Interdiction d'expulsion et protection de la famille : l'ordonnance 16079/2025 de la Cour de cassation sur le concubin du parent

La protection du noyau familial, en particulier lorsqu'il implique des mineurs, constitue un pilier fondamental de notre système juridique, ancré dans la Constitution et reconnu au niveau international. Cette protection s'étend également dans des contextes complexes tels que celui de l'immigration, où la présence d'un mineur peut influencer les décisions relatives au séjour des parents sur le territoire national. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'intéressante ordonnance n° 16079, déposée le 16 juin 2025 par la Cour de cassation, sous la présidence de A. M. et le rapport de R. E., qui a clarifié et élargi l'application de l'interdiction temporaire d'expulsion, l'étendant également au concubin de la mère d'un nouveau-né.

Le Contexte Normatif : Article 13 TUI et l'impulsion de la Cour Constitutionnelle

Le point de départ de la question est l'article 13, alinéa 2, lettre d), du décret législatif n° 286 de 1998, le soi-disant Texte Unique sur l'Immigration (TUI). Cette norme prévoit, entre autres, une interdiction temporaire d'expulsion pour l'étranger qui a des enfants de moins de six ans, à condition qu'il cohabite avec eux. L'objectif premier est la sauvegarde de l'unité familiale et de l'intérêt supérieur du mineur, garantissant que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents en bas âge.

Cependant, la formulation originelle de la norme avait fait l'objet d'une intervention importante de la part de la Cour Constitutionnelle. Par l'arrêt additif n° 376 de 2000, la Cour a étendu le champ d'application de cette interdiction. Avant cet arrêt, la protection était limitée aux parents unis par le mariage. La Cour Constitutionnelle, reconnaissant l'évolution des modèles familiaux et la nécessité de protéger le mineur indépendamment du statut matrimonial des parents, a interprété la norme de manière à inclure également le parent non marié.

L'Innovation de la Cassation : Protection Étendue au Concubin

L'ordonnance 16079/2025 de la Cour de cassation va plus loin, abordant le cas spécifique du concubin de la mère du nouveau-né qui a reconnu l'enfant. La Cour suprême, cassant avec renvoi une décision antérieure du Juge de paix de Turin du 19 décembre 2023 dans le litige entre M. A. et P. (Avvocatura Generale dello Stato), a fourni une interprétation évolutive et garantiste. Le principe cardinal de la décision est résumé dans la maxime suivante :

L'interdiction temporaire d'expulsion prévue par l'art. 13, alinéa 2, lettre d), du d.lgs. n° 286 de 1998, telle qu'issue de l'arrêt additif d'accueil de la Cour constitutionnelle n° 376 de 2000, doit être interprétée en ce sens qu'elle s'applique également au concubin de la mère du nouveau-né, qui a reconnu l'enfant, pour autant que les conditions de stabilité et de sérieux de la cohabitation soient remplies, étant donné qu'il s'agit d'une disposition visant à protéger, même temporairement, le noyau familial en formation autour du nouveau-né.

Cette décision est d'une grande importance car elle reconnaît formellement la nécessité de protéger également ces formations sociales qui, bien que n'étant pas fondées sur le mariage, constituent un véritable noyau familial. La Cour a clairement affirmé que la ratio de la norme – la protection du noyau familial en formation autour du nouveau-né – ne peut être limitée par des formalismes, mais doit s'adapter à la réalité sociale et à la Constitution (art. 29 et 30) ainsi qu'à la Convention Européenne des Droits de l'Homme (art. 8, droit au respect de la vie privée et familiale). L'extension au concubin qui a reconnu l'enfant est un pas fondamental pour assurer que l'enfant ne soit pas privé de la présence d'une figure parentale essentielle à son développement, même s'il ne s'agit pas biologiquement de la mère, mais d'un co-parent de fait.

Les Conditions d'Applicabilité de l'Interdiction

Pour que l'interdiction temporaire d'expulsion puisse être étendue au concubin de la mère du nouveau-né, la Cour de cassation a posé des conditions spécifiques, qui reflètent la nécessité de garantir l'authenticité et la stabilité du lien familial :

  • **Reconnaissance de l'enfant :** Le concubin doit avoir légalement reconnu le nouveau-né comme son enfant, assumant ainsi les responsabilités parentales.
  • **Stabilité de la cohabitation :** Il doit exister une cohabitation stable et durable avec la mère du nouveau-né, non purement occasionnelle.
  • **Sérieux de la cohabitation :** La relation de cohabitation doit être caractérisée par le sérieux et l'engagement mutuel, indiquant un projet de vie commun et un engagement effectif dans les soins et l'éducation du mineur.

Ces conditions visent à distinguer les situations de formation effective d'un noyau familial de celles qui pourraient être instrumentales. L'évaluation de la stabilité et du sérieux incombera au juge du fond, qui devra analyser le cas concret, en tenant compte de tous les éléments probatoires.

Conclusions : Une Jurisprudence Attentive aux Droits Fondamentaux

L'ordonnance 16079/2025 de la Cour de cassation représente un exemple vertueux de la manière dont la jurisprudence s'adapte à l'évolution de la société et aux principes constitutionnels et supranationaux. En reconnaissant la validité du noyau familial même en dehors des liens du mariage, et en étendant la protection contre l'interdiction d'expulsion au concubin de la mère du nouveau-né qui a reconnu l'enfant, la Cour suprême réaffirme la centralité de l'intérêt supérieur du mineur et la protection de la vie familiale. Cette décision contribue à renforcer les droits des étrangers en Italie, en particulier ceux qui font partie de familles en formation, garantissant une plus grande stabilité et sécurité pour les enfants concernés. C'est un pas important vers une application des normes toujours plus attentive aux dynamiques humaines et aux droits fondamentaux.

Cabinet d'Avocats Bianucci