Dans le paysage complexe du droit pénal italien, la discipline de la prescription représente un pilier fondamental, garantissant la sécurité juridique et la durée raisonnable des procès. Cependant, les réformes législatives continues ont souvent généré des incertitudes d'application, notamment en ce qui concerne le droit intertemporel. Dans ce contexte, le récent Arrêt n° 20989, déposé le 05/06/2025 (relatif à une audience du 12/12/2024) par la Cour de Cassation, présidée par M. C. et rédigée par V. S., offre un éclaircissement crucial sur l'applicabilité des différentes réglementations qui ont modifié l'article 159 du Code Pénal en matière de suspension de la prescription.
La prescription des infractions, c'est-à-dire l'extinction de l'infraction en raison du passage du temps, a fait l'objet de modifications significatives ces dernières années. Le législateur a cherché à équilibrer l'exigence d'une justice rapide avec la nécessité de protéger les droits de l'accusé. Les réformes les plus incisives ont été introduites par trois lois principales :
Cette succession de normes a créé de nombreuses difficultés d'interprétation, notamment quant à la loi à appliquer aux infractions commises à des périodes différentes. La question centrale a toujours été celle du droit intertemporel : quelle discipline de la prescription s'applique à une infraction commise à un moment donné, si entre-temps la loi a changé ?
La Cour de Cassation, dans l'affaire impliquant P. G. contre A. P., a abordé précisément cette question délicate, fournissant une interprétation univoque et fondamentale. L'arrêt, qui déclare irrecevable un recours de la Cour d'Appel de Bari, se concentre sur l'applicabilité de la discipline de la suspension de la prescription aux infractions commises entre le 3 août 2017 et le 31 décembre 2019.
La discipline de la suspension du cours de la prescription visée à l'art. 159 du Code Pénal, dans le texte introduit par l'art. 1 de la loi du 23 juin 2017, n° 103, s'applique aux infractions commises pendant la période de validité de la loi elle-même, c'est-à-dire du 3 août 2017 au 31 décembre 2019, n'ayant pas été abrogée avec effets rétroactifs par la loi du 9 janvier 2019, n° 3, d'abord, et par la loi du 27 novembre 2021, n° 134, ensuite, tandis que pour les infractions commises à partir du 1er janvier 2020 s'applique la discipline mise en système par la loi n° 134 de 2021.
Cette maxime est d'une importance capitale. En termes simples, la Cassation affirme que la Loi n° 103 de 2017, avec ses dispositions sur la suspension de la prescription, continue de s'appliquer pleinement aux infractions commises pendant la période de sa validité, c'est-à-dire du 3 août 2017 au 31 décembre 2019. Les lois ultérieures, la n° 3 de 2019 et la n° 134 de 2021, n'ont pas eu d'effet abrogatif rétroactif sur cette discipline. Cela signifie que pour les infractions commises durant cette période de trois ans, les règles de suspension de la prescription sont celles prévues par la Loi n° 103/2017, indépendamment des modifications intervenues par la suite. Ce n'est que pour les infractions commises à partir du 1er janvier 2020 que le nouveau système introduit par la Loi n° 134 de 2021 s'applique.
Ce principe est solidement ancré à l'article 25 de la Constitution, qui consacre le principe de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère, garantissant que nul ne peut être puni si ce n'est en vertu d'une loi entrée en vigueur avant le fait commis. La Cassation, par cette décision, réaffirme la validité du principe du tempus regit actum (le temps régit l'acte), évitant d'appliquer rétroactivement des réglementations qui pourraient être moins favorables à l'accusé, en prolongeant les délais de prescription.
La décision de la Cour Suprême a des répercussions pratiques significatives. Pour les avocats et les professionnels du droit, il devient essentiel de déterminer avec précision la date de commission de l'infraction afin d'identifier correctement la discipline de la prescription applicable. Il ne suffit pas de considérer la loi en vigueur au moment du jugement, mais il faut remonter à la réglementation en vigueur au moment où le fait illicite a été commis. Cela garantit que les garanties pour l'accusé ne soient pas érodées par des réformes ultérieures, en maintenant un cadre normatif stable pour les faits déjà survenus.
De plus, cet arrêt contribue à renforcer la sécurité juridique, une valeur essentielle dans un État démocratique. En éliminant les ambiguïtés sur l'application des lois dans le temps, on réduit les marges d'incertitude et on favorise une plus grande prévisibilité des issues judiciaires, au bénéfice tant de la justice que des citoyens.
L'Arrêt n° 20989/2024 de la Cour de Cassation représente un point d'ancrage dans l'évolution complexe de la discipline de la prescription en Italie. Il clarifie de manière sans équivoque l'applicabilité des différentes réglementations qui se sont succédé, en particulier celles relatives à la suspension du cours de la prescription. En réaffirmant l'importance du principe de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère, la Cour offre un phare pour les juges, les avocats et les accusés, garantissant que les garanties fondamentales du procès pénal soient toujours respectées et que la sécurité juridique ne soit jamais compromise.