Arrêt n° 15220/2025 de la Cour de cassation : pouvoirs du procureur après la déclaration d'incompétence territoriale

Par la décision n° 15220 du 19 février 2025 (déposée le 17 avril 2025), la Quatrième Chambre pénale de la Cour de cassation – Président S. D., Rapporteur et Rédacteur F. A. – a annulé et renvoyé la décision de la Cour d'Assises d'Appel de Naples du 26 juin 2024. L'affaire, concernant l'entrepreneur suisse S. S. E., offre l'occasion de réfléchir aux pouvoirs du ministère public qui « reçoit » les actes après une déclaration d'incompétence territoriale en vertu de l'art. 23 du code de procédure pénale italien, en particulier sur la possibilité de modifier la qualification juridique des faits lors du nouvel exercice de l'action pénale.

Le déroulement du procès et le nœud de la compétence

Le procès trouve son origine dans une hypothèse d'homicide par négligence (art. 589 du code pénal italien) liée à l'exposition aux fibres d'amiante. En première instance, le juge compétent s'est déclaré territorialement incompétent, transmettant les actes au Parquet jugé compétent. Ce dernier, en renouvelant l'action pénale, a requalifié les faits en contestant, entre autres, des lésions corporelles par négligence multiples (art. 590 du code pénal italien). Ce choix a été contesté en appel par la défense, qui soutenait la nullité de la nouvelle demande de renvoi en jugement car elle était différente de l'originale.

Le principe de droit affirmé

En matière de compétence territoriale, le ministère public auquel sont transmis les actes de procédure à la suite d'une décision déclarant l'incompétence, est légitimé, lors du nouvel exercice de l'action pénale, à qualifier les faits différemment de ce qui a été fait dans la décision, la décision sur la compétence n'ayant d'effets préclusifs qu'à l'égard de la détermination du juge compétent. (Cas dans lequel la Cour a exclu le vice de nullité allégué de la décision d'appel, comme effet de la nullité de la précédente demande de renvoi en jugement, dans un cas où le ministère public, en promouvant à nouveau l'action pénale, avait attribué aux faits une qualification juridique différente).

La Cour suprême, rappelant les arrêts n° 29196/2017, n° 39701/2009 et n° 41342/2006, a réaffirmé que la décision d'incompétence produit des effets « fermés » à la seule détermination du juge, sans cristalliser ni l'imputation ni l'exercice de l'action pénale. Il en découle que le Procureur recevant les actes peut, en toute autonomie, réexaminer les pièces et formuler une imputation même qualitativement différente, pourvu qu'elle respecte le principe de légalité et le droit de la défense (art. 521, 522 du code de procédure pénale italien).

Implications pratiques pour la défense et l'accusation

La décision offre des pistes opérationnelles pertinentes :

  • Pour le Parquet : possibilité de rectifier ou d'élargir l'imputation à la lumière de nouveaux éléments sans craindre l'exception de nullité.
  • Pour la Défense : attention aux éventuelles nouvelles contestations ; utilité de faire valoir le délai de comparution prolongé en cas de modification substantielle de l'accusation.
  • Pour le Juge : devoir de vérifier que la requalification ne porte pas atteinte au contradictoire et que la plainte pour incompétence ne soit pas instrumentale à la « cristallisation » de l'imputation.

D'un point de vue systématique, la décision harmonise les art. 22-23 du code de procédure pénale italien avec l'art. 521 alinéa 2, confirmant la nette distinction entre compétence (qui détermine le juge) et imputation (qui reste à la discrétion du Procureur).

Conclusions

La Cour de cassation, par l'arrêt n° 15220/2025, clarifie définitivement que l'effet préclusif de la déclaration d'incompétence ne concerne que le choix du juge, et non la « forme » de l'accusation. Il s'agit d'une précision d'une grande importance pratique : elle évite des duplications de procédures inutiles et renforce le principe d'économie, tout en laissant intacts les droits de la défense. Les professionnels – procureurs et avocats – sont donc appelés à calibrer leurs stratégies et leurs objections procédurales pénales à la lumière de cette solide orientation jurisprudentielle.

Cabinet d'Avocats Bianucci