La Cour de cassation, par son arrêt n° 22017, déposé le 11 juin 2025 (Président Mme R. Pezzullo, Rapporteur Mme E. Carusillo), a apporté un éclaircissement important sur le délicat équilibre entre la prévisibilité de la norme pénale et l'interprétation jurisprudentielle. L'affaire, impliquant l'accusé T. C., rejette le recours contre la Cour d'appel de Pérouse et se concentre sur la question complexe de l'accès abusif à un système informatique, en relation avec l'interdiction de l'"overruling" interprétatif "in malam partem".
L'article 615-ter du Code pénal sanctionne l'introduction abusive dans des systèmes informatiques protégés. La jurisprudence sur ce délit a connu une évolution cruciale. Les Chambres réunies "Casani" (n° 4694 de 2012) ont établi que, pour une personne autorisée, les finalités de l'accès n'étaient pas pertinentes. Cette orientation a cependant été dépassée par les Chambres réunies "Savarese" (n° 41210 de 2017), qui ont précisé que même un accès autorisé peut devenir abusif si l'agent viole les conditions et les limites objectives établies par le titulaire du système, en dépassant les "règles d'usage". Ce passage a élargi le périmètre de l'illicéité, en se concentrant sur les limites objectives de l'autorisation, indépendamment des intentions.
L'interdiction de l'"overruling interprétatif in malam partem" est un principe cardinal du droit pénal (art. 2 c.p. et art. 7 CEDH), qui protège la certitude et la prévisibilité des conséquences pénales, en empêchant l'application rétroactive d'interprétations jurisprudentielles plus sévères. L'arrêt n° 22017/2025 s'inscrit dans cet équilibre, abordant la question de savoir si, dans le cas de T. C., une violation de cette interdiction était envisageable. La Cour a rejeté le recours, excluant l'existence d'un "overruling in malam partem" sur la base de la maxime suivante :
Il n'y a pas violation de l'interdiction de l'"overruling" interprétatif "in malam partem" si, déjà à la date de commission de l'infraction, l'interprétation de la norme incriminatrice appliquée au cas concret, divergente du cadre jurisprudentiel consolidé, était raisonnablement prévisible. (Fait relatif à l'accès abusif à un système informatique dans lequel la Cour a exclu l'existence d'un "overruling in malam partem" en relation avec un fait commis, par une personne autorisée à l'accès, postérieurement à l'arrêt des Chambres réunies, Casani - selon lequel les finalités ne sont pas pertinentes si l'accès est effectué par une personne autorisée - se profilant, déjà à l'époque, des décisions qui, tout en s'alignant sur le principe de droit affirmé par cette prononciation, estimaient répréhensibles, comme l'a ensuite jugé l'arrêt des Chambres réunies, Savarese, même les accès autorisés qui dépassaient, sur un plan objectif, les règles et les limites établies pour l'accès lui-même).
Le cœur de la décision réside dans la "prévisibilité raisonnable" de l'interprétation. La Cassation a relevé que, même si l'arrêt "Savarese" n'était pas encore intervenu, des orientations jurisprudentielles se profilaient déjà à l'époque des faits qui, tout en partant du principe "Casani", commençaient à considérer comme répréhensibles les accès autorisés qui dépassaient les limites objectives. Une certitude absolue n'est pas requise, mais une tendance interprétative suffisamment claire. La Cour évalue donc la dynamique évolutive du droit et la capacité de l'ordre juridique à anticiper les développements futurs.
L'arrêt n° 22017/2025 de la Cassation représente un éclaircissement fondamental pour l'interprétation du délit d'accès abusif et pour le principe de prévisibilité de la norme pénale. Il souligne que l'interdiction de l'"overruling in malam partem" n'est pas un obstacle à l'évolution jurisprudentielle, mais une garantie qui opère lorsqu'un changement interprétatif n'était en aucun cas prévisible au moment des faits. Pour les professionnels et les citoyens, cela signifie une responsabilité accrue dans la distinction des limites de leurs actions dans le monde numérique et une invitation à une attention constante à l'évolution du droit. Cette prononciation met en évidence l'importance de :
La certitude du droit, à une époque de profonde transformation numérique, reste un pilier essentiel pour la confiance dans l'ordre juridique.