L'ordonnance de mesures conservatoires est souvent le premier point de friction entre la liberté personnelle de l'inculpé et les nécessités de l'enquête. La récente décision de la Cour de cassation, Section VI, n. 12151 du 12 mars 2025 (déposée le 27 mars 2025), apporte un élément important sur le rôle de l'interrogatoire de garantie prévu par l'art. 294 c.p.p. dans la procédure de réexamen régie par l'art. 309 c.p.p. Le sujet concerne de près les avocats pénalistes, les procureurs et, last but not least, les inculpés eux-mêmes, qui voient dans cette formalité un levier potentiel pour obtenir la révocation ou l'atténuation des mesures coercitives.
L'art. 294 c.p.p. impose que, immédiatement après l'exécution de la mesure conservatoire, l'inculpé soit soumis à un interrogatoire de garantie devant le juge qui l'a ordonnée. L'art. 309, alinéa 5, c.p.p. établit ensuite que l'autorité procédant doit transmettre au Tribunal de réexamen « les éléments survenus favorables à l'inculpé ». La question controversée était de savoir si l'interrogatoire entrait automatiquement dans ces éléments ou seulement en présence de certaines exigences.
L'interrogatoire de garantie prévu par l'art. 294 du code de procédure pénale doit être considéré comme inclus parmi les éléments favorables survenus, pour lesquels l'art. 309, alinéa 5, du code de procédure pénale impose l'obligation de transmission par l'autorité procédant au tribunal de réexamen, seulement lorsqu'il a un contenu objectivement favorable à l'inculpé et ne se limite pas à la simple contestation des accusations. (Dans sa motivation, la Cour a précisé que cette valeur de l'acte, apte à entraîner la caducité de la mesure conservatoire, doit être spécifiquement indiquée par la partie dans le recours au tribunal de réexamen).
Commentaire : La Cour suprême, en rappelant des précédents conformes (Cass. 51789/2013 ; 12896/2019), délimite le périmètre de l'obligation de transmission : il ne suffit pas que l'inculpé nie les faits ; il faut que des données nouvelles et vérifiables émergent, qui affectent les indices graves ou les exigences de précaution. Dans le cas contraire, l'acte reste « neutre » et n'oblige pas à la transmission automatique.
Sur la base du recours présenté par M. D. (accusée A. P.M.), le Tribunal de réexamen de Caltanissetta n'avait pas reçu l'interrogatoire de garantie effectué devant le GIP. La Cassation annule avec renvoi, précisant que :
La Cour rappelle le principe de proportionnalité consacré également par l'art. 5 CEDH : toute compression de la liberté doit être continuellement réévaluée à la lumière d'éléments survenus. Cependant, une interprétation extensive de l'obligation de transmission risquerait de transformer le réexamen en un doublon de l'interrogatoire, avec des ralentissements inévitables et une dispersion de ressources.
La décision renforce la charge de l'allégation spécifique incombant au défenseur. Il ne suffit plus de déposer le procès-verbal : il faut signaler *pourquoi* ces déclarations affectent la gravité des indices ou les exigences de précaution (art. 274 c.p.p.). Cela impose un travail préparatoire minutieux et une stratégie procédurale fondée sur :
Pour les bureaux du ministère public, en revanche, l'obligation de sélectionner avec soin le matériel à envoyer au réexamen se consolide, en évitant des transmissions indiscriminées mais, en même temps, en prévenant le risque de vices procéduraux si la défense a adéquatement rempli sa charge de spécification.
L'arrêt n. 12151/2025 poursuit dans la lignée des Sections Unies « D. V. » (Cass. 250/2000) et des arrêts conformes ultérieurs, en équilibrant les exigences de protection de la liberté personnelle avec l'efficacité de la procédure de mesures conservatoires. Le message est clair : l'interrogatoire de garantie peut être une arme décisive, mais seulement s'il est utilisé de manière proactive et soutenu par des éléments substantiels. Dans un système procédural toujours plus attentif à la protection des droits fondamentaux, la collaboration entre la défense et les autorités procédant – dans le respect de leurs rôles respectifs – devient la voie maîtresse pour garantir des décisions fondées, rapides et conformes aux principes constitutionnels et européens.