Le paysage juridique italien, constamment engagé dans la lutte contre la criminalité économique et organisée, s'enrichit d'une importante décision de la Cour de Cassation. Avec l'arrêt n° 30611, déposé le 12 septembre 2025, les juges de légitimité ont apporté des clarifications fondamentales en matière de confiscation élargie et, en particulier, sur la protection du tiers cédant d'une créance hypothécaire lorsque le bien en garantie a fait l'objet d'une saisie conservatoire. Une décision de grande importance pour les banques, les institutions financières et tous les opérateurs du secteur, comme en témoigne le cas ayant impliqué G. B. S.p.A.
La confiscation élargie, prévue par l'article 240-bis du Code Pénal (anciennement article 12-sexies du Décret-Loi n° 306/1992, puis intégré au Code Antimafia, D.Lgs. n° 159/2011), représente l'un des outils les plus incisifs à la disposition de l'État pour saisir les patrimoines d'origine illicite. Elle permet de confisquer des biens dont le condamné n'est pas en mesure de justifier la provenance légitime, lorsque leur valeur est disproportionnée par rapport au revenu déclaré ou à l'activité économique exercée, et qu'il existe une présomption raisonnable qu'ils sont le fruit d'activités illicites. C'est une mesure qui vise à priver les criminels des fruits de leurs activités, en frappant directement leurs capacités économiques.
Le cas examiné par la Cassation dans l'arrêt n° 30611/2025 concerne une situation complexe et fréquente dans la pratique : la cession d'une créance hypothécaire à un moment postérieur à la saisie du bien servant de garantie. Dans de telles circonstances, un conflit potentiel se génère entre l'intérêt de l'État à confisquer le bien (saisi car présumé fruit d'activités illicites) et le droit du tiers cédant de la créance hypothécaire, qui a acquis le droit sans être directement impliqué dans l'illicite originel.
La Cour a dû trancher la question relative aux charges de la preuve incombant au cessionnaire pour obtenir la protection de son droit, en particulier en référence aux articles 104-bis des Dispositions d'Application du Code de Procédure Pénale et 52 du D.Lgs. n° 159/2011. La décision a eu un impact significatif, annulant avec renvoi la décision précédente du GIP du Tribunal de Catane, qui avait exclu la bonne foi de la banque cessionnaire de la créance hypothécaire sur la seule base de l'omission de vérification de l'antériorité de la saisie par rapport à la cession.
En matière de confiscation élargie, le cessionnaire d'une créance hypothécaire qui s'est rendu acquéreur du droit après la saisie du bien donné en garantie, pour obtenir la protection de son droit au sens des art. 104 bis disp. att. cod. proc. pen. et 52 d.lgs. 6 septembre 2011, n° 159, a la charge de prouver la bonne foi du créancier originaire sur l'absence de finalité de la créance à l'activité illicite, ainsi que sa propre bonne foi, entendue comme l'absence d'accords frauduleux avec le destinataire de la mesure ablative, tandis que la connaissance ou la connaissabilité de l'application de la mesure cautélaire au moment de son acquisition n'est pas pertinente, car il succède dans la même position juridique du cédant. (Cas relatif à la "cession en bloc" régie par l'art. 58 d.lgs. 1er septembre 1993, n° 385, dans lequel la Cour a annulé avec renvoi la décision qui avait exclu la bonne foi de la banque cessionnaire de la créance hypothécaire sur la seule base de l'omission de vérification de l'antériorité de la saisie par rapport à la cession).
La maxime de la Cassation clarifie de manière sans équivoque les conditions requises pour la protection du tiers cédant. La Cour établit une double charge probatoire : le cessionnaire doit prouver non seulement sa propre bonne foi, entendue comme l'absence d'accords frauduleux avec le sujet destinataire de la confiscation, mais aussi la bonne foi du créancier originaire. Cette dernière se traduit par l'absence de finalité de la créance à l'activité illicite. En d'autres termes, la créance ne doit pas avoir été un simple instrument pour blanchir de l'argent ou couvrir des opérations illégales.
Le point crucial de la décision réside dans l'affirmation que la connaissance ou la connaissabilité par le cessionnaire de l'application de la mesure cautélaire (la saisie) au moment de l'acquisition de la créance n'est pas pertinente aux fins de sa bonne foi. En effet, dans le mécanisme de la cession de créance, le cessionnaire succède dans la même position juridique que le cédant. Cela signifie que l'évaluation de la "qualité" de la créance et de son origine doit être faite au niveau du cédant originaire. Si la créance n'était pas instrumentale à l'illicite pour le cédant, cette condition se transfère au cessionnaire, indépendamment de sa connaissance ultérieure de la saisie.
Cette interprétation est fondamentale, surtout dans le contexte des "cessions en bloc" de créances, régies par l'article 58 du D.Lgs. n° 385/1993 (Texte Unique Bancaire), typiques des opérations bancaires. La Cassation, en effet, a annulé la décision qui avait erronément exclu la bonne foi de la banque cessionnaire (G. B. S.p.A.) en se basant uniquement sur l'omission de vérification de l'antériorité de la saisie. Une distinction nette est ainsi tracée entre la diligence due dans l'accertement de la situation juridique du bien et la bonne foi relative à l'origine et à la nature de la créance.
L'arrêt n° 30611/2025 offre des indications précieuses aux banques et aux établissements de crédit engagés dans des opérations de cession de créances, notamment celles garanties par hypothèque. Les charges probatoires imposées aux tiers cédants exigent une évaluation attentive et une activité de due diligence scrupuleuse. En résumé, le cessionnaire devra être en mesure de prouver :
Cette décision impose, de fait, une analyse plus approfondie de l'historique de la créance et de son titulaire originaire, déplaçant le focus de la simple vérification formelle du bien vers la substance de la transaction et sa non-reductibilité à des circuits illicites. Cela requiert des procédures internes plus robustes et une plus grande attention lors de l'acquisition de portefeuilles de créances.
L'arrêt de la Cour de Cassation n° 30611/2025 représente un pas important dans la jurisprudence italienne, cherchant à équilibrer deux exigences fondamentales : l'efficacité de l'action de l'État dans la lutte contre la criminalité par la saisie des patrimoines illicites et la nécessité de protéger la sécurité juridique et les intérêts légitimes des tiers de bonne foi. La décision clarifie que la protection du tiers cédant n'est pas automatique, mais exige la démonstration d'une bonne foi qualifiée, qui concerne tant sa propre conduite que celle du cédant originaire.
Cet orientement contribue à définir de manière plus précise les contours de la responsabilité des opérateurs financiers et la portée de leurs vérifications, offrant un cadre plus clair pour la gestion de situations complexes qui croisent le droit pénal avec le droit commercial et bancaire. C'est un avertissement à une vigilance constante et à une connaissance approfondie de la réglementation, pour naviguer avec sécurité dans un contexte juridique en constante évolution.