Licenciement pour achèvement des travaux de construction : la Cour de cassation et la charge de la preuve (Arrêt n° 16769/2025)

Le droit du travail est en constante évolution, et les décisions de la Cour de cassation sont des phares essentiels pour interpréter la législation. L'arrêt n° 16769 du 23 juin 2025 apporte un éclaircissement crucial sur le licenciement pour motif économique légitime, en particulier dans le secteur de la construction. Cette décision est vitale pour les employeurs et les travailleurs, définissant les limites du licenciement motivé par la fin d'un chantier.

Le motif économique légitime : critères et limites

Le licenciement pour motif économique légitime (MEL), régi par l'article 3 de la loi n° 604 de 1966, est une cause légitime de rupture du contrat de travail. Il intervient pour des raisons inhérentes à l'activité productive, à l'organisation du travail ou à son fonctionnement (par exemple, cessation d'activité, réorganisation, achèvement d'un projet). La simple achèvement d'un ouvrage n'est pas suffisante pour justifier un licenciement. C'est là qu'intervient la Cour de cassation.

La maxime de la Cour de cassation : l'obligation de reclassement

L'arrêt n° 16769/2025, rendu par la Section du travail (rapporteur Dr. B. F.), traite du recours de Y. (L. L.) contre C. (H. F.), rejetant la décision de la Cour d'appel de Milan. Le point central concerne la suffisance de l'achèvement des travaux de construction comme motif de licenciement. La Cour suprême a réaffirmé un principe fondamental, qu'il convient de rapporter in extenso :

En matière de licenciement pour motif économique légitime, l'achèvement des travaux de construction pour lesquels les travailleurs ont été embauchés n'est pas suffisant pour constituer un motif légitime de licenciement, à moins que l'employeur ne prouve l'impossibilité d'utiliser les travailleurs dans d'autres fonctions compatibles, compte tenu de la complexité de l'entreprise et de la généralité des chantiers sur lesquels l'activité concernée est déployée.

Cette maxime cristallise un concept clé : l'employeur ne peut pas licencier un employé à la fin d'un projet de construction sans avoir tenté toutes les voies possibles pour le réintégrer. Cette obligation, connue sous le nom d'"obligation de reclassement", impose de vérifier l'impossibilité d'employer le salarié dans des fonctions équivalentes ou, si elles sont compatibles, même inférieures (après acceptation). La vérification doit s'étendre à toutes les ramifications de l'entreprise et à tous les chantiers actifs, et pas seulement au chantier achevé.

Guide pratique : que faire pour les employeurs et les travailleurs

L'obligation de reclassement est une garantie substantielle contre les licenciements prétextes. L'arrêt n° 16769/2025 renforce ce principe, soulignant la nécessité de prendre en compte la complexité de l'entreprise et la généralité des chantiers. Une entreprise de construction ayant plusieurs sites ne peut pas limiter la recherche de reclassement au seul périmètre restreint du chantier achevé, mais doit considérer l'ensemble de la structure de l'entreprise.

Pour l'employeur, l'accomplissement de cette obligation nécessite une analyse et une documentation attentives :

  • Évaluation interne : Vérifier l'existence de postes vacants ou de fonctions compatibles dans tout autre site ou chantier.
  • Propositions de reclassement : Offrir au travailleur des fonctions équivalentes ou, si elles ne sont pas disponibles, même inférieures (après acceptation).
  • Documentation : Conserver la preuve des recherches effectuées et des raisons de l'impossibilité de reclassement.

L'absence de cette preuve rend le licenciement illég, avec les protections conséquentes prévues par la loi, qui peuvent inclure la réintégration ou l'indemnisation du préjudice.

Conclusions

L'arrêt n° 16769 de 2025 de la Cour de cassation est une référence importante pour le droit du travail, en particulier dans le secteur de la construction. Il réaffirme que la protection du travailleur est un principe cardinal. Les employeurs et les professionnels doivent accorder la plus grande attention à ces principes, en assurant une gestion transparente et conforme à la loi. Pour les travailleurs, cette décision confirme la robustesse des protections existantes, les incitant à connaître et à faire valoir leurs droits.

Cabinet d'Avocats Bianucci