Homicide préterintentionnel : la Cour de cassation clarifie la prévisibilité concrète (Arrêt n° 27694/2025)

Dans le paysage vaste et complexe du droit pénal, l'homicide préterintentionnel représente une catégorie d'infraction particulièrement délicate, qui se situe à mi-chemin entre l'intentionnalité et la simple faute. Il n'est pas rare qu'une action, même si elle ne vise pas à causer la mort, conduise à une issue aussi tragique. C'est précisément dans ces contextes que la jurisprudence est appelée à définir clairement les limites de la responsabilité pénale, tout en garantissant la justice et la sécurité juridique. La récente décision de la Cour de cassation, Arrêt n° 27694 de 2025, apporte une contribution fondamentale à cet égard, en précisant avec une plus grande exactitude l'élément psychologique qui caractérise cette grave infraction.

L'Homicide Préterintentionnel : entre dol et conséquences non voulues

L'article 584 du Code pénal italien définit l'homicide préterintentionnel comme le cas où, celui qui commet des actes visant à frapper ou à causer une blessure personnelle, en entraîne la mort. La particularité de cette infraction réside dans le fait que l'auteur n'a pas voulu la mort de la victime, mais a néanmoins agi avec l'intention de commettre une infraction moindre (coups ou blessures), et la mort a été une conséquence "au-delà de l'intention" (préterintention, précisément). L'affaire sur laquelle la Cour s'est prononcée, impliquant M. A., a fourni l'occasion de réaffirmer et de clarifier des aspects cruciaux de cette réglementation.

La Cour suprême, présidée par R. P. et dont le rapporteur était A. T., a rejeté le recours contre la décision de la Cour d'assises d'appel de Rome, réaffirmant une orientation consolidée mais toujours digne d'approfondissement, notamment en ce qui concerne l'établissement de l'élément subjectif de l'infraction.

L'Élément Psychologique : Dol pour l'action, Prévisibilité pour l'événement mortel

Le cœur de la décision de la Cour de cassation, et de la doctrine en la matière, réside dans l'interprétation de l'élément psychologique, ou "dol mêlé de prévisibilité concrète", qui doit être prouvé pour caractériser l'homicide préterintentionnel. L'article 43 du Code pénal, en effet, distingue entre dol, faute et préterintention comme formes de l'élément psychologique de l'infraction. Pour l'homicide préterintentionnel, l'intention (dol) se manifeste par rapport aux coups ou aux blessures, tandis que la mort, bien que non voulue, doit néanmoins être une conséquence prévisible de l'action.

L'élément psychologique du délit d'homicide préterintentionnel est une combinaison de dol, pour le délit de coups ou de blessures, et de prévisibilité concrète, pour l'événement mortel. (Dans sa motivation, la Cour a précisé que la prévisibilité concrète est établie par le juge au moyen d'un jugement de "pronostic posthume", visant à vérifier si, compte tenu des circonstances particulières du cas concret, l'événement survenu pouvait être considéré, "ex ante", parmi les conséquences prévisibles de la conduite voulue).

Cette maxime est d'une importance fondamentale. Elle clarifie que la prévisibilité de l'événement mortel n'est pas une simple prévisibilité abstraite ou générique, mais doit être "concrète". Cela signifie que le juge ne doit pas se demander si, en principe, une agression peut entraîner la mort, mais si, compte tenu des circonstances spécifiques de l'affaire (les modalités de l'action, l'état de la victime, le lieu, l'usage d'objets), la mort était une conséquence concrètement prévisible par l'auteur. Le "jugement de pronostic posthume" est l'outil par lequel le juge effectue cette évaluation. Il doit se placer "ex ante", c'est-à-dire au moment où l'auteur a commis la conduite, mais avec la connaissance "ex post" de tous les éléments ressortant du procès, pour établir si l'événement létal entrait dans les conséquences raisonnablement envisageables de cette conduite spécifique.

Les Implications Juridiques et la Protection du Juste Procès

La clarification apportée par l'Arrêt n° 27694/2025 a d'importantes répercussions pratiques. Elle renforce le principe de culpabilité et le principe de légalité, consacrés également par l'article 7 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), qui exige que la loi pénale soit claire, précise et prévisible. Pour l'accusé, la nécessité de prouver la prévisibilité concrète de l'événement mortel représente une garantie, évitant que la responsabilité d'une issue non voulue ne soit fondée sur un critère trop large ou abstrait. Pour l'accusation, cela implique une charge probatoire plus spécifique, exigeant de démontrer non seulement l'intention de blesser, mais aussi la prévisibilité concrète de l'événement létal.

Pour les juges, cette orientation fournit un guide précis dans l'analyse des faits. Parmi les facteurs susceptibles d'influencer le jugement de "pronostic posthume" figurent :

  • La force et les modalités de l'action agressive.
  • La zone du corps frappée.
  • L'utilisation éventuelle d'instruments ou d'armes, même impropres.
  • Les conditions physiques de la victime (par exemple, âge avancé, fragilité, maladies préexistantes connues de l'agresseur ou facilement perceptibles).
  • Les circonstances environnementales dans lesquelles l'agression s'est déroulée.

Ces éléments concourent à délimiter le cadre dans lequel le juge doit évaluer si l'événement mortel était, pour un homme moyen doté d'une intelligence et d'une diligence normales, une conséquence concrètement envisageable de la conduite tenue par l'accusé.

Conclusions

L'arrêt de la Cour de cassation n° 27694 de 2025 ne se contente pas de réaffirmer un principe cardinal dans l'interprétation de l'homicide préterintentionnel, mais le renforce par la spécification de la "prévisibilité concrète" et du "jugement de pronostic posthume". Cette décision contribue à une plus grande sécurité juridique, en fournissant des critères clairs pour l'établissement de la responsabilité pénale dans l'une des catégories d'infractions les plus complexes et tragiques de notre système juridique. Pour les professionnels du droit, elle représente un point de référence indispensable pour aborder avec rigueur et précision les cas d'homicide préterintentionnel, garantissant une justice plus équitable et plus proche de la réalité des faits.

Cabinet d'Avocats Bianucci