Dans le contexte d'un marché mondial de plus en plus interconnecté, la circulation des décisions judiciaires entre différents États représente une nécessité quotidienne. L'un des thèmes les plus débattus ces dernières années concerne la compatibilité des « dommages-intérêts punitifs » (ou punitive damages) avec les principes fondamentaux de l'ordre juridique italien. Traditionnellement, la responsabilité civile en Italie a eu une fonction presque exclusivement réparatrice ou compensatoire. Toutefois, la jurisprudence a progressivement ouvert la voie à une vision polyfonctionnelle de la responsabilité civile, confirmée en dernier lieu par la Cour de cassation avec l'importante décision n° 31244 du 30 novembre 2025, qui a impliqué F. P. contre I.
L'affaire trouve son origine dans un jugement rendu dans l'État de Californie, par lequel une partie avait été condamnée au paiement de « treble damages », c'est-à-dire une somme égale au triple de la perte effectivement subie par le créancier. La Cour d'appel de Rome avait déclaré l'efficacité de ce jugement en Italie, le jugeant non contraire à l'ordre public. Un pourvoi en cassation a été formé contre cette décision. Les juges de la Cour de cassation, avec l'arrêt n° 31244/2025, ont rejeté le pourvoi, confirmant l'exequatur du jugement étranger et consolidant une orientation qui aligne l'Italie sur les dynamiques du commerce international.
La Cour de cassation précise que les dommages-intérêts punitifs ne sont pas en soi incompatibles avec l'ordre public italien, à condition que des garanties procédurales et substantielles précises soient respectées. En particulier, la reconnaissance est subordonnée à la vérification de trois exigences fondamentales :
La reconnaissance dans l'ordre juridique italien d'un jugement étranger ne contrevient pas à l'ordre public à condition qu'il soit rendu sur des bases normatives garantissant la correcte instauration d'un contradictoire effectif entre les parties, conformément aux dispositions de la loi du lieu où le procès s'est déroulé, la typicité des hypothèses de condamnation, la prévisibilité de celle-ci et ses limites quantitatives ; ainsi, la reconnaissance d'un jugement étranger contenant des dommages-intérêts punitifs n'est pas incompatible, étant donné que la responsabilité civile peut remplir, outre la fonction compensatoire-réparatrice, une fonction dissuasive et préventive.
Cette maxime souligne comment la responsabilité civile dans notre ordre juridique n'a plus seulement pour but de « réparer » la victime, mais peut légitimement poursuivre des finalités de dissuasion et de prévention des comportements illicites graves, sous réserve d'une base légale et de la protection du contradictoire.
L'arrêt n° 31244 de 2025 de la Cour de cassation représente une pièce fondamentale pour la sécurité juridique dans les rapports transnationaux. En mettant l'accent sur la prévisibilité de la sanction et sur la garantie d'un procès équitable, les juges de légitimité offrent un instrument sûr pour l'efficacité des décisions étrangères, tout en protégeant les débiteurs contre des condamnations arbitraires ou disproportionnées.