judiciaire, jusqu'au passage en force de chose jugée du jugement. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut garantir une protection effective et conforme à la réalité économique et juridique.

Cabinet d'Avocats Bianucci