Le paysage juridique italien est en constante évolution, notamment en ce qui concerne l'exécution des peines et les nouvelles frontières de la justice. Dans ce contexte, la justice restauratrice émerge comme un outil fondamental pour promouvoir la réhabilitation et la pacification sociale. Cependant, la mise en œuvre de ces principes, introduits de manière organique par la réforme dite Cartabia (D.Lgs. 150/2022), a soulevé des questions d'interprétation, en particulier sur la compétence pour décider de l'accès aux programmes y afférents. C'est précisément sur ce point qu'intervient la Cour de Cassation avec l'Arrêt n° 27072 du 15/05/2025, déposé le 24/07/2025 (Rv. 288418-01), apportant une clarification essentielle pour les professionnels du droit et les condamnés.
La justice restauratrice représente une approche innovante qui complète la justice rétributive traditionnelle. L'objectif n'est pas seulement de punir le coupable, mais aussi de réparer le préjudice causé à la victime et à la communauté, en favorisant un parcours de réconciliation et de réinsertion sociale. La réforme Cartabia a donné une pleine dignité normative à cette institution, en réglementant ses aspects procéduraux et substantiels par des articles tels que le 129-bis du Code de Procédure Pénale et le 45-ter des Dispositions d'Application. Ces programmes, qui peuvent inclure la médiation entre la victime et le coupable, une réparation symbolique ou des travaux d'utilité publique, visent à impliquer activement les parties dans le processus de résolution du conflit, dépassant ainsi la logique purement punitive.
Le point central de l'Arrêt n° 27072/2025 concerne l'identification de l'organe compétent pour décider de l'accès du condamné aux programmes de justice restauratrice une fois que la condamnation est devenue définitive et que la phase d'exécution est entrée en jeu. Avant cette décision, des doutes pouvaient surgir quant à la titularité de cette décision, compte tenu de la pluralité d'acteurs impliqués dans le système pénal. La Cour de Cassation, présidée par le Dr G. Fidelbo et dont le rapporteur est le Dr R. Amoroso, a levé toutes les réserves, affirmant de manière péremptoire :
En phase d'exécution, la compétence pour décider de l'accès du condamné aux programmes de justice restauratrice appartient au juge de l'application des peines.
Cette maxime est d'une importance fondamentale. Elle attribue au juge de l'application des peines un rôle central et décisif dans la mise en œuvre des principes de la justice restauratrice pendant l'exécution de la peine. Le juge de l'application des peines, déjà figure clé pour l'évaluation du parcours éducatif et de la réinsertion du condamné, voit ainsi ses fonctions élargies, devenant le garant de l'opportunité d'accéder à des parcours qui peuvent avoir un impact significatif sur la vie du détenu et sur sa relation avec la société.
La décision de la Cassation repose sur une lecture systématique des normes introduites ou modifiées par la réforme Cartabia, telles que le D.Lgs. 150/2022 (en particulier les articles 7 paragraphe 1 lettre C et 78 paragraphe 1) et les dispositions d'application du code de procédure pénale (article 45-ter). Le choix d'attribuer la compétence au juge de l'application des peines est cohérent avec sa fonction d'organe juridictionnel spécialisé dans l'exécution pénale, appelé à équilibrer les exigences de sécurité sociale avec celles de rééducation et de réinsertion du condamné, dans le respect de l'article 27 de la Constitution. Cela signifie que toute demande d'accès à des programmes de justice restauratrice, présentée par un condamné qui purge déjà sa peine, devra être évaluée et autorisée par le juge de l'application des peines compétent. Ceci garantit une analyse approfondie et personnalisée, tenant compte du parcours éducatif déjà entrepris et de la compatibilité avec les finalités de la peine.
Les principales normes qui entrent en jeu pour comprendre le contexte de cet arrêt incluent :
L'Arrêt n° 27072/2025 de la Cour de Cassation représente une pièce maîtresse dans le parcours de pleine mise en œuvre de la justice restauratrice en Italie. Clarifier la compétence du juge de l'application des peines en phase d'exécution élimine non seulement les incertitudes d'application potentielles, mais renforce également le rôle de cet organe dans la promotion d'une justice plus orientée vers le rétablissement et la responsabilisation. Pour les condamnés, cette décision ouvre de nouvelles perspectives de réinsertion et de réconciliation avec la victime et la société, tandis que pour les avocats et les professionnels du droit, elle fournit un guide clair pour s'orienter dans un domaine en constante évolution. C'est un pas en avant vers un système pénal qui, tout en ne renonçant pas à sa fonction punitive, valorise de plus en plus les instruments de réparation et de pacification sociale, comme le prévoient notre Constitution et les tendances les plus modernes du droit européen.