L'urgence sanitaire due au Covid-19 a représenté une période de profonde incertitude non seulement pour la vie quotidienne, mais aussi pour le fonctionnement de la justice. De nombreuses réglementations ont été introduites pour faire face à une situation sans précédent, et parmi elles, les dispositions relatives à la suspension des délais de procédure et de prescription se distinguent. Des années plus tard, la jurisprudence continue de démêler les nœuds interprétatifs laissés par cette période. C'est dans ce contexte que s'inscrit le récent arrêt de la Cour de cassation, le n° 23476 du 09/04/2025 (déposé le 24/06/2025), qui offre une clarification fondamentale sur l'application de la suspension des délais de prescription de l'infraction, en établissant des critères précis pour le calcul de la période d'urgence.
Pendant la phase la plus aiguë de la pandémie, le législateur italien est intervenu avec une série de décrets-lois pour garantir la continuité de l'administration de la justice, tout en limitant les risques de contagion. Parmi ceux-ci, le Décret-Loi du 17 mars 2020, n° 18 (connu sous le nom de « Cura Italia »), converti avec modifications par la Loi du 24 avril 2020, n° 27, a introduit à l'article 83, paragraphe 4, une discipline spécifique pour la suspension des délais de prescription des infractions. Cette norme prévoyait une suspension de 64 jours, applicable aux procédures pénales dont les audiences étaient fixées dans la période comprise entre le 9 mars et le 11 mai 2020. L'objectif était clair : éviter que l'interruption ou le ralentissement des activités judiciaires ne portent atteinte aux principes de légalité et à la possibilité de poursuivre les infractions.
Malgré la clarté apparente de la disposition, l'application pratique de l'article 83, paragraphe 4, a généré des doutes interprétatifs. La principale question concernait l'extension de la suspension : devait-elle être appliquée intégralement, c'est-à-dire pour les 64 jours prévus, ou devait-elle être limitée à la période effective de renvoi de l'audience, si celle-ci était inférieure au total des jours de suspension prévus par la norme ? Par exemple, si une audience avait été renvoyée seulement pour 30 jours à l'intérieur de la période d'urgence, la suspension de la prescription était-elle de 64 jours ou seulement de 30 ? Cette incertitude avait conduit à différentes interprétations dans les tribunaux de première instance, rendant nécessaire une intervention clarificatrice de la Cour suprême.
L'Arrêt n° 23476 de 2025 de la Cour de cassation, présidé par G. De Amicis et rapporté par B. Paternò Raddusa, a résolu définitivement le dilemme, en déclarant irrecevable le recours de l'accusé C. contre l'arrêt de la Cour d'Appel de Catane. La Cour a établi un principe fondamental qui clarifie la portée de la norme d'urgence. Voici la maxime :
En matière de discipline d'urgence, la dite suspension « covid » des délais de prescription de l'infraction pour un total de 64 jours, visée à l'art. 83, paragraphe 4, du d.l. du 17 mars 2020, n° 18, converti, avec modifications, par la loi du 24 avril 2020, n° 27, s'applique intégralement à la procédure dont l'audience est fixée dans la période comprise entre le 9 mars et le 11 mai 2020, de sorte que ladite suspension ne peut être limitée à la période moindre comprise entre la date de l'audience renvoyée pour l'urgence pandémique et la fin de ladite période de gel des activités judiciaires.
Cela signifie que la suspension de 64 jours n'est pas une faculté modulable, mais une période fixe et impérative. Si une audience avait été fixée entre le 9 mars et le 11 mai 2020, la prescription de l'infraction a été automatiquement suspendue pour la période entière de 64 jours, indépendamment de la durée effective du renvoi de l'audience. La logique sous-jacente à cette décision est celle de garantir la sécurité juridique et l'uniformité de traitement, en évitant des interprétations fragmentées qui auraient pu générer des disparités et des litiges. La Cour a rappelé des orientations antérieures (comme les Sections Unies n° 5292 de 2021) qui avaient déjà partiellement esquissé cette interprétation.
La décision de la Cassation a un impact significatif sur la gestion et le calcul des délais de prescription pour toutes les procédures pénales qui ont eu des audiences fixées pendant la période critique de l'urgence Covid-19. Voici quelques points clés :
Il est fondamental pour les professionnels du droit de se tenir constamment informés de ces décisions, qui redéfinissent le paysage juridique et influencent directement l'issue des procès.
L'Arrêt n° 23476 de 2025 de la Cour de cassation représente un point d'ancrage dans la complexe interprétation des normes d'urgence. En réaffirmant l'application intégrale de la suspension de 64 jours pour la prescription des infractions pendant la période Covid-19, la Cour suprême a fourni un critère clair et sans équivoque. Cette décision est essentielle pour l'application correcte du droit pénal et pour la protection des principes de légalité et de certitude. Pour les accusés et les avocats, comprendre pleinement cette interprétation est crucial pour la gestion stratégique des procédures et pour garantir une défense efficace, ou une accusation précise, dans le respect des délais établis par la loi. Le droit, même en période de crise, doit maintenir sa cohérence et sa prévisibilité, et des arrêts comme celui-ci contribuent à renforcer ces piliers.