Retard aérien et indemnisation : la Cour de cassation clarifie la charge de la preuve (Ordonnance n° 17644/2025)

Voyager en avion est devenu monnaie courante, mais que se passe-t-il lorsque le vol subit des retards importants, est annulé ou, pire encore, que l'on se voit refuser l'embarquement ? Ces désagréments, outre le stress et les perturbations de programmes qu'ils engendrent, peuvent donner lieu à un droit à indemnisation. La récente Ordonnance de la Cour de cassation n° 17644 du 30 juin 2025, opposant M. C. à B., apporte des éclaircissements fondamentaux sur la charge de la preuve dans de telles situations, consolidant la protection des passagers aériens.

L'arrêt de la Troisième Chambre civile, présidé par S. L. A. et rapporté par S. T., a cassé et renvoyé une décision antérieure du Tribunal de Rome, réaffirmant des principes clés en matière de responsabilité du transporteur aérien international. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement pour le passager ?

Le cadre normatif : Convention de Montréal et Règlement CE 261/2004

La matière du transport aérien international est régie par un système complexe de normes, parmi lesquelles figurent la Convention de Montréal du 28 mai 1999 et le Règlement CE n° 261 de 2004. Ces instruments législatifs ont été conçus pour équilibrer les intérêts des compagnies aériennes avec les droits des passagers, en établissant un régime de responsabilité spécifique pour les transporteurs.

  • La Convention de Montréal régit la responsabilité du transporteur pour les dommages subis par les passagers, les bagages et les marchandises en cas de retard, de décès ou de blessures.
  • Le Règlement CE n° 261/2004 établit des règles communes en matière de compensation et d'assistance aux passagers en cas de refus d'embarquement, d'annulation de vol ou de retard prolongé, en définissant les seuils et les conditions d'obtention d'une indemnisation.

L'Ordonnance n° 17644/2025 s'inscrit précisément dans ce contexte, interprétant et appliquant ces normes pour définir qui doit prouver quoi en cas de litige.

La charge de la preuve : qui doit prouver quoi ?

Le cœur de la décision de la Cour de cassation réside dans la répartition de la charge de la preuve entre le passager et le transporteur aérien. La Cour suprême a clarifié de manière sans équivoque les tâches procédurales de chaque partie, simplifiant la position du passager lésé.

En matière de transport aérien international de personnes, régi par la Convention de Montréal du 28 mai 1999 et le Règlement CE n° 261 de 2004, le passager qui agit en réparation du préjudice causé par le refus d'embarquement, l'annulation (inexécution) ou l'arrivée retardée de l'aéronef par rapport à l'heure prévue (exécution inexacte) doit prouver l'existence du contrat de transport (c'est-à-dire produire le titre de transport ou un autre moyen de preuve équivalent) et alléguer uniquement l'inexécution par le transporteur, il incombe à ce dernier de prouver l'exécution exacte de la prestation ou l'imputabilité de l'inexécution à un cas fortuit ou de force majeure, ou encore le confinement du retard dans les seuils de pertinence fixés par l'article 6, paragraphe 1, du Règlement CE n° 261 de 2004.

Cette maxime est d'une importance capitale. Elle signifie que le passager, pour obtenir une indemnisation, doit simplement prouver qu'il a acheté un billet d'avion (donc l'existence du contrat de transport) et qu'il a subi un désagrément (retard, annulation, refus d'embarquement). Il n'est pas tenu de prouver la faute de la compagnie aérienne ou la cause spécifique de l'inexécution. C'est la compagnie aérienne, en revanche, qui doit prouver qu'elle a correctement exécuté ses obligations ou que l'inexécution est due à des causes de force majeure ou à un cas fortuit (événements exceptionnels et imprévisibles, tels que des conditions météorologiques extrêmes ou des grèves non imputables au transporteur), ou encore que le retard rentre dans les limites de tolérance prévues par l'article 6, paragraphe 1, du Règlement CE n° 261/2004.

Ce principe se rattache étroitement à l'article 1218 du Code civil, qui établit la responsabilité du débiteur pour inexécution, et à l'article 2697 du Code civil sur la charge de la preuve. La Cour de cassation a appliqué ces principes généraux au contexte spécifique du transport aérien, confirmant une orientation déjà exprimée dans des arrêts antérieurs (tels que la décision conforme n° 1584 de 2018 et l'arrêt de la Cour de cassation à chambres réunies n° 8802 de 2025, également mentionné dans l'ordonnance).

Conclusions : une protection renforcée pour les passagers

L'Ordonnance n° 17644 de 2025 représente une confirmation supplémentaire de la jurisprudence favorable aux passagers, allégeant leur charge probatoire et déplaçant le fardeau de la preuve sur le transporteur. En pratique, si votre vol a été annulé, a subi un retard prolongé (au-delà de 3 heures pour les distances prévues par le Règlement CE n° 261/2004) ou si l'on vous a refusé l'embarquement sans raison valable, il vous suffira de produire votre titre de transport et d'alléguer le fait survenu. Il appartiendra ensuite à la compagnie aérienne de prouver qu'elle est exonérée de responsabilité. Cet arrêt est un phare important pour tous ceux qui sont confrontés à des désagréments dans le transport aérien, fournissant une base solide pour la protection de leurs droits et facilitant l'action en indemnisation. En cas de problèmes avec un vol, il est toujours conseillé de s'adresser à des professionnels du droit pour évaluer sa situation et entreprendre les actions les plus appropriées.

Cabinet d'Avocats Bianucci