Dommage corporel et perte de fonction sensorielle : la distinction qualitative dans la liquidation selon l'ordonnance n° 16328/2025

L'indemnisation du dommage corporel est un sujet qui exige sensibilité et précision. L'ordonnance de la Cour de cassation n° 16328, déposée le 17 juin 2025, apporte une clarification fondamentale : la distinction nette entre la simple aggravation d'une maladie et la perte totale d'une fonction sensorielle. Cette décision est cruciale pour une liquidation correcte du dommage, dépassant la logique quantitative pour se concentrer sur l'impact qualitatif sur la vie du lésé.

Aggravation vs. Perte Totale : Une Nouvelle Perspective

L'affaire judiciaire entre G. et P., qui a abouti à un renvoi devant la Cour d'appel de Florence, a permis à la Cour de cassation d'établir un principe cardinal. La Cour distingue clairement l'affaiblissement d'un organe sensoriel de sa perte complète et définitive. Il ne s'agit pas d'une différence de degré, mais d'un "écart qualitatif" qui transforme radicalement la condition du lésé. La perte totale d'une fonction, telle que la vue, crée une nouvelle réalité existentielle, bien différente d'une simple atténuation, nécessitant une liquidation qui reflète sa gravité intrinsèque.

La Maxime de la Cour : Le Cœur de la Décision

La portée innovante de l'ordonnance n° 16328/2025 est exprimée dans sa maxime :

En matière d'indemnisation du dommage corporel, il convient de distinguer la simple aggravation d'une maladie qui affecte un organe sensoriel (en en affaiblissant ou en en atténuant l'efficacité) de la manifestation de ce phénomène, nouveau et différent, constitué par la perte totale du sens (ou de la fonction) correspondant, de sorte que l'éventuelle liquidation de ce dernier dommage ne peut se limiter à l'enregistrement d'une simple différence quantitative, mais doit tenir compte de l'écart qualitatif qui sépare, avec netteté, la simple atténuation d'une fonction de son abolition complète et définitive. (Dans le cas d'espèce, la Cour de cassation a affirmé que – face à la perte définitive et totale de la vue, non entièrement imputable à l'action des professionnels de santé – le juge du fond doit d'abord identifier le dommage différentiel, puis, dans la personnalisation du dommage, doit équitablement considérer la perte du sens, ou de la fonction, comme un fait susceptible de transfigurer qualitativement, en une nouvelle réalité, la différente ampleur du simple dommage différentiel).

Cette décision souligne que, face à la perte totale d'un sens, l'évaluation du dommage ne peut se limiter à un simple décompte. La Cour de cassation impose de considérer la "transfiguration qualitative" de la vie de la personne, un changement radical qui requiert une compensation proportionnée à la compromission totale de la fonction.

Personnalisation et Dommage Différentiel : Les Piliers de l'Indemnisation

L'ordonnance n° 16328/2025 renforce deux concepts fondamentaux : la personnalisation du dommage et l'identification du dommage différentiel. La personnalisation (déjà consolidée, cf. Cass. n° 21261/2024) impose d'adapter la liquidation aux conditions spécifiques du lésé. Le dommage différentiel est crucial lorsque la lésion s'inscrit dans une condition préexistante : le juge doit déduire la part non imputable, puis évaluer la perte totale comme un événement qualitativement nouveau et autonome, conformément à l'article 2043 du Code civil italien.

Pour les professionnels et les lésés, les implications pratiques incluent :

  • Une expertise médico-légale précise pour distinguer l'aggravation de la perte totale, en quantifiant l'impact qualitatif.
  • Une argumentation judiciaire qui met l'accent sur la "transfiguration" de la vie du lésé.
  • La prise de conscience que la jurisprudence vise une protection toujours plus personnalisée et attentive à la dignité de la personne.

Conclusions : Vers une Justice plus Équitable et Sensible

L'ordonnance n° 16328/2025 représente un pas important vers une justice plus équitable dans l'indemnisation du dommage corporel. En réaffirmant la distinction qualitative entre l'aggravation et la perte totale d'une fonction sensorielle, la Cour fournit un guide essentiel aux juges du fond. C'est une invitation à reconnaître la profonde altération existentielle qu'une telle perte entraîne, en garantissant aux lésés une indemnisation proportionnée au sacrifice subi.

Cabinet d'Avocats Bianucci