Le thème de l'abandon de personnes mineures ou incapables touche des cordes sensibles liées à la solidarité et à la responsabilité individuelle. La Cour de cassation, par son arrêt n° 26473 du 12 juin 2025 (déposé le 18 juillet 2025), a offert une interprétation clarificatrice et d'une grande pertinence pratique sur le délit prévu par l'article 591 du Code pénal. Cette décision, rejetant le pourvoi contre un arrêt de la Cour d'appel de Milan, éclaire des aspects cruciaux de la "position de garantie" et de la notion d'"incapacité".
Le cœur de la question abordée par la Cour suprême concerne la configurabilité du délit d'abandon même en l'absence d'une "position de garantie" découlant d'un lien juridique formel, tel qu'un lien de parenté ou un contrat. L'arrêt précise que ce qui importe est la conduite de celui qui, sans obligation préexistante, décide spontanément et consciemment de "prendre en charge" une personne incapable de subvenir à ses propres besoins. Une fois que l'on accepte cette "sphère de garde", on assume implicitement un devoir de protection.
Pensons à celui qui assiste une personne âgée ou malade, même pour une courte période. Si, suite à cette assistance, la personne devient dépendante et que l'agent s'éloigne en la laissant à la merci d'elle-même, le délit pourrait être constitué. La Cassation a examiné le cas de l'accusé L. P.M. L. M. F., confirmant la condamnation et délimitant les contours de cette responsabilité.
Intègre le délit d'abandon de personnes mineures ou incapables, la conduite de l'agent qui, sans revêtir une position de garantie découlant d'obligations juridiques formelles, après avoir "pris en charge", consciemment et spontanément, une personne incapable de subvenir adéquatement à ses propres besoins, l'ayant ainsi fait entrer dans sa sphère de garde, l'abandonne malgré le maintien de ladite incapacité. (Dans la motivation, la Cour a affirmé que la condition d'incapacité ne nécessite pas d'accertement judiciaire, il suffisant qu'elle soit rattachée à une situation de fait, même transitoire, telle à déterminer l'impossibilité pour le sujet passif de prendre soin de soi).
Cette maxime est d'une importance fondamentale. Elle étend la responsabilité pénale au-delà des limites des obligations formelles, signifiant que quiconque assume volontairement la garde d'un individu vulnérable, créant une situation de confiance et de dépendance, ne peut ensuite s'en désintéresser arbitrairement. Il n'est pas nécessaire un "acte formel" pour assumer cette responsabilité ; une action concrète et consciente qui amène le sujet incapable dans sa propre "sphère de garde" suffit. C'est un appel à la responsabilité sociale qui se traduit en un devoir juridique une fois que l'on intervient activement dans la vie d'une personne en difficulté.
Un autre point crucial clarifié par l'arrêt 26473/2025 concerne la définition de "l'incapacité". Il ne s'agit pas seulement d'incapacité légale (interdiction, tutelle), qui requiert un accertement judiciaire. La Cassation précise que pour la constitution du délit, un accertement judiciaire n'est pas nécessaire, mais il suffit que cette condition soit rattachable à une situation de fait, même transitoire, qui rende impossible à la personne de subvenir à ses propres besoins.
L'incapacité peut se manifester sous différentes formes :
L'essentiel est que la personne se trouve dans une condition objective qui lui empêche de subvenir à ses besoins primaires et de se protéger des dangers imminents. La décision de la Cour d'appel de Milan, confirmée par la Cassation, a appliqué ce principe, reconnaissant une situation d'incapacité de fait qui a généré la responsabilité pénale.
L'arrêt n° 26473 de 2025 de la Cour de cassation, présidé par R. P. et dont le rapporteur est G. F., représente une importante orientation jurisprudentielle. Il renforce le principe selon lequel la protection des sujets les plus vulnérables ne dépend pas seulement de liens juridiques formels, mais aussi de cette "prise en charge" spontanée qui génère un devoir de garde. C'est un avertissement pour tous les citoyens à être conscients des responsabilités qui peuvent naître même de gestes d'assistance volontaire. Une fois assumée la garde d'une personne en difficulté, la loi impose de ne pas la laisser en état d'abandon, pour la protection de son intégrité. Ce principe promeut une culture de plus grande attention et responsabilité envers ceux qui ne sont pas en mesure de se protéger de manière autonome.